Un grand procès consacré à un trafic de cigarettes contrefaites s’ouvre ce lundi 14 septembre au tribunal judiciaire de Lyon. Le marché continue de prendre de l’ampleur.
Une cigarette sur cinq consommée en France serait aujourd’hui issue de la contrefaçon. Le pays occuperait ainsi la première place européenne pour le marché noir du tabac, avec près de 40% des volumes illégaux recensés dans l’Union européenne. À Lyon, la part de la consommation provenant du marché parallèle est estimée à 20%.
"Aujourd’hui, le phénomène est extrêmement répandu", constate Daniel Bruquel, expert et chef du service prévention du commerce illicite chez Philip Morris France. "Lyon est une plateforme assez large d’importation de contrefaçons de cigarettes qui viennent d’Europe de l’Est ou de Belgique", explique-t-il. "Les ventes peuvent avoir lieu sur des points connus de vente à la sauvette, comme à la Guillotière ou aux puces de Villeurbanne, mais également dans certaines épiceries".
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Les réseaux sociaux utilisés en priorité par les trafiquants
"À Lyon, Snapchat est très utilisé pour ce type de ventes illégales", souligne Daniel Bruquel. Des réseaux comme Facebook (Marketplace) et Snapchat permettent aux trafiquants de s’adresser aussi bien aux consommateurs qu’aux revendeurs. "Ils peuvent à la fois vendre au détail, mais aussi vendre des cartons de 50 cartouches. Les grossistes effectuent souvent ce second type de vente".
Un constat qui se retrouve dans une affaire jugée à partir du lundi 14 septembre au tribunal judiciaire de Lyon. Quinze personnes comparaîtront dans le cadre du procès d’une vaste organisation criminelle spécialisée dans le trafic de cigarettes contrefaites, toutes produites en Europe de l’est. Le réseau a été démantelé après près de deux ans d’enquête. Selon Daniel Bruquel, les cigarettes étaient écoulées via Snapchat, à partir de "six ou sept comptes". L’organisation disposait de plusieurs livreurs, certains opérant dans l’agglomération lyonnaise, d’autres effectuant des trajets plus longs, notamment vers Dijon et Valence. Des box étaient également loués sous de fausses identités afin de stocker les marchandises.
Tête de réseau, intermédiaire chargé des ventes aux grossistes, gestionnaire de box, garage automobile utilisé pour réceptionner des livraisons clandestines et individu chargé du blanchiment… Tout était millimétré. 25 000 cartouches auraient été saisies au moment des interpellations. "C’est très conséquent puisque cela représente la vente annuelle de quatre bureaux de tabac lyonnais rassemblés. Mais ce n’est qu’un tout petit bout de ce qui a dû être généré", estime Daniel Bruquel. Les enquêteurs auraient par ailleurs procédé à des saisies patrimoniales pour un montant total de 850 000 euros, comprenant en partie des appartements et des véhicules.
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"Le marché est très lucratif"
Pour Daniel Bruquel, l’ampleur du trafic s’explique par sa rentabilité et par un niveau de sanctions qu’il juge moins dissuasif que pour les stupéfiants. "Le marché est très lucratif. Les revenus du trafic de cigarettes atteignent les 2,5 milliards d’euros par an. Ça se rapproche des recettes du trafic de stupéfiants, estimées à un milliard de plus. Pour autant, les sanctions pénales concernant les cigarettes sont plus faibles. On ne prend que 3 ans, alors que pour les stupéfiants on prend 10 ans", avance-t-il.
La situation géographique de Lyon en fait également un point stratégique pour ce trafic. "Lyon est une plaque tournante du trafic de cigarettes pour plusieurs raisons. Géographiquement parlant, elle est au milieu de la France et sur la façade est, donc elle a une connexion facile avec l’Europe de l’est, l’Italie et la Belgique, là où se trouvent les producteurs de contrefaçons."
L’expert met aussi en cause le niveau de taxation du tabac en France, estimé à environ 83 %. Selon lui, "l’augmentation des taxes ne fait qu’augmenter la criminalité" et pourrait contribuer à détourner une partie des consommateurs vers le marché parallèle.
Le procès de lundi devra donc servir d’exemple pour réduire au maximum ces réseaux criminels.
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