© Philippe Matsas / Notabilia / Les Éditions noir sur blanc

“Rien d’humain ne m’est étranger” de Virginie Ollagnier : les blessures laissées par la dictature roumaine

L’autrice lyonnaise Virginie Ollagnier, qui a notamment consacré un ouvrage au père de la bombe atomique dans Ils ont tué Oppenheimer paru en 2022, vient de publier Rien d’humain ne m’est étranger, un roman qui explore le lien fraternel et les effets de la dictature sur le collectif et l’individu.

La chute de Nicolae Ceaușescu, en 1989, n’efface rien pour Horatio. Réfugié en Bretagne, il retourne à Bucarest, près de quarante ans après avoir été séparé de son frère à la suite de leur arrestation en 1950. Ce voyage dans une Roumanie libérée de la dictature réveille un passé qu’il n’a jamais réussi à laisser derrière lui.

Ici, Virginie Ollagnier raconte moins le retour d’un homme dans son pays que les traces laissées par la prison, la torture et la “rééducation”. Horatio a survécu, mais il reste prisonnier de ses souvenirs, de sa culpabilité et de l’absence de son frère.

Jeunesse volée

Le roman avance au rythme d’une mémoire troublée. Les souvenirs surgissent sans prévenir et viennent parfois désorienter le lecteur. Mais cette construction traduit bien ce qui se joue chez Horatio : plus il se rapproche de Bucarest, plus le jeune prisonnier qu’il était refait surface.

Sans chercher à choquer ni à provoquer l’émotion à tout prix, Virginie Ollagnier raconte la violence avec beaucoup de sobriété. Les silences et les absences prennent souvent le dessus sur les mots. Le lien entre les deux frères rend le livre particulièrement émouvant. Leur histoire touche par tout ce que la dictature leur a volé : leur jeunesse, leurs années ensemble et une partie de leur vie.

Rien d’humain ne m’est étranger est un livre très émouvant, mais jamais pesant, sur la fraternité, l’exil et les blessures laissées par la dictature. Un roman fort et maîtrisé, qui rappelle qu’un régime totalitaire peut disparaître sans libérer tout à fait ceux qu’il a brisés.

Rien d’humain ne m’est étranger, Virginie Ollagnier, éditions Noir sur Blanc, collection Notabilia, 368 pages, 23,90 €.

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