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"Vous pouvez me joindre sur Signal ou WhatsApp", le message inattendu d'un détenu de la prison de Lyon-Corbas

Un détenu de Lyon-Corbas a écrit à Lyon Capitale depuis sa cellule pour dénoncer la surpopulation carcérale et nous a proposé de le rappeler sur WhatsApp ou Signal.

La formule surprend. Elle figure à la fin d'un mail reçu par notre rédaction. Son auteur n'est pas un lanceur d'alerte anonyme en liberté, mais un détenu de la maison d'arrêt de Lyon-Corbas, qui nous a contactés pour témoigner de ses conditions de détention (voir encadré). Après plusieurs paragraphes de témoignage, il conclut par cette invitation à le joindre directement sur son portable, "de préférence via Signal ou WhatsApp".

En prison, la possession d'un téléphone portable est strictement interdite. Elle constitue une infraction disciplinaire pour le détenu qui le détient, et son introduction est passible de poursuites pour toute personne qui y contribue, y compris un visiteur.

Ce message raconte une réalité, celle d'objets devenus si banals derrière les barreaux que certains détenus les utilisent pour communiquer avec l'extérieur sans même chercher à dissimuler leur existence, jusqu'à en faire, ici, la formule de politesse d'un mail à des journalistes.

Les chiffres nationaux donnent la mesure du phénomène, et ils ne cessent de grimper. Le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, a lui-même reconnu que 80 000 téléphones portables avaient été saisis dans les établissements pénitentiaires en 2024, contre 53 000 l'année précédente (+51%).

Les méthodes d'introduction sont désormais bien documentées : corruption de surveillants contre 300 à 400 euros l'appareil livré directement en cellule, projections par-dessus les murs ou par drone (quelques 5 000 survols ont été enregistrés en 2025) ou, plus rarement, dissimulation lors des parloirs. Plusieurs directeurs d'établissement reconnaissent, de façon officieuse, tolérer cette circulation pour préserver une forme de "paix sociale" en détention.

Plan "Zéro portable" du ministre de la Justice

Face à ce constat, le gouvernement a lancé fin, novembre 2025, un plan baptisé "Zéro portable", visant à rendre six établissements pénitentiaires "complètement étanches" aux mobiles. Doté d'une enveloppe de 29 millions d'euros, ce plan prévoit l'installation de scanners, de portiques à ondes millimétriques, de brouilleurs et de dispositifs anti-drones dans les maisons d'arrêt de la Santé à Paris, Arras, Dijon, Toulouse, Toulon et Rennes, où, selon le ministre, l'entrée de téléphones ou de drogue relève d'un "sport quotidien".

Cette première étape doit ouvrir la voie à une généralisation du dispositif à l'ensemble des prisons françaises, mais aucun calendrier précis n'a été fixé pour les 180 autres établissements du pays. Lyon-Corbas ne figure pas, à ce stade, parmi les six sites retenus. Le syndicat UFAP-UNSA Justice n'a d'ailleurs pas manqué de le relever au moment de l'annonce : "tant mieux pour ces établissements et oui, le renforcement des dispositifs sécuritaires est indispensable. Mais pour les 180 autres, on fait quoi ?", interrogeait le syndicat, réclamant surtout davantage de personnel plutôt que du seul matériel.

C'est précisément dans cet angle mort du plan gouvernemental que ce détenu de Lyon-Corbas a pu, en toute tranquillité, nous proposer de le joindre son numéro "pour répondre à (nos) questions ou échanger si (nous souhaitions) recueillir (son) témoignage".

Le Contrôleur général des lieux de privation de liberté relie ce contournement massif aux limites du système de téléphonie officiel : coûts élevés, matériel souvent obsolète, accès restreint à une liste de correspondants validés à l'avance, autant de freins qui poussent certains détenus vers la solution illégale, en attendant que les murs deviennent vraiment étanches.

Lyon-Corbas, une surpopulation "inédite"

Le témoignage recueilli par notre rédaction trouve un écho direct dans les chiffres communiqués ces deniers mois par les syndicats pénitentiaires et l'administration.

À la maison d'arrêt de Lyon-Corbas, mi-avril, environ 1 300 détenus occupaient 650 places, soit un taux d'occupation de 200%, selon le syndicat UFAP-UNSA Justice, qui avait organisé un blocage devant l'établissement, début avril, pour dénoncer la situation.

À l'échelle de la région Auvergne-Rhône-Alpes, le taux moyen de surpopulation atteint 160%, avec des pics à 270 % dans certains établissements, comme celui du Puy-en-Velay, et le nombre de matelas posés à même le sol a dépassé, pour la première fois, la barre des 1 000 dans la région.

Les derniers chiffres de la Direction interrégionale des services pénitentiaires (DISP) de Lyon confirment cette tendance : début avril, 8 661 personnes étaient hébergées pour seulement 6 008 places sur l'ensemble de l'inter-région, un niveau que le syndicat FO Justice qualifie de "record jamais atteint".

Côté personnel, la pénurie s'ajoute à la surpopulation : les syndicats font état d'environ 20% de postes de surveillants pénitentiaires non pourvus en Auvergne-Rhône-Alpes, une situation qui, selon eux, aggrave les tensions et les violences en détention.

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