Des Lyonnais rendent hommage à Lyhanna, devant le palais de justice de Lyon (CM)

Mort de Lyhanna : à Lyon, des centaines de personnes rassemblées pour dénoncer un système "qui ne protège pas les enfants"

Devant le palais de justice de Lyon (5e arr.), plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées ce lundi 8 juin pour rendre hommage à Lyhanna, 11 ans, retrouvée morte le 4 juin dans le Gers, et à tous les enfants victimes de violences.

Une immense tristesse, mêlée à une profonde colère. Après la marche blanche qui a réuni 6 000 personnes dimanche à Fleurance, dans le Gers, des dizaines de rassemblements étaient organisés partout en France ce lundi 8 juin pour rendre hommage à Lyhanna, fillette de 11 ans disparue le 29 mai dernier et retrouvée morte le 4 juin.

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"C’est un scandale d’État"

À Lyon, le parvis du palais de justice, dans le 5e arrondissement, était noire de monde à 19 heures. Les pancartes étaient nombreuses, l’indignation collective. "Il faut que ça bouge. Les responsables politiques ne font rien, et nous, on vit dans la peur permanente. Dans deux mois, la pauvre petite sera oubliée et tout le monde sera passé à autre chose alors que les parents prennent perpétuité", s'émeut Virginie, présente ce lundi.

Virginie a rendu hommage à Lyhanna et dénonce les manquements de la justice. (CM)

Au drame qui secoue le pays s’ajoute cette question : "Comment cette tragédie a-t-elle pu advenir alors que des plaintes et des signalements existaient depuis des années ?" Le principal suspect, Jérôme Barella, est en effet visé depuis plusieurs années par sept plaintes ou signalements. La dernière plainte a été déposée en août 2025 à Montestruc-sur-Gers (Gers), pour des faits remontant à 2023. Les larmes aux yeux et le corps secoué par des tremblements, Caroline, membre du collectif Nous Toutes Rhône, crie sa colère contre un "système qui n’écoute pas les enfants" et une institution judiciaire traversée par des dysfonctionnements et manquant cruellement de moyens. "C’est notre confiance dans tout notre institution qui est largement effritée", lance-t-elle face aux sifflets de la foule. "Nous sommes outrés parce que nous nous rendons compte que les prédateurs testent les limites de la justice. Ils perçoivent qu’ils ne sont pas inquiétés, alors ils agressent encore et encore", déplore-t-elle. Et d’ajouter : "Mais l’affaire Lyhanna n’est pas une affaire isolée liée au parquet d’Auch, c’est un scandale d’État qui s’additionne à d’autres affaires qui dépassent l’entendement."

Des Lyonnaises rendent hommage à Lyhanna, devant le palais de justice de Lyon (CM)

La jeune Lyhanna, le périscolaire à Paris, l'Aide sociale à l’enfance (ASE), "c’est tout un système qui considère que la parole des enfants est moins importante que celle des adultes. Le silence est préféré à la sécurité des enfants", déclare une membre du collectif Enfantiste, à l’initiative du rassemblement. Les associations et collectifs présents ce lundi ont notamment appelé l’État à se tourner vers le rapport remis en 2023 par la Commission sur l’inceste et les violences sexuelles commises sur les enfants (Ciivise) et ses 82 préconisations. "La Ciivise a été créée en 2021 par l'État. C'est lui qui a demandé ce rapport. Qu'en a-t-il fait depuis ? Les solutions existent déjà, arrêtez d’en chercher d’autres", tance encore Caroline, à l’adresse du ministre de la Justice, Gérald Darmanin.

"Lyhanna aurait pu être notre amie"

"Notre tristesse est immense, notre colère l’est tout autant", s’émeut une militante. Elle poursuit : "Nous sommes en colère contre les institutions qui échouent à garantir les droits fondamentaux des enfants. Nous sommes en colère contre les responsables politiques qui promettent des changements sans remettre en cause les mécanismes qui rendent ces drames possibles." Martelant qu’une "prise de conscience collective" était nécessaire, les collectifs ont rappelé aux Lyonnais leur pouvoir d’agir. "Nous, citoyens, pouvons faire quelque chose. Nous allons nous mobiliser, nous allons faire foule. Il faut que les victimes soient protégées en urgence. En France, c’est un droit. C’est immuable", concluent-ils. Un cri du cœur entendu par les manifestants qui, après une minute de silence "pour tous les enfants victimes de violences et pour tous les enfants que notre société n’a pas protégé", leur ont crié : "Merci à vous."

Des Lyonnaises rendent hommage à Lyhanna, devant le palais de justice de Lyon (CM)
Loreleï, Nina et Flora ont rendu hommage à Lyhanna ce lundi à Lyon. (CM)

Les discussions se sont ensuite longuement poursuivies, dans des débats parfois animés, les uns et les autres confiant leurs vécus et leurs attentes. Dans la foule, des parents, des grands-parents, mais aussi des adolescents aux yeux rougis par les sanglots. Loreleï, Nina et Flora ont 13 et 14 ans et, pour elles, il était impensable de ne pas rendre hommage à Lyhanna, à peine plus jeune qu’elles. "C’est tellement grave, tellement dramatique. Je ne comprends pas qu’il n’y est aucune loi, qu’il n’y est rien pour faciliter les démarches et accueillir la parole des enfants", confie Nina. À ses côtés, Loreleï s’inquiète. "On a quasiment le même âge que Lyhanna, donc forcément, c’est encore plus perturbant. Elle aurait pu être notre amie. On se rend compte que cela peut arriver à n’importe qui, et que personne ne fait rien pour empêcher cela", se désole-t-elle enfin, alors que les Lyonnais quittent peu à peu les lieux sur les coups de 20 heures.

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