Géraldine Lebrun Guillaud, neurospychologue à Lyon
Géraldine Lebrun Guillaud, neurospychologue à Lyon (réseau Aloïs)

"Chercher ses clés ou ses lunettes de temps en temps, c'est normal" assure cette neuropsychologue

Géraldine Lebrun Guillaud, neurospsychologue à Lyon, est o'invitée de 6 minutes chrono / Lyon Capitale.

"Au stade léger de la maladie, les symptômes sont eux-mêmes très légers et difficiles à détecter. Certaines personnes ont aussi peur d'un éventuel diagnostic et ne consultent pas." Géraldine Lebrun Guillaud, neuropsychologue et docteure en neuropsychologie, résument à eux seuls le défi colossal que représente la maladie d'Alzheimer en France.

Jeudi 5 juin, Lyon accueille à l'Hôtel du Département la première édition de « "Mes Rendez-Vous Mémoire", une initiative gratuite portée par la Fondation Recherche Alzheimer, de 9h à 18h. Le principe est simple : toute personne de plus de 50 ans qui doute du fonctionnement de sa mémoire peut s'inscrire et passer, en quelques minutes, un test cognitif digital et anonyme sur tablette. Un neuropsychologue du réseau Aloïs, Géraldine Lebrun Guillaud, référente à Lyon, sera présent toute la journée pour lire les résultats, rassurer ou orienter vers une prise en charge adaptée.

On oublie les noms, on cherche ses clés...

On oublie ses clés, on cherche ses mots : ces oublis ponctuels font partie du vieillissement normal. Mais quand ces difficultés deviennent plus fréquentes, plus durables, ou qu'elles commencent à être remarquées par l'entourage, quand on n'arrive plus à faire des choses que l'on maîtrisait habituellement, quand on devient moins organisé, quand on a du mal à prendre ses médicaments —, alors il peut être utile de consulter. "Dès qu'il y a quelque chose qui préoccupe, il est intéressant de venir", insiste Géraldine Lebrun Guillaud.

L'enjeu est de taille : si 1,4 million de Français vivent aujourd'hui avec la maladie d'Alzheimer, près de la moitié d'entre eux ont reçu un diagnostic formel, selon une enquête Ipsos BVA de 2025. Les listes d'attente pour une consultation mémoire hospitalière peuvent s'étirer sur plusieurs mois. L'anosognosie, c'est-à-dire l'absence de conscience de ses propres troubles, qui est elle-même un symptôme de la maladie, contribue aussi à retarder la prise en charge.

Des tests de dépistage, pas un diagnostic

Les tests proposés lors de cette journée ne permettent pas de poser un diagnostic. Ce sont des outils de dépistage, élaborés par des spécialistes reconnus internationalement. L'un d'eux est particulièrement sensible à l'apparition précoce des symptômes : il pourrait détecter certains signes jusqu'à quatorze ans avant que les troubles ne deviennent manifestes. L'objectif n'est pas d'alarmer, mais de repérer, d'orienter et, souvent, de rassurer.
Vers un dépistage de proximité.

En parallèle, l'association Aloïs expérimente depuis plus de vingt ans le dispositif PASSCOG (soutenu dans le cadre de l'article 51 et par le ministère de la Santé) qui vise à former les médecins généralistes à des consultations dédiées aux plaintes mémoire, avec accès à un bilan neuropsychologique remboursé. "La la généralisation a normalement été accordée, donc on espère la mise en place du dispositif pour bientôt ", confirme Géraldine Lebrun Guillaud. Une avancée concrète pour un diagnostic plus précoce, au plus près des patients.
Quant à "Mes Rendez-Vous Mémoire", le dispositif a vocation à s'étendre à vingt-quatre départements prioritaires, notamment dans les zones sous-dotées en offre de soins.

Infos pratiques
Jeudi 5 juin. 9h à 18h. Hôtel du Département du Rhône, 29-31 Cr de la Liberté, Lyon 3e
Créneaux de 30 minutes, sur inscription obligatoire (40 places disponibles) : mes-rdv-memoire.org


La retranscription intégrale de l'entretien avec Géraldine Lebrun Guillaud

Bonjour à tous et bienvenue dans ce nouveau rendez-vous de 6 minutes chrono. Nous accueillons aujourd'hui Géraldine Lebrun Guillaud. Vous êtes neuropsychologue et docteure en neuropsychologie. Vous allez intervenir avec l'association Aloïs, dont vous faites partie, qui accompagne la Fondation recherche Alzheimer pour l'édition lyonnaise des « Rendez-vous mémoire », qui se tient ce jeudi toute la journée à la préfecture du Rhône. La maladie d'Alzheimer touche aujourd'hui 1,4 million de Français. Nous allons parler de ces Rendez-vous mémoire, mais d'abord, précisez-nous cette association Aloïs. De quoi s'agit-il ?

Alors, l'association Aloïs est un centre d'expertise neurocognitive de la santé cognitive qui a été fondé en 2004 par le docteur Bénédicte Defontaine, neurologue à Paris.

D'accord. Vous êtes la représentante à Lyon, c'est bien cela. Ces Rendez-vous mémoire, je ne connaissais pas cette journée. Finalement, qu'est-ce que les participants peuvent attendre concrètement de cette journée ?

Concrètement, ils vont pouvoir faire des tests. Ce sont des tests de dépistage sur des problématiques liées à la mémoire qu'ils peuvent rencontrer au quotidien. Mon rôle sera de les accompagner, notamment pour discuter avec eux des difficultés qu'ils rencontrent au quotidien, lire les résultats avec eux, puis les orienter si besoin, lorsque les résultats sont un peu préoccupants.

Cette journée est ouverte à tout le monde ou non ? Il faut s'inscrire, j'imagine ?

Oui, il faut s'inscrire sur le site de la Fondation Recherche Alzheimer. C'est ouvert aux personnes de plus de 50 ans.

Par exemple, si j'ai plus de 50 ans, qu'est-ce qui me pousserait à profiter de cette journée et à m'inscrire ? Quelles pourraient être les difficultés du quotidien qui me feraient dire : "Je vais m'inscrire" ?

Généralement, la première plainte concerne la mémoire, notamment la mémoire des faits récents. Nous avons tous des difficultés de mémoire ponctuelles : chercher ses clés, ses lunettes, ses mots. C'est quelque chose de normal et qui fait partie du vieillissement normal. Là où il peut devenir intéressant de venir à ces Rendez-vous mémoire, c'est lorsque ces difficultés sont un peu plus importantes, plus durables ou lorsqu'elles sont remarquées par l'entourage. Elles peuvent aussi s'accompagner de difficultés au quotidien, comme ne plus parvenir à faire des choses que l'on arrivait habituellement à faire, être moins organisé ou avoir davantage de difficultés à prendre ses médicaments. Dès qu'il y a quelque chose qui préoccupe, il est intéressant de venir consulter.

Cette journée de jeudi, en quoi consiste le test cognitif qui sera utilisé ?

Ce sont des tests de dépistage.

Qu'est-ce qu'un test de dépistage ?

C'est un test qui ne permet pas de poser un diagnostic. Ce sont des tests élaborés par des spécialistes reconnus internationalement, qui permettent d'évaluer la mémoire. Il existe également un autre test très sensible à l'apparition des symptômes de la maladie d'Alzheimer, pouvant détecter certains signes jusqu'à environ quatorze ans avant l'apparition de symptômes plus importants. Une étude l'avait montré. Ce sont donc de petits tests de dépistage et, en fonction des résultats, nous pourrons soit rassurer la personne, soit l'orienter vers une prise en charge adaptée.

Nous en parlions avant l'émission. Il y a quelque chose qui est en train de se mettre en place et qui est intéressant : le diagnostic précoce. Il est difficile d'arrêter la maladie, mais il est possible de la ralentir et d'aider l'entourage proche, notamment les aidants. Vous me disiez que cela a pris beaucoup de temps, mais qu'avec les médecins généralistes et l'aide de neuropsychologues, il sera désormais possible de réaliser des diagnostics ?

Il s'agit d'une expérimentation portée par l'association Aloïs et par Bénédicte Defontaine depuis plus de vingt ans. Elle s'appelle PASSCOG. C'est un dispositif également soutenu dans le cadre de l'article 51 et par le ministère de la Santé. L'objectif est de permettre le diagnostic précoce en formant les médecins généralistes à travers des consultations mémoire dédiées exclusivement aux plaintes de mémoire, avec un accès à un bilan neuropsychologique. Des neuropsychologues travailleront avec les médecins généralistes et leurs interventions pourront être remboursées. Ensuite, il y aura une prise en charge du patient et de l'aidant. Cette prise en charge repose principalement sur la psychoéducation et l'accompagnement de l'aidant. Nous espérons désormais une mise en œuvre prochaine, puisque la généralisation a été accordée.

Ce sont donc de bonnes nouvelles. Je le rappelais tout à l'heure : la maladie d'Alzheimer touche aujourd'hui 1,4 million de Français, mais seulement la moitié des personnes concernées ont reçu un diagnostic formel. En tant que neuropsychologue, comment expliquez-vous ce chiffre alarmant et quels freins observez-vous au quotidien ?

Tout d'abord, parce qu'au stade léger de la maladie, les symptômes sont eux-mêmes très légers et difficiles à détecter. Il peut simplement s'agir d'un ralentissement. Certaines personnes ont également peur d'un éventuel diagnostic et ne consultent pas. D'autres n'ont pas conscience de leurs troubles. Cela fait partie d'un symptôme de la maladie d'Alzheimer appelé anosognosie. C'est le terme neuropsychologique qui désigne l'absence de conscience des troubles. Tout cela ralentit la prise en charge. Il y a également les délais d'accès aux consultations mémoire, notamment en milieu hospitalier, qui peuvent être très longs.

En tout cas, nous mettrons le lien pour vous inscrire si cela vous intéresse. Les Rendez-vous mémoire se tiennent à Lyon ce jeudi, à la préfecture, de 9 heures à 18 heures. Merci beaucoup d'être venue nous expliquer tout cela. Pour plus d'informations, rendez-vous sur www.lyoncapitale.fr. À très bientôt, au revoir.

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