Au cœur du département de la Loire, le territoire du Forez, entre monts et vaste plaine, demeure une destination confidentielle. Cet ancien comté médiéval, marqué par les puissants comtes du Forez, dévoile pourtant un patrimoine singulier, entre châteaux et prieurés perchés, sillonné de milliers de kilomètres de sentiers balisés, parfois au cœur des vignes, avec une AOC Côtes-du-Forez en plein essor.
À 1 heure 30, en voiture ou en train, de Lyon, Montbrison, capitale historique du Forez, dévoile son plus pimpant visage le samedi matin, à l’occasion de son marché à l’atmosphère animée.

Étals de fruits et légumes colorés se mêlent aux productions locales, dont l’incontournable fourme de Montbrison, un fromage bleu à la pâte onctueuse, reconnaissable à sa croûte orangée, fabriqué depuis le VIIIe siècle sur les sommets des Hautes Chaumes, à plus de 1 000 mètres d’altitude.
La ville révèle son charme au rythme du Vizézy, petite rivière qui traverse la cité, et de ses ruelles médiévales.

D’anciens hôtels particuliers rappellent son passé florissant tandis que son palais de justice, niché dans un ancien couvent, coiffé d’un imposant dôme en ardoise, évoque son passé religieux tout comme la collégiale Notre-Dame-d’Espérance, à l’aérien intérieur gothique.

Mais c’est la salle héraldique de la Diana qui se révèle la plus étonnante : elle répète les blasons des grandes familles du Forez plus de 1 700 fois, produisant un effet saisissant.

Halte culturelle au château de Goutelas
Avec un cadre unique, entre vignes et ancien volcan, le château de Goutelas, à Marcoux, est aujourd’hui un centre culturel de rencontre qui nous plonge dans l’histoire du Forez.
Cette ancienne maison forte médiévale transformée au XVIe siècle en demeure Renaissance a été sauvée de la ruine au XXe siècle.
Porté par une équipe de bénévoles unis dans une même aventure collective et citoyenne, le chantier a été mené par l’avocat et bâtonnier de Lyon Paul Bouchet, originaire du Forez, président un temps du mouvement ATD Quart Monde et l’un des principaux artisans de la loi sur la CMU.
Le lieu qui accueille des résidences en faveur d’artistes est aussi ouvert aux chercheurs et juristes, reflétant la volonté de Paul Bouchet de croiser les mondes de la paysannerie, de l’art et du droit. Concerts, spectacles, ateliers, expositions… un programme culturel anime toute l’année ce lieu unique.
Le château est par ailleurs le point de départ de jolies balades le long de la Goutte du Petit Pont, un petit cours d’eau, ou encore du chemin de Bélizar (les chemins de L’Astrée), une boucle panoramique qui traverse le vignoble avec des panneaux permettant de découvrir les sites et paysages du célèbre roman de L’Astrée, décrivant une vie pastorale idéalisée, écrit par Honoré d’Urfé au XVIIe siècle.

Sur la route du vignoble du Forez
Niché sur les premiers coteaux volcaniques du Massif central, le vignoble des Côtes-du-Forez se trouve le plus en amont du fleuve Loire. Classé AOC depuis 2000, il représente seulement 150 hectares, avec onze vignerons et une cave indépendante.
Le Gamay est le cépage principal (le seul qui donne droit à l’appellation) cultivé sur un terroir granitique, issu de l’érosion du Massif central, mais aussi basaltique, sur des buttes d’origine volcanique.
Quelques autres cépages surprenants sont aussi cultivés dans le Forez, comme le Viognier qui a fait connaître les vins de Stéphane Réal, le propriétaire d’un domaine de 5 hectares sur les pentes de Saint-Romain-le-Puy, connu pour son prieuré, situé sur un ancien neck basaltique.
“J’ai toujours été attiré par le Viognier, un cépage des Côtes-du-Rhône Nord mais qui fonctionne bien ici. Saint-Romain-le-Puy est un site emblématique du Forez. Voir des vignes autour de la commune a suscité la curiosité des visiteurs”, explique-t-il. Il s’est depuis aussi essayé à la Syrah mais on trouve également d’autres cépages comme la Roussanne, le Chenin, et même du Riesling et Gewurztraminer, vendus sous l’indication vins de Pays d’Urfé.

Ce sont cependant bien les Gamay de l’appellation Côtes-du-Forez, légers, aux arômes de fruits rouges, qui aujourd’hui bénéficient d’une bonne reconnaissance, suite à la tenace persévérance de ses vignerons.
Sous l’appellation Loire-Volcanique, les vignerons du Forez et du Roannais ont uni leurs forces, également avec ceux des Côtes-d’Auvergne et de Saint-Pourçain, afin de gagner en visibilité.
“On sait maintenant nous situer. Mais il est aussi important d’échanger, de goûter. Une solidarité nous porte”, partage Stéphane Réal.
De nombreuses femmes font également rayonner les Côtes-du-Forez comme Stéphanie Guillot, installée à Sainte-Agathe-la-Bouteresse, et qui depuis plus de vingt ans mène seule son domaine de onze hectares.
Elle a depuis été rejointe par Julie Logel qui a pris la suite de son père Jacky, un des précurseurs du bio dans le Forez, œuvrant aujourd’hui au domaine Verdier-Logel avec son cousin Maxime Gillier. Ou encore Charlotte et Amaury, du domaine des Terrasses, qui cultivent deux parcelles de Gamay à Marcoux.
Une récente route des vins, avec des boucles cyclos et pédestres, permet de partir à la découverte des vignes mais aussi des vignerons. Les vignes plantées sur les coteaux offrent parfois des points de vue spectaculaires, comme celles cultivées par Loïc Chèze pour la cave coopérative Agamy.
Elles s’ouvrent sur un enchanteur panorama vallonné d’où émerge en arrière-plan le château de Sail-sous-Couzan, fief d’Aimé Jacquet, le fameux sélectionneur de l’équipe de France 1998, championne du monde.

S’émerveiller à la volerie du Forez
Pour prendre un peu de hauteur, direction le village vigneron de Marcilly-le-Châtel où la volerie du Forez s’est installée dans les ruines du château Saint-Anne, posé sur des orgues basaltiques.
Le site, entouré de vignobles, est exceptionnel. Il offre une vue sur toute la plaine ponctuée d’étangs, la butte volcanique du mont d’Uzore et le prieuré de Montverdun sur son pic basaltique.
“Dès le Moyen Âge, plus de trois mille étangs ont été créés pour l’agriculture et la pisciculture. Drainés au XIXe siècle, ils sont aujourd’hui environ 300”, explique Margaux Clain, guide Pays d’art et d’histoire.
C’est dans ce cadre hors du commun que s’est installée la volerie du Forez qui propose des spectacles d’oiseaux mais aussi de chevaux ainsi que des initiations à la fauconnerie.
La volerie abrite pas moins de 130 oiseaux, avec plus de 70 espèces différentes. Faucon sacre ou buse de Harris sur votre bras ganté, vous apprendrez une multitude d’anecdotes à propos des rapaces. Saviez-vous que le faucon pèlerin peut faire des piqués jusqu’à 380 km/heure ?
Infos pratiques
Où loger ?
- Une Odeur de tilleul, chambres d’hôtes de charme avec piscine, à Montbrison
- Un Petit Bout du monde, chambres d’hôtes avec vue sur la vallée du Lignon, à Saint-Georges-en-Couzan
Où se restaurer ?
- Auberge La Césarde, cuisine traditionnelle, avec le fameux patia, pomme de terre à la crème et au beurre, à Marcilly-le-Châtel – la-cesarde.com
- Le Clos perché, cuisine inventive et moderne, à Montarcher – leclosperche.fr
À ne pas manquer
- Les Monts de la Balle, théâtre de rue et cirque, les 23 et 24 mai – lesmontsdelaballe.org
- Foreztival, grand festival de musique, à Trelins, les 31 juillet, 1er et 2 août – foreztival.com
Comment s’y rendre ?
- En voiture : 1 heure par l’A89
