À l’approche du baccalauréat, l’intelligence artificielle s’impose dans les habitudes de révision des lycéens. Si elle offre de nouvelles opportunités d’apprentissage, son utilisation soulève aussi des critiques.
Alors que les épreuves écrites du baccalauréat se dérouleront du 16 au 18 juin prochains, un nouvel outil de révision s'invite à l'école : l'intelligence artificielle. Selon le baromètre Nomad Éducation de 2025, 84 % des élèves utilisent l’IA pour comprendre leurs cours et 83 % pour réviser. De ce fait découlent plusieurs dérives, comme des problèmes de mémorisation et d'efforts de rédaction, de dépendance aux réponses instantanées, ainsi qu'une incapacité à tenir 4 heures lors d'épreuves de dissertation.
Un constat qui alerte Aimery de Vaujuas : "L'IA peut faire des erreurs si elle n'est pas instruite correctement et peut donner l'illusion à l'élève de progresser en allant dans son sens. Il est nécessaire d'avoir un interlocuteur humain pour se mettre au travail".
Il y a un an et demi, cet ancien étudiant de l'EM Lyon et président-fondateur de Cartesia Education, a lancé la Méthode Aristote, dispositif d'apprentissage à destination des élèves de la quatrième à la terminale qui allie pédagogie et exigence humaine, en utilisant l'intelligence artificielle. "Concrètement, l'élève a un entretien en visio avec son tuteur au minimum une fois par semaine. Son apprentissage passe ensuite par l'IA, que l'on a cadré par rapport au programme scolaire. Le tuteur crée l'ossature et envoie un plan de travail à l'intelligence artificielle. L'objectif est de permettre à l'élève de mieux réviser, préparer des évaluations en se remettant en question", explique le fondateur du dispositif, utilisé par environ 300 clients dans l'hexagone.

"Sans humain, l'IA est très peu efficace"
Face à l'émergence de l'intelligence artificielle dans le monde scolaire, Aimery de Vaujuas voit plutôt "une chance pour les élèves, lorsque c'est bien utilisé, et que l'humain crée la direction. Sans lui, l'IA est très peu efficace." Cet ancien avocat prône une collaboration nécessaire entre l'outil et l'humain "qui doit être au centre." Il évoque également les limites de l'utilisation de l'IA "qui ne culpabilise pas l'élève lorsqu'il se trompe." Avec la Méthode Aristote, Aimery de Vaujuas pense avoir "trouvé le bon dosage entre l'humain et l'intelligence artificielle".
L'outil a, depuis quelques années, habitué les élèves à une réponse instantanée, au détriment d'une réflexion construite. “L’IA répond immédiatement. Mais réussir le bac, c’est être capable de réfléchir seul pendant plusieurs heures. Aujourd’hui, beaucoup d’élèves confondent accès rapide à la réponse et apprentissage réel”, déplore le fondateur de la Méthode Aristote.
"Un dispositif innovant"
Parmi les 300 utilisateurs de la Méthode Aristote, il y a Manon, abonnée depuis septembre 2025. Agée de 18 ans, elle s'apprête à entrer à l'EM Lyon à la rentrée prochaine, après avoir obtenu un double baccalauréat français / italien. L'année dernière, elle avait suivi des cours de soutien scolaire classique et collectif en visio, lui permettant de progresser avec un emploi du temps chargé. Monique, sa marraine, l'a accompagnée tout au long de ces processus d'apprentissage. "Je suis tombée sur la méthode Artistote sur Instagram. J'ai trouvé le dispositif innovant. Pour la terminale, il fallait qu'elle passe à l'étape supérieure, les cours de soutien collectifs étaient insuffisants. Cette combinaison entre l'humain et l'IA a permis de booster les capacités de Manon."
L'élève a ainsi réalisé plusieurs séances par semaine notamment sur ses spécialités, SES, HLP, ainsi que les maths complémentaires. "Il y a eu un vrai déclic", confie Monique. "Combiner l'IA avec l'apprentissage humain, ça lui a donné envie d'apprendre autrement, et donné une confiance supplémentaire", poursuit-elle.


"Rester dans le confort du soutien scolaire"
Cependant, Monique reste lucide sur l'apport de la Méthode Aristote. "Cela ne se substitue pas à un enseignement classique. Le risque pour la suite, c'est de ne pas arriver à se défaire de cette béquille et de rester dans le confort du soutien scolaire". Un confort qui pousse de plus en plus les jeunes à choisir l'IA dans leur travail scolaire, au détriment d'une réflexion plus poussée. De quoi inquiéter Monique : "Forcément, ça me fait peur. L'utilisation de l'IA peut influer sur l'esprit critique des nouvelles générations. Par exemple, Chat GPT est une intelligence artificielle qui va toujours dans le sens de son utilisateur. C'est dangereux sur l'aspect réflexion."
Devenue incontournable depuis le lancement de ChatGPT en 2022, l'intelligence artificielle intègre tous les domaines de la société, y compris le milieu scolaire. Faut-il complètement la rejeter ou l'appréhender au service des élèves ? C'est une question cristallise déjà le débat.
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