Depuis deux ans, Aline Marchand, médiatrice culturelle chez Médiatone, propose aux détenus de participer à des ateliers artistiques autour de la musique.
Dans l'ombre des cellules et alors que le milieu carcéral fait face à une crise profonde, certains agissent en silence pour tenter d'offrir un avenir meilleur aux détenus. C'est le cas d'Aline Marchand, ancienne clercque de notaire, désormais chargée d'action culturelle et médiatrice culturelle en milieu fermé chez l'association Médiatone. Depuis deux ans, la quarantenaire sillonne les prisons lyonnaises pour proposer des ateliers artistiques autour de la musique aux détenus.
Dans le Rhône, Aline intervient dans la maison d'arrêt de Lyon Corbas et au sein de l'établissement pour mineurs de Meyzieu. Sur place, elle propose aux détenus de participer à plusieurs activités, dont l'organisation d'un concert, ensuite proposé dans la prison. L'occasion pour eux de découvrir des choses nouvelles, loin de leur train-train quotidien : "Pour beaucoup, c'est la première fois qu'ils assistent à un concert", souligne la médiatrice. Programmation, communication, graphisme, administratif... Les détenus mettent la main à la pâte pour organiser un événement concret, organisé début juin. Ils sont également invités à écrire un texte, à chanter, voire participer au concert s'ils le souhaitent.
Découvrir un style de musique, une nouvelle passion...
Afin d'accompagner au mieux les détenus, Aline et son équipe sélectionnent minutieusement les artistes intervenants à l'issue d'un appel à projets : "Nous essayons de privilégier ceux qui ont déjà mené des ateliers parce que les détenus c'est un public où parfois il y a des problèmes de langue, d'écriture, donc il faut savoir rebondir", souligne la médiatrice. Le style musical est également étudié, pour permettre aux détenus de découvrir de nouveaux horizons : "Nous avons eu des artistes qui jouaient de la musique reggae, du funk, du beat-box...", indique la quarantenaire.
Et si certains prisonniers sont timides, la plupart semble se prêter au jeu, en témoigne l'expérience d'Aline : "L'année dernière à Corbas, un détenu ne voulait pas écrire, ensuite il ne voulait pas chanter mais il a fini par écrire et chanter car tous les autres l'ont motivé (...) Et puis finalement il a chanté en live devant tout le monde le jour du concert", se remémore la médiatrice le sourire aux lèvres, avant de confier, émue : "Ce genre d'histoires ça me donne des frissons."
"Le fait de seulement les enfermer ne sert à rien"
Des ateliers que certains responsables politiques regardent pourtant d’un mauvais œil. Alors qu'en 2025, le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, souhaitait supprimer ces pratiques jugées "ludiques", Aline défend au contraire leur utilité. Pour elle, ils constituent une porte d'entrée vers une nouvelle passion, une perspective d'avenir meilleure, voire une piste vers l'emploi : "Ces moments leur permettent de rencontrer des artistes, d'échanger sur les métiers, d'avoir un moment pour s'évader, mais ça peut aussi leur permettre de découvrir une passion et pourquoi pas de leur donner des pistes pour le futur", affirme-t-elle, avant d'estimer : "Le fait de seulement les enfermer ne sert à rien, on le voit au taux de récidive, le but c'est vraiment de leur faire découvrir autre chose, leur donner confiance en eux."
En pleine crise pénitentiaire, et alors que les prisons sont surchargées, ces ateliers sont également l'occasion pour les détenus d'échanger sur leurs conditions : "En tant qu'intervenant on s'en prend plein la gueule, on imagine pas l'insalubrité, le fait qu'ils puissent être trois par cellule, qu'ils puissent dormir par terre, avoir des rats et des cafards dans leur cellule", confie Aline. Elle ajoute : "Beaucoup sont heureux de ces ateliers et nous remercient d'être là, ça leur change les idées."
Malgré les problématiques liées aux prisons et le climat instable auquel font face les associations, Aline et les équipes de Médiatone comptent bien poursuivre leur action aussi longtemps que possible. Pour cela, elle en appelle à l'Etat : "Nous avons besoin des subventions pour continuer à vivre et à faire ces actions", termine-t-elle avec espoir.
Travaux d'intérêt généraux et réinsertion
En plus de ces actions en prison, l'association Médiatone accueille également des personnes en TIG (travaux d'intérêt général). Ces dernières participent ainsi à la vie de l'association en réalisant la promotion des concerts ou en assurant la manutention lors des festivals. Les personnes rencontrées peuvent ensuite prendre part à un parcours en trois étapes visant à l'insertion professionnelle.
Lire aussi : Le Barreau de Lyon alerte sur la surpopulation carcérale en France
