La rue Grenette fait l’objet de nombreux désaccords sur sa réouverture aux voitures. @RB

Réouverture de la rue Grenette à Lyon : comme les politiques, les riverains sont en désaccord

À Lyon, la rue Grenette ravive la bataille autour de la place de la voiture en Presqu’île. Entre concertation citoyenne et opposition politique, le dossier divise habitants et commerçants.

Prise en étau entre un exécutif municipal écologiste qui l'a fermée aux voitures en juin 2025, et une droite métropolitaine qui souhaite la rouvrir, la rue Grenette, dans le 2e arrondissement de Lyon, cristallise les débats.

Invité de notre émission 6 minutes chrono, Laurent Bosetti, adjoint de Grégory Doucet aux Mobilités a affirmé "ne pas refuser le débat", mais alerte sur les risques potentiels. "Cette hypothèse ajoute un quart d’heure de trajet aux lignes fortes et dégrade fortement la qualité des grandes lignes de bus du SYTRAL." En effet, la Ville de Lyon assure que "9 000 à 10 000 véhicules automobiles y circulaient chaque jour, auparavant". Un bras de fer avec Véronique Sarselli que la Ville pourrait toutefois perdre puisque la réouverture des voiries et une compétence métropolitaine.

L'avis des citoyens réclamé par les deux camps

Pour statuer, les deux camps ont fait appel à l'avis des citoyens. Pierre Oliver, vice-président de la Métropole en charge de la Voirie et également maire LR du 2e arrondissement, a allumé la mèche. Le 30 mars dernier, sur ses réseaux sociaux, il avait demandé aux Lyonnais quelles rues ils souhaitaient voir rouvrir.

De son côté, la Ville de Lyon a lancé une grande concertation citoyenne le 30 avril dernier. Son objectif, "associer largement les habitants à la réflexion" et avoir une "collaboration constructive" avec la Métropole de Lyon. Le questionnaire composé de onze questions, disponible jusqu'au 30 mai prochain, permettra ainsi de mieux identifier "les usages de la Presqu’île, les modes de déplacement privilégiés, l’évaluation des aménagements actuels, les avis sur le maintien ou non de la rue Grenette sans circulation automobile", détaille la Ville.

Selon les chiffres de la municipalité, datant de ce mardi 12 mai, "14 472 réponses ont été enregistrées". Concernant les retours, la mairie explique "ne pas pouvoir les donner", mais assure "qu'une restitution est prévue lorsque la concertation sera terminée." A l'annonce du lancement de cette consultation, le 30 avril, la Métropole avait immédiatement riposté en annonçant, "d’ici l’été""les modalités de réouverture de la rue Grenette à la circulation automobile". Véronique Sarselli avait également exhorté Pierre Oliver et Gilles Gascon, son vice-président aux Mobilités, d'aller eux-mêmes "directement" à la rencontre des usagers pour "travailler sur une solution de sortie par le haut du dispositif actuel."

Des habitants divisés sur le sujet

Sur le terrain, les dissonances sont nombreuses. "Depuis la fermeture aux voitures, le quartier est plus calme, il y a moins d'embouteillages", note Florent, un riverain. De son côté, Marion est catégorique : "la rue Grenette est une artère centrale de la ville. C'est une aberration de l'avoir fermée aux voitures." Adrien, qui se rend chaque jour au travail à vélo trouve la rue "plus praticable", même s'il regrette des voies "trop serrées." Les usagers quotidiens de cette route semblent donc en accord avec les commerçants, qui oscillent entre nuance et réouverture à tout prix.

Jérémy, patron du café Le Grenette se positionne en faveur de la réouverture. "Ça permettra de remotiver la clientèle de l'Ouest lyonnais, qui ne peut plus venir jusqu'à Lyon en voiture." "Il y a des embouteillages monstres sur le Quai Saint Antoine, je n'en peux plus", complète Thomas, gérant du Quai 19, situé sur l'avenue perpendiculaire à la rue Grenette.

"Il n'y a pas eu de concertation"

Simon travaille au Cercle de la Vap, une boutique de cigarettes électroniques de la rue Grenette. Il se veut plus équilibré. "Je ne suis pas contre la piétonnisation de la Presqu'Ile. Le problème, c'est qu'il n'y a pas eu de concertation. On nous a imposé des travaux. On nous a dit 'on s'en fou des petits commerces, on veut planter des arbres'. Depuis la fermeture aux voitures, nous avons perdu 20 % de notre chiffre d'affaires, les clients de l'Ouest lyonnais ne viennent plus." Avant d'ajouter : "Si c'est pour avoir à nouveau des travaux, ce n'est pas la peine de rouvrir. S'il doit y avoir un changement, il faut qu'il se fasse en douceur".

Même son de cloche pour Marianne, opticienne chez Optique Florit. "Le problème n'est pas la fermeture de la rue, c'est qu'on nous l'a imposée. Nous avons perdu toute notre clientèle de l'Ouest lyonnais. Rouvrir la rue aux voitures ne nous la ramènera pas, elle a pris son habitude ailleurs." Mais la commerçante pointe tout de même du doigt le manque d'infrastructure nécessaire à la fin des voitures en Presqu'Ile : "Personnellement, je ne prends plus ma voiture pour venir à Lyon, la mairie a réussi son pari. Par contre, il manque de parkings relais."

Concernant la consultation lancée par la mairie... Elle divise aussi. Simon voit "un pas en avant de la mairie", quand Marion dénonce "un piège". Plus encore, elle dénonce "un coup de notre khmer vert pour contrer la Métropole." Le sujet semble aussi bien diviser les camps politiques que les riverains, principaux concernés. Quel avenir pour la rue Grenette ? Premier élément de réponse le 30 mai prochain, avec le résultat de la concertation lancée par la Ville.

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