Réintroduire l'aliment alergène rapidement après la réaction allergique : c'est le nouveau protocole de l'Hôpital Femme-Mère-enfant de Bron.
Le protocole de diversification alimentaire a grandement évolué depuis les 15 dernières années. Auparavant, on conseillait aux parents de retarder au maximum les aliments allergènes comme les fruits à coque. Depuis, on conseille de les introduire progressivement à partir des 4 à 6 mois du nourrisson. Ainsi, on détecte les potentielles allergies plus tôt, ce qui permet de les traiter plus rapidement et plus efficacement.
En avril 2025, une équipe des HCL a décidé de changer de méthode en recourant à l'immunothérapie orale, une désensibilisation par la réintroduction de l’aliment allergène à faible dose. Ce dès les jours suivant les premiers symptômes. Grâce au protocole de désensibilisation, il est possible d’atténuer grandement l’allergie, voire de la faire entièrement disparaitre.
Les allergies alimentaires sont de plus en plus fréquentes ces dernières années en France, en particulier chez les enfants. 6 à 8 % des moins de 18 ans sont concernés, alors qu’ils n’étaient que 2 % en 2002 d’après le réseau national d’allergo-vigilance.
"Il faut combattre le mal par le mal, et ce le plus tôt possible"
Chez les patients jeunes, les allergies sont souvent moins sévères et moins nombreuses, explique le docteur Camille Braun, maitre de conférence en allergologie pédiatrique à l'Hôpital Femme-Mère-Enfant à Lyon. Éviter de manger un aliment à la suite d’une réaction allergique ne fait donc qu'empirer l’allergie. "Il faut combattre le mal par le mal, et ce le plus tôt possible", résume-t-il. Une désensibilisation précoce est plus simple pour l’enfant car il n’a aucune appréhension face à l’aliment. Or, si on dit à l’enfant que manger cet aliment peut le tuer durant des années, même après une désensibilisation réussie, l’enfant risque de refuser d’en manger, par peur.
Aujourd'hui, Séraphine, 8 mois, a reçu la première dose de ce protocole. Sa maman, Emeline Reymondon-Marlois, avait commencé la diversification alimentaire dès les 5 mois de la petite fille, mais il y a moins de deux semaines, c'est à la noix de cajou que la petite a déclaré une réaction allergique.
Le nourrisson a commencé à devenir un petit peu rouge, mais en gardant un comportement normal. C’est lorsque la tache rouge s’est étendue et que Séraphine a commencé à vomir qu’Emeline a appelé les pompiers. C'est lors du transfert de l'enfant à l'hôpital que les HCL proposent à Emeline de tester ce nouveau protocole. La désensibilisation a donc commencé aujourd'hui par une consommation de 4 milligrammes de l’aliment allergène, à l’hôpital.
"Je préfère le faire maintenant plutôt que se soit compliqué pour elle, pour nous toute sa vie"
La petite reste sous la surveillance des équipes de soin durant une heure. Ensuite, chaque jour, la famille pourra augmenter les doses, jusqu’à manger 300 milligrammes de la protéine allergène par jour. Cela devient un "alicament", l’aliment est consommé quotidiennement, tel un médicament explique le docteur Camille Braun.

"Je préfère le faire maintenant plutôt que se soit compliqué pour elle, pour nous toute sa vie. Qu’elle n’ait pas besoin de vérifier les compositions à chaque fois qu’elle mange un plat" explique Emeline. Au terme de deux heures de surveillance, aucune réaction allergique n’a été constatée chez la jeune enfant. En général, au bout d’un an, l’allergie a disparue, ou du moins grandement diminuée.
Un protocole repris par les CHU de la région AuRa... et même à Brest
Près de 40 enfants, dont la majorité ont moins de 2 ans, ont suivi ce protocole, en près d’un an. La majorité ont eu lieu à l’hôpital Femme Mère Enfant, mais aussi dans toute la région. Les CHU de Clermont-Ferrand, Saint-Étienne et Grenoble, ainsi que le centre hospitalier d’Annecy, ont reproduit l’initiative des HCL. Le CHU de Brest vient également d’y souscrire, convaincu par les résultats exceptionnels obtenus.
"Sur 100 enfants, sur lesquels une désensibilisation a été réalisée, seuls 3 ont eu une réaction allergique. Tous les trois avaient une très forte allergie. On le voit avec la prise de sang, leurs anticorps étaient supérieurs à 70", confie le docteur Camille Braun.
Pour confirmer que l'enfant n'est plus allergique à un aliment, une prise de sang est réalisée après la consommation de l'allergène. Si aucune trace n'est détectée et que l'enfant n'a aucune réaction, l'allergie a disparu.
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