Marion Sommermeyer
Marion Sommermeyer, directrice du festival du film documentaire « Les Ecrans du doc »

"Le documentaire ne dit pas quoi penser, il donne les raisons de penser" rapporte Marion Sommermeyer

Marion Sommermeyer, directrice du festival Les Ecrans du Doc, est l'invitée de 6 minutes chrono / Lyon Capitale.

Récompensé par l’Oscar du meilleur documentaire cette année, Mr Nobody et Poutine plonge dans l’embrigadement d’écoliers ukrainiens, en écho direct à la guerre menée par la Russie de Vladimir Poutine. Un film qui illustre la capacité du documentaire à éclairer des réalités complexes, au plus près du terrain, loin des discours simplificateurs.

C’est précisément ce type de regard que défend le festival Les Écrans du Doc, dont la 15ᵉ édition se tient du 24 au 29 mars dans la métropole lyonnaise (et dont Lyon Capitale est partenaire). Sa directrice Marion Sommermeyer présente une programmation tournée vers l’actualité du cinéma documentaire, avec seize films dont plusieurs avant-premières.

Elle souligne l’évolution du public, de plus en plus nombreux, mais aussi l’importance de la projection en salle. "Il y a un réel intérêt pour le cinéma documentaire en salle, avec des débats et des rencontres", explique-t-elle, insistant sur la dimension collective de l’expérience.

Le festival revendique une ligne claire : interroger les enjeux contemporains à travers le prisme du documentaire. Qu’il s’agisse de conflits internationaux, de questions sociales ou de territoires locaux, la sélection met en avant des œuvres récentes, souvent issues d’un travail au long cours.

Face à l’accélération de l’information et au rôle croissant des réseaux sociaux, Marion Sommer Meier rappelle également la spécificité du documentaire : "c’est un travail sur le long terme, qui va à l’encontre de tout ce qui va très vite."

Entre projections, rencontres et temps forts festifs, Les Écrans du Doc s’imposent ainsi comme un rendez-vous ancré dans son époque, où le cinéma devient un outil de compréhension du monde.

Lire aussi : "Le documentaire est le regard personnel et sensible d'un auteur sur le monde" assure Marion Sommermeyer


La retranscription intégrale de l'entretien avec Marion Sommermeyer

Bonjour à tous, ravi de vous retrouver pour ce nouveau rendez-vous de 6 minutes chrono. Nous accueillons aujourd’hui Marion Sommermeyer. Marion Sommer Meier, vous êtes directrice du festival Les Écrans du Doc, c’est déjà la 15ᵉ édition. C’est rare pour un festival documentaire en région. Qu’est-ce qui a changé dans le rapport du public au documentaire par rapport à la première édition ?

Alors, le public est déjà plus nombreux. Le festival a aussi pris de l’ampleur, puisqu’au départ nous étions sur trois journées du documentaire au mois de novembre. Là, nous sommes sur six jours de programmation, au mois de mars, du 24 au 29.

Et il y a un réel intérêt pour le cinéma documentaire en salle de cinéma, je précise, car il est important que le documentaire soit diffusé en salle. Cela apporte un autre rapport au public, avec des débats et des rencontres qui s’associent à cette programmation.

Et cette année, il y a un choix. Le programme va de la colère sociale française aux vignerons de Condrieu et de Côte-Rôtie, jusqu’à l’embrigadement des écoliers ukrainiens. Il y a aussi Mr. Nobody contre Poutine, qui a eu l’Oscar du meilleur documentaire 2026. Quel est le fil rouge qui relie des films aussi différents les uns des autres ?

Le fil rouge, c’est vraiment l’actualité du cinéma documentaire. Dans la sélection, il y a 16 films. En général, ce sont des films qui viennent de sortir. C’est vraiment l’actualité, ou bien des avant-premières. Sur les 16 documentaires, il y en a six en avant-première.

Il y en a six en avant-première. J’ai vu qu’il y avait un éditorial du festival qui disait : “Le documentaire ne dit pas quoi penser, il donne les raisons de penser.” Nous sommes à une époque où l’on parle beaucoup d’algorithmes qui favorisent la confirmation des croyances. Est-ce que le cinéma documentaire peut encore changer un regard ou prêche-t-il surtout des convaincus ?

Non. La citation que vous venez de faire est celle de Frédérick Wiseman, un grand réalisateur de documentaires qui nous a quittés il n’y a pas très longtemps. Je crois que l’idée est vraiment celle d’une immersion dans une microsociété, dans un territoire, auprès d’une population. Cela permet de mieux comprendre. Pour moi, le documentaire, c’est aussi un temps consacré par un réalisateur. Je pense à Pierre Carles, pour le film L’Affaire Abdallah, qui sera en avant-première. Il a filmé et effectué un travail de recherche d’archives pendant plus de six ans. C’est donc un travail sur le long terme, qui va à l’encontre de tout ce qui va très vite actuellement, notamment à travers les réseaux sociaux.

Vous parliez du public. Aujourd’hui, en termes de fréquentation, qu’est-ce que représente le festival pendant ces six jours ?

C’est variable. Comme je vous le disais, il y a tout ce qui se passe au Ciné Toboggan, soit environ 1 500 personnes l’année dernière, mais nous espérons plus cette année. Plusieurs projections ont aussi lieu dans des salles partenaires. Je ne vais pas toutes les citer, mais il y en a huit dans la métropole et une hors métropole, à Villefranche. Cela représente un nombre important de séances tout au long de cette semaine, du 24 au 29 mars.

D’accord. J’ai vu que vous aviez programmé, dans ce fascicule déjà bien épais, Orwell, 2 + 2 = 5. Est-ce un acte politique assumé ? Il résonne avec Trump, Poutine et l’actualité. Est-ce quelque chose de volontaire de la part du festival ?

Le principe du festival est d’aborder des questions de société et les enjeux du monde contemporain à travers le documentaire. C’est la ligne directrice. Ensuite, il y a les préoccupations des réalisateurs du moment. Raoul Peck, par exemple, est pour moi l’un des plus grands réalisateurs de documentaires aujourd’hui. Nous avions diffusé un film de lui l’année dernière sur Ernest Cole. Son nouveau film est passionnant, car il aborde, à travers les propos d’Orwell écrits en 1948 dans 1984, la manière dont il était visionnaire. Ce film de Raoul Peck met en parallèle l’actualité du monde avec ses écrits, qui ont plus de 70 ans.

Vous disiez qu’il y avait beaucoup d’avant-premières dans cette 15ᵉ édition du festival Les Écrans du Doc. Comment fait-on pour en attirer autant alors que l’on n’est pas Cannes ni un grand pôle du cinéma ?

Je crois que le festival est désormais connu des réalisateurs. Les distributeurs nous font confiance pour nous confier leurs films. C’est important pour eux, car cela leur permet d’être vus. Nous organisons aussi une journée professionnelle pour les exploitants et les personnes travaillant dans le monde du cinéma. Elle a lieu le mardi 24. Nous y présentons ces avant-premières pour qu’elles soient ensuite projetées dans les salles de la métropole, mais aussi de la région.

Et de la région. Dans la programmation, il y a aussi une soirée le samedi avec Faroukito, suivie d’un spectacle de flamenco pour 10 euros. Est-ce une forme de respiration dans le festival ?

À chaque édition, le samedi soir est consacré à une soirée musicale. Cette fois-ci, nous sommes très contents, car il s’agit presque d’une exclusivité : le film n’a pas été projeté en France, sauf au festival Fipadoc de Biarritz. C’est donc une quasi-exclusivité. Le film, Faroukito, est une saga autour des plus grands danseurs de flamenco en Espagne, suivie d’un spectacle dans le hall. D’un point de vue festif et musical, nous proposons également la clôture du festival avec Nous, l’Orchestre de Philippe Béziat, un film présenté en avant-première. Il s’agit d’une immersion au sein de l’Orchestre national de Paris. C’est aussi ce qu’apporte le documentaire : une immersion dans une microsociété que l’on ne connaît pas. C’était l’idée. Pour cette quinzième édition, nous voulions aussi un aspect festif. L’ouverture se fera avec L’Échaillé de l’Enfer, une avant-première locale. De nombreux films ont été réalisés sur le vin, mais celui-ci est particulièrement sensible et permet d’aller à la rencontre de ceux qui travaillent la terre et le Condrieu.

En tout cas, il y a une grande diversité de documentaires. Cela vaut le coup de s’immerger dans cette quinzième édition des Écrans du Doc, du 24 au 29 mars. Merci beaucoup d’être venue sur le plateau de Lyon Capitale pour nous présenter cette édition. À très bientôt, au revoir.

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