Du 8 mars au 28 mai, la Métropole de Lyon lance une grande collecte de protections hygiéniques afin de lutter contre la précarité menstruelle. Une fois récoltées, les protections sont redistribuées via des associations telles que le Secours populaire.
"Vous voulez des protections menstruelles ? " "Oui je vais en prendre". Bananes, carottes, mais aussi serviettes hygiéniques et tampons, entre les fruits et les légumes, les bénéficiaires du Secours Populaire du Rhône peuvent se servir en protections menstruelles. Si les conserves de petits pois n'ont pas tous les jours du succès, les serviettes hygiéniques, elles, sont systématiquement prises : "L'idée c'est d'en avoir tout le temps pour que tout le monde puisse y avoir accès de la même façon", explique une bénévole du Secours Populaire.
En France, une femme sur trois est concernée par la précarité menstruelle et rencontre des difficultés à s'acheter des protections hygiéniques en raison de ses faibles revenus. Le Secours Populaire du Rhône, lui, comptait 19 403 bénéficiaires lors du dernier bilan dressé en en 2024. De quoi avoir besoin de nombreux lots de serviettes hygiéniques et de tampons. Pour satisfaire aux besoins de chacun, l'association achète, fait des collectes et reçoit des dons de la part de partenaires. Parmi ses partenaires, elle peut notamment compter sur la Métropole de Lyon et son annuelle collecte de protections menstruelles lancée depuis le 8 mars.
Plus de 50 points de collecte dans toute la Métropole
L'objectif de cette collecte ? Lutter contre la précarité menstruelle et permettre à chaque femme de se protéger dignement durant son cycle. Pour cela, la Métropole de Lyon a installé des grandes boîtes de collectes dans l'ensemble des ses Maisons de la Métropole et dans 37 points de collectes partenaires tels que des médiathèques ou des mairies du territoire. Les personnes qui le souhaitent peuvent ainsi déposer des tampons et des serviettes hygiéniques, mais aussi des culottes menstruelles neuves ou des lingettes. Une fois collectés, les produits sont redistribués à des associations, telles que le Secours Populaire.
Arrivés dans les associations, les produits sont mis à disposition des bénéficiaires lors des collectes alimentaires. Ces derniers peuvent alors choisir de les mettre dans leur panier ou non : "C'est important de les laisser les femmes choisir si elles en veulent ou non, car parfois, certaines sont tellement stressées que ça leur coupe leurs règles, donc leur imposer ne va pas les aider", explique Isabelle Martinelli, coordinatrice pour le Secours Populaire. Une manière également d'éviter un sujet parfois encore tabou : "Tout le monde a intégré ses produits comme faisant partie du libre-service et comme les gens n'ont pas à demandé et juste à se servir il n'y a pas de tabou", poursuit Isabelle.

"Certaines utilisaient du papier journal pour contenir leur flux"
Parfois oubliées des collectes, les protections menstruelles sont pourtant essentielles et représentent un budget important pour les femmes en situation de précarité. Sans ces collectes, certaines doivent se débrouiller autrement, faute de moyens : "Une fois nous avons demandé aux femmes comment elles faisaient lorsqu'elles avaient leurs règles et nous avons découvert que certaines utilisaient du papier journal pour contenir leur flux", confie la coordinatrice. Alors qu'une femme dépense en moyenne 150 euros par an en protection menstruelle, l'achat de ces dernières représente en effet une charge mentale supplémentaire pour les femmes en situation de précarité : "C'est une charge mentale parce qu'elles doivent tout le temps anticiper leurs prochaines règles pour être sûres d'avoir des protections pour elles et parfois leurs filles", précise Isabelle.
L'une des bénéficiaires du Secours Populaire, mère de quatre enfants en est témoin : "Avoir ses règles est une source de stress puisque tout doit être programmé et calculé", confie la mère de famille. La collecte du Secours Populaire lui permet néanmoins de souffler une fois par mois : "J'ai une fille qui est réglée et même pour moi, venir ici me permet d'économiser sur les serviettes hygiéniques parce que mine de rien c'est un coût (...) Ca me soulage de savoir qu'il y en a ici", livre-t-elle avant d'ajouter : "De toute façon être une femme coûte trop cher parce que nous avons des étiquettes." Même constat pour cette jeune bénéficiaire : "J'en prends à chaque fois parce que ça coûte très cher dans les magasins", partage-t-elle.

"Là où il y a toilettes il doit y avoir protections"
Car si des protections sont mises en libre-service dans certains établissements scolaires, publics ou dans des bars, ces lieux restent rares : "Il devrait systématiquement y avoir des protections menstruelles dans les toilettes c'est une évidence : là où il y a toilettes il doit y avoir des protections", martèle Isabelle.
Lancée le 8 mars, la collecte de la Métropole se prolongera jusqu'au 28 mai. Pour continuer de pallier le besoin, d'autres collectes seront également organisées par de nombreuses associations tout au long de l'année dans les supermarchés mais aussi dans les pharmacies et lieux partenaires
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