Abdelkader Lahmar, député LFI de la 7e circonscription du Rhône.

A Vaulx-en-Velin conquise par LFI : Lahmar, "c'est un mec comme nous"

Le député insoumis Abdelkader Lahmar a remporté la mairie de Vaulx-en-Velin face à la maire sortante socialiste. L'élu a capitalisé sur son fort ancrage local.

Juché sur un scooter en piteux état, Amine s'enthousiasme: Abdelkader Lahmar, nouveau maire Insoumis de Vaulx-en-Velin, dans la banlieue de Lyon, est "un mec comme nous", "de notre communauté" qui "connaît les difficultés financières". Complet de survêtement noir et grosses baskets TN, il a voté à 18 ans pour la toute première fois et a placé dans l'urne le bulletin Abdelkader Lahmar, qui a ravi sur le fil la mairie à la socialiste Hélène Geoffroy, en poste depuis 2014, à 104 voix près.

Natif du quartier du Mas du Taureau, ce professeur de 54 ans, qui a longtemps enseigné dans un lycée professionnel de la ville, et député depuis 2022 est l'un des symboles du nouvel ancrage local de La France Insoumise. Pour les municipales, le mouvement a souvent misé sur des candidats d'origine immigrée, issus des quartiers populaires et souvent natifs des villes qu'ils convoitaient, leur offrant une aisance sur le terrain.

"Il s'intéresse à nous"

Abdelkader Lahmar "est venu à La Timone", un autre quartier de Vaulx-en-Velin, pour "discuter avec les petits et les grands", raconte Amine. "S'il ne s'était pas déplacé, ça aurait changé beaucoup de choses", selon lui. "Il s'intéresse à nous (...) il n'est pas là juste pour être le maire et se barrer", veut croire le jeune homme, croisé non loin de la mairie, un bâtiment de béton et de verre typique des années 70.

Dans l'agglomération lyonnaise, deux autres villes populaires ont été conquises par LFI, dont Vénissieux, où le nouvel élu Idir Boumertit, un enfant du quartier des Minguettes, a battu la maire communiste Michèle Picard avec 25 voix d'avance. "Notre société a connu des bouleversements fondateurs depuis 1958, que ce soit dans sa composition, ses lieux de vie, son rapport au travail... Ces changements appellent une traduction politique", argue Jean-Luc Mélenchon.

Lire aussi : À quelques centaines de voix, LFI conquiert trois villes de gauche de la banlieue lyonnaise

"Quelqu'un qui nous comprend"

"Dans un Etat raciste qui relativise son histoire coloniale, voire qui la glorifie, le nom, la couleur de peau, c'est politique", avait aussi lancé l'eurodéputée insoumise Rima Hassan lors d'un meeting en région parisienne. Nora, grosses lunettes noires sur le nez et qui travaille dans cette ville de 52 000 habitants abonde : "Vaulx-en-Velin, c'est quand même des communautés qui viennent de l'étranger en majorité (...) ils n'ont jamais été représentés par un parti qui les entend, qui les écoute".

Cet espoir avait été un temps incarné par la maire sortante, Hélène Geoffroy. "Moi jusqu'à présent j'avais voté pour Hélène parce que c'est une personne de couleur, en espérant que ça changerait", soupire un commerçant du centre, vaudais de toujours, qui ne veut pas donner son nom. Un espoir nourri par les "diplômes" prestigieux de l'ex-édile physicienne diplômée de l'Ecole polytechnique.

"Elle n'a pas fait que des mauvaises choses", nuance le commerçant, mais il déplore le manque de connaissance "des codes" et de "l'histoire" de la ville de celle qui est née à Creil (Oise) et a passé son enfance en Guadeloupe. Ce quadragénaire a donc donné son vote à M. Lahmar, avec qui il a "grandi".

"On crève la dalle"

Au-delà de la couleur de peau, beaucoup d'habitants pointent une volonté d'alternance, avec un sursaut de participation au second tour, où 43,98% des électeurs se sont déplacés (contre 36,65% au premier), même si l'abstention reste très élevée. Pour Grégory Paucard, plâtrier-peintre de 33 ans, ce sont "les gens plus jeunes et la génération 1990" qui se sont mobilisés pour LFI.

Pour lui, les Insoumis "sont sur le terrain" et "maîtrisent les sujets". Mais de toute façon, "quand j'entends à la télé qu'il faut pas voter pour eux (LFI), je vais voter pour eux", rit-il, assumant un vote protestataire. "La maire sortante n'a pas fait grand chose" dans la ville où le taux de pauvreté atteint 33 %, en 2021, selon l'Insee. "On crève la dalle ici, les gens veulent pas venir chez nous", poursuit pour sa part le commerçant qui a requis l'anonymat.

"On est contents que ce soit quelqu'un qui nous comprend. Maintenant, j'espère qu'on ne se trompe pas encore de rêve".

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