François Gaillard, ancien directeur d'Only Lyon Tourisme & Congrès, est l'invité de 6 minutes chrono/ Lyon Capitale.
L'ancien directeur général d’OnlyLyon Tourisme et Congrès (2004-2021) s'inquiète du décrochage de la métropole en matière d'attractivité. Alors que Toulouse ravit la première place à Lyon dans le classement Arthur Loyd, les indicateurs touristiques sont au rouge depuis 2023.
François Gaillard, aujourd’hui soutien de Jean-Michela Aulas, ne mâche pas ses mots et dresse un constat préoccupant de l'attractivité lyonnaise. Si la métropole conserve sa place sur le podium du classement Arthur Loyd, elle cède son trône à Toulouse, un recul qui ne doit rien au hasard selon lui.
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"Lyon s'est peut-être un peu endormie sur ses lauriers"
"Lyon s'est peut-être un peu endormie sur ses lauriers", analyse François Gaillard, qui refuse de voir dans ce déclassement le seul fruit de la gestion écologiste. Pour lui, la situation résulte d'une double dynamique : "c'est à la fois une très belle dynamique de l'agglomération toulousaine et aussi une stratégie de repli de ces dernières années sur la métropole de Lyon."
Les chiffres sont sans appel et viennent étayer son inquiétude. Depuis 2023, tous les indicateurs touristiques lyonnais sont dans le rouge : -4% puis -3% de RevPAR (revenu moyen par chambre, indicateur clé de l’hotellerie), -20% de ventes de pass touristiques, -7% de visites guidées, -11% de fréquentation dans les accueils de l'office de tourisme.
Le paradoxe est d'autant plus frappant que la tendance est inverse partout ailleurs. L'Auvergne-Rhône-Alpes affiche +4% de RevPAR, tandis que Nice bondit de 19%, Paris progresse de 3%, Strasbourg de 9% et même Lille gagne 1%. "L'aéroport enregistre +2,3% de passagers en 2025", souligne l'ancien directeur, suggérant que les touristes arrivent bien à Lyon... mais vont ailleurs.
Cette contre-performance se confirme également dans le classement du Journal du Dimanche sur les villes où il fait bon vivre. Lyon pointe à la 72e place sur 500 en qualité de vie, loin du top 50 qu'une métropole de cette envergure devrait viser, selon François Gaillard. "Une métropole comme la métropole de Lyon doit être dans le top 50, c'est indéniable. Je pense que c'est une ambition qui pourrait être raisonnablement atteinte", affirme-t-il.
Jean-Michel Jarre pour la Fête des Lumières : "ce qui compte d'abord, c'est le changement"
Sur le front de la Fête des Lumières, événement emblématique mais critiqué cette année, François Gaillard a proposé l’idée que chaque année la direction artistique soit confiée à un artiste différent. Le nom de Jean-Michel Jarre, "icône mondiale reconnue" ayant "un lien avec l'histoire de Lyon", a été avancé par Jean-Michel Aulas pour amorcer ce nouveau cycle dès 2026.
"Ce qui compte d'abord, c'est le changement", insiste l'ancien directeur, y voyant une opportunité d'apporter "du renouvellement et une énergie nouvelle" à l'événement phare de la ville lumière.
La retranscription intégrale de l'entretien avec François Gaillard
Bonjour à tous et bienvenue dans ce nouveau rendez-vous de 6 minutes chrono. Nous accueillons aujourd'hui François Gaillard, bonjour. François Gaillard, ancien directeur général de Lyon Tourisme et Congrès jusqu'en 2024. Nous allons parler d'attractivité avec vous, avec le nouveau classement Arthur Loyd. Il y a deux façons de lire ce classement : soit on se dit que Lyon est encore deuxième, toujours deuxième sur le podium, soit Lyon perd des places et Toulouse dépasse Lyon sur l'attractivité. Comment voyez-vous les choses ? De quel côté vous situez-vous ?
Au milieu. Effectivement, il faut se réjouir que Lyon reste sur ce podium et cela reste une belle performance. En revanche, on ne peut pas se réjouir du fait que Lyon perde la première place. Il y a des signaux faibles qu'il faut identifier. Toulouse a très bien travaillé ces dernières années, il faut le reconnaître, et Lyon s'est peut-être un peu endormie sur ses lauriers.
Donc finalement Toulouse a aussi des atouts structurels, mais ce n'est pas uniquement lié à la gestion écologiste que Lyon perd sa première place ?
Non, il faut être honnête. C'est à la fois une très belle dynamique de l'agglomération toulousaine et aussi une stratégie de repli de ces dernières années sur la métropole de Lyon. C'est une conjonction de ces deux facteurs.
Alors vous expliquez dans un post LinkedIn que l'accessibilité progresse, que la région performe et que Lyon décroche, en citant notamment que l'aéroport enregistre +2,3 % de passagers en 2025. Cela veut dire que les touristes arrivent à Lyon mais vont ailleurs ? Est-ce que ce problème n'est que politique ou est-ce aussi une question d'offre touristique ?
Cela veut dire que depuis 2023 les indicateurs de Lyon sont en baisse : -4 % de RevPAR, -3 % de RevPAR, le revenu moyen par chambre. C'est l'indicateur de référence pour l'hôtellerie, mais pas seulement. Si tous les autres indicateurs, notamment ceux de l'office de tourisme, sont en baisse : -20 % de ventes de pass touristiques, -7 % de visites guidées, -11 % de flux dans les accueils, alors qu'au niveau régional les tendances sont haussières. On est à +4 % de RevPAR en Auvergne-Rhône-Alpes depuis 2023. Au niveau national, la tendance est aussi positive puisque des villes comme Nice sont en progression de 19 %, Lille 1 %, Paris 3 %, Strasbourg 9 %. Il y a donc une contre-performance lyonnaise notable et nous ne faisons qu'alerter sur ce point.
Donc là, pour vous, ancien directeur général, c'est une véritable inquiétude ?
Oui, c'est une source d'inquiétude, évidemment. Ce sont des signaux qu'il ne faut pas ignorer. Pourquoi Lyon contre-performe alors que la tendance est globalement positive en France et en Rhône-Alpes ? Il faut se poser de vraies questions.
Ce week-end dernier, il y a eu le classement du Journal du Dimanche sur les villes où il fait bon vivre. Lyon se situe à la 5e place sur 6, et en qualité de vie surtout, on est à la 72e place sur 500. On gagne quand même, je crois, 5 ou 6 places, ce qui est plutôt bien.
Oui, on gagne plutôt 2 places, je crois, en étant à la 72e place. Donc Lyon n'est pas dans le top 50. Moi, ce que je vois en prenant un peu de recul, c'est que l'on peut se réjouir de la 32e place de Saint-Étienne. Bravo Saint-Étienne. Est-ce que Lyon est à sa place en étant à la 72e ? Je ne sais pas, personnellement je ne m'en réjouis pas.
Selon vous, Lyon devrait être dans le top 50. Elle doit être dans le top 50.
Une métropole comme la métropole de Lyon, oui, c'est indéniable. Je pense que c'est une ambition qui pourrait être raisonnablement atteinte.
Fête des Lumières, c'est passé. Il y a eu beaucoup de critiques cette année, notamment de Jean-Michel Hollas dont vous êtes aujourd'hui un soutien. Nous en parlons dans Lyon Capitale qui est en kiosque, avec un gros sujet. Vous avez beaucoup d'idées, notamment celle de donner chaque année une thématique et la direction artistique à un artiste connu. Jean-Michel Hollas a évoqué Jean-Michel Jarre. Vous aviez évoqué des noms comme Thomas Jolly ou Pharrell Williams. Jean-Michel Jarre, cela ne manque-t-il pas un peu d'ambition ? Jean-Michel Jarre fait de très bonne musique, mais entre Pharrell Williams et Jean-Michel Jarre, n'y a-t-il pas un écart ?
Je ne crois pas. Je pense que ce qui compte d'abord, c'est le changement. L'annonce de Jean-Michel Hollas est fantastique. Cela montre que l'on va entrer dans une nouvelle dynamique. Confier la direction artistique à quelqu'un de différent chaque année est quelque chose de très positif, qui va apporter du renouvellement et une énergie nouvelle. C'est très bien pour la Fête des Lumières. Ensuite, Jean-Michel Jarre est une icône mondiale reconnue, qui a un lien avec l'histoire de Lyon, on le sait. Il propose des spectacles assez incroyables, avec un lien fort avec les Lyonnais. Il me semblait intéressant qu'il puisse amorcer cette nouvelle dynamique, ce nouveau cycle. Je trouve que l'annonce de Jean-Michel Hollas est vraiment très fraîche et positive.
Et cela sera possible pour l'édition 2026 ?
C'est Jean-Michel Hollas qui l'a annoncé et je pense que c'est lui qui est en contact direct avec Jean-Michel Jarre.
Très bien. Merci en tout cas François Guerrières d'être venu sur le plateau de 6 Minutes Chrono. Pour plus d'informations, notamment ce dossier Fête des Lumières, c'est dans Lyon Capitale, bien entendu. À très bientôt, au revoir. Merci à tous.
