Bruno Bernard
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Bruno Bernard défend son Teol face au métro E de Sarselli : "un milliard d’écart entre les deux projets"

Bruno Bernard, président écologiste de la Métropole de Lyon et candidat à un second mandat, est l'invité de 6 minutes chrono / Lyon Capitale.

Sur le plateau de 6 minutes chrono, Bruno Bernard, président écologiste de la Métropole de Lyon et candidat à sa succession, développe pour les transports en commun et notamment la nouvelle ligne de tramway vers Rillieux-la-Pape : " l’objectif n’est pas de tout mettre sur une seule ligne comme le métro, mais de desservir le maximum de population. Rillieux est une ville nouvelle avec de vrais quartiers populaires et une zone d’activité économique importante, notamment le quartier d’Osterode. Je souhaite que ce tramway aille jusqu’à cette zone à la limite de la rocade Est, où l’on pourra créer un parc-relais pour limiter l’entrée des voitures venant de l’extérieur de l’agglomération".

Il défend aussi sa ligne de tramway express de l'Ouest lyonnais (Teol) que Véronique Sarselli et Jean-Michel Aulas veulent abandonner au profit du métro E. "Il y a un milliard d’écart entre les deux projets. Les chiffres du métro datent d’il y a quatre ou cinq ans et ne sont plus à jour. TEOL est un projet lancé en 2022, prêt pour 2032. Il dessert le 5ᵉ arrondissement de Lyon, Charcot à Sainte-Foy-lès-Lyon, Tassin, le quartier de la Libération, avec un terminus à Alaï. Il transportera 45 000 à 50 000 personnes par jour, ce qui répond largement aux besoins actuels et futurs. On ne va pas tripler la population de Tassin ou de la Demi-Lune. Il permet de relier Alaï à Confluence en 15 minutes, de se connecter aux métros A et B. Nous avons trouvé des solutions pour ne supprimer aucune voie de circulation automobile, ce qui était une crainte du maire de Tassin. L’opposition systématique a donc de moins en moins de sens. Mettre un milliard de plus dans un métro E signifie ne rien faire ailleurs, ni à l’Est ni au Nord", oppose-t-il.

Le président écologiste en campagne tacle aussi le projet de ses rivaux de construire un second tunnel sous Fourvière : "Ils n’ont posé aucun plan de financement. Ce serait probablement 150 millions d’euros par an pendant 20 à 30 ans. On ne pourrait plus financer les collèges, les quartiers populaires, ni les politiques du quotidien. Ce tunnel ne répond pas à un besoin réel de mobilité".

La retranscription intégrale de l'entretien avec Bruno Bernard

Bonjour à tous et bienvenue. Vous regardez 6 minutes chrono, le rendez-vous quotidien de la rédaction de Lyon Capitale. Aujourd’hui, nous sommes avec Bruno Bernard. Vous êtes président écologiste sortant de la Métropole de Lyon et candidat à votre réélection. Vous avez présenté ces dernières heures vos têtes de liste pour les élections métropolitaines dans les 14 circonscriptions. Deux absents ont retenu l’attention : Grégory Doucet n’est pas tête de liste et Fabien Bagnon non plus, alors qu’il l’était en 2020. Est-ce que ces deux personnalités, qui ont pu cliver durant le mandat, ne sont pas têtes de liste parce que vous avez estimé qu’elles vous coûteraient plus qu’elles ne vous rapporteraient à ce stade de la campagne ?

Pas du tout, je suis vraiment désolé de vous décevoir. Nous avons constitué des têtes de liste avec un très fort renouvellement. C’est une nouvelle étape avec des partenaires, des personnes issues de la société civile. Sur les 14 têtes de liste écologistes du premier tour de 2020, il n’en reste que très peu. C’est simplement la volonté de faire de la place pour d’autres. Vous retrouverez Grégory Doucet, qui n’était pas tête de liste en 2020, je vous le rappelle, et Fabien Bagnon naturellement très bien placés sur nos listes.

Mais vous considérez que l’un comme l’autre aujourd’hui ne vous coûtent pas plus qu’ils ne vous rapportent électoralement ?

Je ne suis pas là pour faire des additions, je suis là pour présenter un projet et convaincre les électeurs.

Parlons justement du projet, et notamment des transports en commun. Vous avez présenté la semaine dernière plusieurs propositions. En plus du TEOL, vous proposez la création d’une nouvelle ligne de tramway qui desservirait le Plateau Nord, en passant par Stalingrad, la montée des Soldats, puis Rillieux. Qu’est-ce qui fait que cette ligne est une priorité, alors qu’il existait aussi un projet pour desservir la Duchère ? Pourquoi aller à Rillieux plutôt qu’à la Duchère ?

D’abord, nous avons doublé les investissements dans les transports en commun durant ce mandat. Nous avons lancé plusieurs lignes : la prolongation du métro B jusqu’à Saint-Genis-Laval, la ligne de tramway T6 qui sera inaugurée le 14 février, la ligne de bus à haut niveau de service TB12 dont la première partie sera inaugurée le 18 février, la ligne T9 en cours de travaux, avec la ligne T10 qui dessert les quartiers populaires de Villeurbanne-Saint-Jean, Le Mas du Taureau-Vaulx-en-Velin et côté T10 notamment Saint-Fons, Carnot, Parmentier. C’est donc une vision globale.
Pour le prochain mandat, nous portons encore trois lignes très importantes. La première est une rocade de tramway reliant Vaulx-en-Velin, La Soie, Gare de Vénissieux, desservant les quartiers populaires de Bron, Terraillon, Parilly, les cités universitaires, des zones d’activité économique. Le deuxième projet est le tramway express de l’Ouest lyonnais. Et le troisième est le Plateau Nord. Il y en a pour tout le monde, car l’objectif n’est pas de tout mettre sur une seule ligne comme le métro, mais de desservir le maximum de population. Rillieux est une ville nouvelle avec de vrais quartiers populaires et une zone d’activité économique importante, notamment le quartier d’Osterode. Je souhaite que ce tramway aille jusqu’à cette zone à la limite de la rocade Est, où l’on pourra créer un parc-relais pour limiter l’entrée des voitures venant de l’extérieur de l’agglomération. Le maire de Rillieux est demandeur d’un projet de transport en commun rapide, donc c’est normal de le proposer dans l’équilibre métropolitain.

Les trois maires concernés du Plateau Nord ont pourtant expliqué que cette mesure arrivait étrangement pendant la campagne et se sont plutôt positionnés contre.

Je n’ai pas bien compris leurs déclarations. Ils disent que j’aurais dû le faire plus tôt tout en affirmant en permanence que nous avons fait trop de travaux et trop de lignes, et que leur candidate, Véronique Sarselli, ne propose rien pour leur territoire puisqu’elle veut tout miser sur le métro E jusqu’en 2040. Ce n’est pas très cohérent. Je sais que Rillieux en a besoin et je sais très bien qu’une fois la campagne passée, le maire de Rillieux viendra me voir.

Il y a aussi Caluire à convaincre, avec deux options : une à 400 millions d’euros en aérien et une à 900 millions en semi-enterré. Préférez-vous l’option la moins chère, compte tenu de l’état des finances du SYTRAL ?

Il faut d’abord travailler sur l’option aérienne, qui ne passerait pas forcément par le boulevard Stalingrad. L’hypothèse la plus probable est de récupérer une partie de la ligne existante vers Condorcet pour éviter de lourds travaux. Cette option permettrait d’ouvrir la ligne beaucoup plus rapidement, autour de 2034, contre 2040 pour une option enterrée, beaucoup plus coûteuse. La montée des Soldats est un secteur complexe, avec actuellement une voie de bus en alternance. Il faudra étudier les possibilités, en concertation avec les maires. L’option souterraine a des avantages, notamment en termes de concurrence avec la circulation, mais elle implique aussi des impacts travaux beaucoup plus lourds, notamment à Saint-Clair.

Passons maintenant à l’Ouest lyonnais. Vous avez lancé le projet TEOL, le tramway enterré. Vos adversaires proposent de l’abandonner pour construire un métro. Quand on regarde les chiffres, entre 800 millions pour TEOL et environ 1,4 milliard pour un métro, le match ne paraît pas si déséquilibré.

D’abord, il y a plutôt un milliard d’écart entre les deux projets. Les chiffres du métro datent d’il y a quatre ou cinq ans et ne sont plus à jour. TEOL est un projet lancé en 2022, prêt pour 2032. Il dessert le 5ᵉ arrondissement de Lyon, Charcot à Sainte-Foy-lès-Lyon, Tassin, le quartier de la Libération, avec un terminus à Alaï. Il transportera 45 000 à 50 000 personnes par jour, ce qui répond largement aux besoins actuels et futurs. On ne va pas tripler la population de Tassin ou de la Demi-Lune. Il permet de relier Alaï à Confluence en 15 minutes, de se connecter aux métros A et B. Nous avons trouvé des solutions pour ne supprimer aucune voie de circulation automobile, ce qui était une crainte du maire de Tassin. L’opposition systématique a donc de moins en moins de sens. Mettre un milliard de plus dans un métro E signifie ne rien faire ailleurs, ni à l’Est ni au Nord.

Et ce serait aussi un projet plus long, pas avant 2040.

Un métro, c’est forcément 2040. Tous les professionnels des transports le savent. Les impacts travaux seraient énormes : il faudrait lancer un tunnelier à Alaï, trouver 40 à 50 000 m² pour un centre de remisage, faire sortir le tunnelier place Bellecour avec des années de chantier. Cela, ils ne le disent pas.

Ils proposent ensuite de prolonger ce métro vers Part-Dieu et l’Est.

Ils parlent d’Alaï-Bellecour, puis d’aller vers les équipements sportifs de Décines, le stade, l’Arena, et même l’aéroport. Ce n’est pas sérieux. À l’Est, il y a déjà le tramway T3, le Rhônexpress, et nous allons augmenter les capacités à Part-Dieu Villette pour réduire la fréquence à quatre minutes. Un T3 toutes les quatre minutes répond aux besoins à coût raisonnable.

Ce que vont trancher les électeurs, c’est finalement un débat gauche-droite : un métro pour structurer contre votre vision selon laquelle aucun territoire ne justifie aujourd’hui un métro.

Je pense qu’il faut apporter le maximum de solutions au maximum d’habitants. Leur proposition, c’est tout pour l’Ouest, tout l’argent pour un seul métro en 2040. Ajoutez à cela leur projet de méga-tunnel qui coûterait des milliards, on voit bien que leur vision ruinerait la Métropole.

Ils expliquent que ce tunnel serait financé par un péage et un partenariat public-privé.

Ils n’ont posé aucun plan de financement. Ce serait probablement 150 millions d’euros par an pendant 20 à 30 ans. On ne pourrait plus financer les collèges, les quartiers populaires, ni les politiques du quotidien. Et ce tunnel ne répond pas à un besoin réel de mobilité.

Il y aurait pourtant une sortie en Presqu’île.

Il n’y a pas de possibilité de créer un échangeur au cœur de la Presqu’île aujourd’hui.

Vous êtes opposé à ce projet de tunnel. Mais sur l’axe M6-M7, entre Perrache et la Confluence, le déclassement de l’autoroute n’a pas encore produit d’effets visibles. Que souhaitez-vous faire concrètement ?

Même avec un tunnel, on est sur 2040-2050 et cela ne capterait qu’une petite partie du trafic. Les 45 hectares annoncés n’existent pas. Sur l’axe M6-M7, il faut transformer ce boulevard, mais cela dépend encore de l’État. Gérard Collomb avait négocié le déclassement, mais l’État reste décisionnaire.

Pensez-vous pouvoir agir si vous êtes réélu ?

Il faut continuer à faire baisser la circulation pour convaincre l’État. Notre grand projet est celui de la rive droite du Rhône, sur le modèle des berges du Rhône, de la passerelle du Collège au nord jusqu’à le pôle universitaire au sud. Ce projet redonnerait l’espace aux piétons. La droite s’y oppose et veut le bloquer. C’est un choix entre le tout-voiture et la transformation des espaces publics pour les habitants, les touristes, et l’attractivité de la ville.

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