Connu comme le "curé des Minguettes", Christian Delorme est l'un des initiateurs de la grande marche pour l'égalité et contre le racisme de 1983. Il y a quelques semaines, il a rencontré Abdelghani Merah, le frère de l'auteur des tueries de mars 2012 à Toulouse, qui reproduit cette marche en solitaire, notamment afin de "purifier le nom de Merah de toute l'infamie qui le recouvre aujourd'hui".
Lyon Capitale : Avez-vous songé à rejoindre et à accompagner Abdelghani Merah, qui avait dénoncé ses frères à la direction de la surveillance du territoire dès 2003, dans sa "marche républicaine" ?
Christian Delorme :Abdelghani Merah fait une marche assez solitaire en réalité. Il va à la rencontre des gens et il est content quand des gens viennent à sa rencontre, mais il ne cherche pas à faire une troupe marchante. Des gens ont proposé de marcher avec lui, il accepte d'être suivi sur quelques kilomètres, mais c'est une démarche assez solitaire. Ces jours-ci, il est du côté de Colmar, car il refait l'itinéraire que nous avions fait en 1983. Mais parfois, il laisse le grand axe Marseille-Lyon-Paris pour aller dans d'autres villes. J'avais l'intention d'aller à sa rencontre, et il m'a contacté avant par l'intermédiaire d'une équipe de journaliste de France 2. J'ai pu aller le rejoindre à Mâcon pour une matinée. C'est toujours touchant que quelqu'un s'inscrive dans cette histoire de la marche de 1983, se l'a soit réapproprié et s'y soit retrouvé un peu.
S'il s'inspire de la marche pour l'égalité et contre le racisme de 1983, il n'est cependant pas passé dans le quartier des Minguettes à Vénissieux, un endroit pourtant clé de cette marche. Pourquoi selon vous ?
Il ne va pas beaucoup dans les quartiers un peu stigmatisés comme les Minguettes. Il avait un contact, mais la rencontre ne s'est pas faite. Il marche plutôt sur les routes, dans les campagnes et les grands centres-ville, car quand il est dans les quartiers, très vite, il y a des gens qui lui reprochent de s'être désolidarisé de sa famille. Dans sa démarche, il y a une dimension d'ascèse personnelle et une volonté de purifier un peu le nom Merah de toute l'infamie qui le recouvre aujourd'hui. Il souhaite faire entendre une autre parole et témoigner du fait que, même s'il vient de cette famille compliquée, il n'est pas antisémite et qu'il est dans une foi musulmane d'ouverture, de tolérance. C'est son message. Il ne le refuse pas quand cela se présente, mais il ne cherche pas trop le contact avec d'autres jeunes musulmans. C'est plutôt une démarche de réconciliation vers la société française prise dans sa globalité. Il était en fait assez attaché à son frère Mohammed. Il dit de lui que quand il était jeune, c'était un garçon qui était très gentil et qu'il en veut beaucoup à son frère Abdelkader, car il pense que c'est lui qui a pris le cerveau de Mohammed. C'est un peu une démarche qui tente de réparer quelque chose.
