prison de Fresnes
© FRED DUFOUR / AFP

Surpopulation en prison : "l'efficacité n'est pas recherchée"(B.Bolze)

Le ministre de la justice, Jean-Jacques Urvoas, a présenté ce matin à la presse un plan pour atteindre un objectif de 80 % de détenus en cellule individuelle, une obligation en France depuis une loi de 1875. Pour Bernard Bolze, fondateur de l’Observatoire international des prisons à Lyon et co-fondateur du site Prison Insiders, "construire des cellules pour lutter contre la surpopulation est une réponse idéologique qui ne recherche pas l'efficacité".

"Une place de prison coûte 100 euros par jour en moyenne quand une place en centre d'hébergement et de réinsertion sociale coûte 55 euros par jour et évite bien plus la récidive" plaide le cofondateur du site Prison Insiders, lancé officiellement aujourd'hui. Pour Bernard Bolze, la volonté du gouvernement de construire entre 10 et 16 000 places de prison pour un montant évalué à 3 milliards d'euros "est une très mauvais réponse pour lutter contre la surpopulation carcérale" :"c'est une réponse idéologique, on ne cherche pas l'efficacité, mais à montrer que l'on est capable de réprimer très fort et d'enfermer de plus en plus." Selon lui, "la course a l'extrême droite" est en jeu, ainsi que le refus de considérer l'efficacité effective de la construction de nouvelles cellules : "on sait depuis le 19 ème siècle que l'on peut construire indéfiniment des places de prison et qu'on ne réglera pas le problème de la surpopulation. Ces dernières années, on a ouvert des dizaines de milliers de place, pourtant il y a toujours de plus en plus de monde dans les prisons. Tant que la décision de mettre une personne en prison pour une place disponible n'est pas prise, il y aura de la surpopulation".

Des choix de société avant tout

Bernard Bolze plaide en faveur des aménagements de peine, 190 000 en France , tandis qu'un peu moins de 70 000 personnes sont détenues en prison. "Il y a des personnes pour lesquelles nous sommes bien content de savoir qu'elles sont enfermées puisqu'elles représentent un véritable danger, mais d'autres n'ont jamais commis de violence et sont en prison. Ce sont pour ces gens-là qu'il faudrait trouver des alternatives" estime-t-il. "On préfère dépenser beaucoup d'argent dans la construction de prison, avec des coûts faramineux, ce sont des choix de société". Le problème se situerait également au niveau du nombre de de conseiller d'insertion et de probation : "aujourd'hui, ces travailleurs sociaux suivent chacun entre 120 et 140 dossiers, donc ils n'y arrivent pas. On manque de ce type de conseiller et on recrute à tour de bras des surveillants de prison : un travail dévalorisé et mal payé." L'année prochaine, près de 2000 surveillants de prison seront recrutés.

réseaux sociaux
X Facebook youtube Linkedin Instagram Tiktok
d'heure en heure
d'heure en heure
Faire défiler vers le haut