Emmanuel Imberton, vice-président de la Métropole de Lyon en charge de l'économie et de l'insertion, est l'invité de 6 minutes chrono / Lyon Capitale.
La Métropole de Lyon a acté lors du dernier conseil métropolitain la future disparition du RSJ (revenu de solidarité jeunesse). Il s'agit d'une expérience mise en place par la majorité écologiste précédente et qui permettait à des jeunes inéligibles au RSA d'avoir un accompagnement. "Nous changeons de logiciel, nous changeons de philosophie. Notre idée profonde, c’est que l’insertion n’est pas une finalité : elle est simplement un moyen, parce qu’aucun jeune ne peut s’épanouir dans un revenu de solidarité jeunesse. Notre volonté est de mettre l’accent sur l’emploi, en utilisant l’insertion comme un moyen. L’objectif est que chaque jeune puisse, à travers des parcours, acquérir progressivement son autonomie pour trouver un premier emploi, parce que c’est bien là l’objectif", justifie Emmanuel Imberton, président de la Métropole de Lyon en charge de l'économie et de l'insertion.
L'élu Grand Coeur lyonnais revient aussi sur sa mise en retrait cet été de ses fonctions de vice-président par Véronique Sarselli après la révélation de l'affaire Abreu : "Durant cette période, j’ai essayé de ne pas feuilletonner, de ne pas mettre de l’huile sur le feu dans une affaire qui était déjà extrêmement difficile. Je reprends mes fonctions avec un grand enthousiasme (...) Aujourd’hui, je pense avoir toute la confiance de Véronique Sarcellier pour mener à bien mes actions dans un domaine de compétences très important pour nos concitoyens. Je veux maintenant me consacrer à cette tâche".
La retranscription intégrale de l'entretien avec Emmanuel Imberton
Bonjour à tous et bienvenue. Vous regardez « 6 minutes chrono », le rendez-vous quotidien de la rédaction de Lyon Capitale. Aujourd’hui, nous sommes avec Emmanuel Imberton. Bonjour. Vous êtes vice-président Grand Cœur lyonnais de la métropole de Lyon, en charge de l’économie et de l’insertion. Ce sera au cœur de notre émission. Nous reviendrons notamment sur la fin annoncée du dispositif du RSJ, le revenu de solidarité jeunesse. Avant cela, je voulais revenir sur l’une des actualités marquantes du dernier conseil métropolitain. Avec Jean-Michel Aulas et Laure Cédat, vous avez été réintégré à l’exécutif Grand Cœur lyonnais. Vous aviez été mis en retrait par Véronique Sarselli en raison de l’affaire Abreu. Comment se passe cette réintégration ? Vous aviez toujours contesté votre mise en retrait. Tout est-il revenu à la normale ? Fait-on comme si rien ne s’était passé pendant cet été houleux ?
Je voudrais dire deux mots, parce que ce n’est pas l’essentiel de notre intervention aujourd’hui. Je voudrais simplement vous dire que j’ai beaucoup de compassion pour cette jeune fille que je ne connaissais pas personnellement et qui avait fait la campagne de Jean-Michel Aulas. Madame la présidente a pris ses responsabilités, nous avons pris les nôtres. Une affaire judiciaire va se poursuivre et nous avons, avec Jean-Michel et Laure, repris nos postes. Durant cette période, j’ai essayé de ne pas feuilletonner, de ne pas mettre de l’huile sur le feu dans une affaire qui était déjà extrêmement difficile. Je reprends mes fonctions avec un grand enthousiasme. J’ai profité de cette période pour travailler sur le fond de quelques dossiers, notamment sur l’insertion des jeunes.
Existe-t-il aujourd’hui un véritable lien de confiance entre tous les protagonistes, entre Véronique Sarcellier et vous, entre Véronique Sarselli et Jean-Michel Aulas, et inversement ? Est-ce une véritable majorité ou une majorité de façade ?
Je ne vais pas parler pour les autres, je vais parler de ce qui me concerne. Je crois qu’aujourd’hui, nous avons un lien fort. Dans l’épreuve, on forge des relations qui peuvent être assez fortes. Aujourd’hui, je pense avoir toute la confiance de Véronique Sarcellier pour mener à bien mes actions dans un domaine de compétences très important pour nos concitoyens. Je veux maintenant me consacrer à cette tâche.
Nous allons évoquer ce revenu de solidarité jeunesse. Pour votre retour, une délibération portait sur ce sujet. C’était un dispositif expérimental mis en place par la majorité écologiste précédente. Il court jusqu’en juin 2027. Vous avez annoncé que vous en sortiriez en juin 2027. Qu’est-ce qui ne vous convenait pas dans ce dispositif ? Vous aviez annoncé pendant la campagne que vous le supprimeriez, que c’était une sorte de chèque en blanc donné à des jeunes, puisqu’il s’agit, pour la plupart, de personnes de moins de 25 ans qui ne peuvent pas prétendre au RSA ?
Nous avons surtout annoncé un plan métropolitain du premier emploi pour tous les jeunes de 16 à 25 ans. Nous changeons de logiciel, nous changeons de philosophie. Notre idée profonde, c’est que l’insertion n’est pas une finalité : elle est simplement un moyen, parce qu’aucun jeune ne peut s’épanouir dans un revenu de solidarité jeunesse. Notre volonté est de mettre l’accent sur l’emploi, en utilisant l’insertion comme un moyen. L’objectif est que chaque jeune puisse, à travers des parcours, acquérir progressivement son autonomie pour trouver un premier emploi, parce que c’est bien là l’objectif. Le chômage des jeunes est un fléau en France, mais également dans nos métropoles. Environ 16 % des jeunes sont au chômage, soit le double du taux de la population. Une métropole comme la nôtre n’a pas le droit de se couper de sa jeunesse. Il fallait donc mettre l’accent sur le premier emploi.
Comment faire ? Certains de ces jeunes sont en errance sociale, scolaire, et n’ont parfois pas de toit. Comment faire en sorte qu’ils deviennent employables ? Il y a forcément un accompagnement. Le RSJ servait aussi à les accompagner pour revenir à une vie normale. Comment les faites-vous passer de l’errance à l’employabilité ?
Le RSJ, quand on le regarde de près, était un dispositif, en plus de tous les autres, qui servait à faire la passerelle entre deux dispositifs. Nous voulons sortir de cette logique en allant vers l’emploi et en créant les conditions d’accès à l’emploi. La première étape de notre plan consiste à mobiliser massivement les entreprises. Je suis entrepreneur, j’ai été pendant de longues années à Vaulx-en-Velin, je connais parfaitement le problème de l’emploi du point de vue des entreprises. Nous pensons qu’il faut remettre les entreprises au centre du jeu, parce que ce sont elles qui créent les richesses, ce sont elles qui créent l’emploi et c’est avec elles que nous réussirons l’insertion et l’emploi. Il faut donc mobiliser massivement nos entreprises. En tant qu’entrepreneur, je considère que les entreprises ont une responsabilité sociétale très forte à l’égard des jeunes. Je crois que le dernier ouvrage du président du MEDEF, qui fait de l’emploi des jeunes une priorité, le montre bien. Il faut donc que les entreprises ne soient plus la cinquième roue du carrosse, mais qu’elles soient au cœur de nos dispositifs. C’est la première étape.
Comment faites-vous pour que ces jeunes, qui sont souvent loin du marché du travail et de ses codes, puissent s’insérer dans ce monde du travail ? Y aura-t-il un accompagnement ?
L’idée est d’avoir un accompagnement à travers un appel à projets avec l’ensemble de nos partenaires, afin de mettre le jeune en situation. Il ne s’agit pas de le mettre en attente sociale avec une indemnité entre deux dispositifs, mais de lui proposer un parcours qui lui permettra de se rapprocher progressivement du marché de l’emploi. Comment fait-on cela ? D’abord, en multipliant les mises en situation. Aujourd’hui, nous avons des partenaires qui savent très bien le faire, c’est-à-dire aller chercher un jeune assez loin de l’emploi pour l’emmener progressivement vers l’emploi. Nous voulons également, dans cet appel à projets, une approche pluridisciplinaire, parce que nous savons que, pour certains jeunes, la difficulté ne concerne pas uniquement l’emploi. Elle peut concerner la monoparentalité, le handicap ou la santé mentale. Nous voulons que notre approche soit pragmatique et qu’elle prenne en compte tous ces sujets pour sortir progressivement ces jeunes de la précarité. La précarité ne peut pas être une finalité. C’est là que réside le problème du revenu de solidarité jeunesse. On instaure une situation dans laquelle on maintient les gens dans l’insertion entre plusieurs dispositifs. Notre ambition est différente : faire en sorte que les jeunes puissent accéder, entre 16 et 25 ans, à leur premier emploi.
