Renaud Payre, coprésident du groupe Les Ecologistes à la Métropole de Lyon, est l'invité de 6 minutes chrono / Lyon Capitale.
Une semaine après la décision de Véronique Sarselli de réintégrer Jean-Michel Aulas, Laure Cédat et Emmanuel Imberton, Renaud Payre, coprésident du groupe Les Ecologistes, fait part de son "incompréhension" quant au choix de la présidente de la Métropole. "Trois mois après, alors qu’il n’y a aucun nouvel élément sur l’affaire concernée, , on a une réintégration pour un motif d’ordre dans la majorité, pour un motif politicien. C’est-à-dire que Véronique Sarselli affiche son autorité. J’ai envie de vous dire : quand on affiche l’autorité, c’est que, probablement, il y a un doute sur cette même autorité. Et donc, je le crois, nous sommes passés d’une affaire Aulas-Abreu à une affaire Sarselli", estime-t-il.
L'ancien vice-président au logement se montre aussi très critique vis-à-vis de la nouvelle majorité sur ses orientations politiques : "l’obsession de Véronique Sarselli, c’est, d’un côté, ne rien faire, l’immobilisme, il faudra se demander pourquoi, et, de l’autre côté, parler pour dire que ce que nous avons fait était mauvais. Mais quels sont les grands projets ? (...) Six mois, c’est très long. C’est un douzième du mandat, c’est-à-dire que le compte à rebours est lancé. Vous savez très bien que si nous n’engageons pas des projets dans les premiers mois, rien ne sera fait"?
La retranscription intégrale de l'entretien avec Renaud Payre
Bonjour à tous et bienvenue. Vous regardez 6 minutes chrono, le rendez-vous quotidien de la rédaction de Lyon Capitale. Aujourd’hui, nous accueillons Renaud Payre. Vous êtes coprésident du groupe Les Écologistes et apparentés à la Métropole de Lyon, le premier groupe en termes de nombre d’élus d’opposition à Véronique Sarselli. Métropole de Lyon où les sujets d’actualité ne manquent pas. Le plus brûlant, peut-être dans tous les sens du terme, est la réintégration de Jean-Michel Aulas, Laure Cédat et Emmanuel Imberton. Vous avez qualifié ça, avec votre groupe, de « faute morale et politique ». En quoi Véronique Sarselli est-elle sortie de route en réintégrant ces trois élus qu’elle avait sortis de son exécutif au début de l’été, dans la foulée de la révélation de l’affaire Roman Abreu ?
Notre réaction, c’est d’abord l’incompréhension. Peut-être qu’il faut quand même rappeler le point de départ. C’est un crime supposé, un viol sous sédation, et une non-dénonciation par des élus, et notamment trois membres de l’exécutif.
Alors qu’ils n’étaient pas élus à ce moment-là, ils n’étaient pas soumis à l’article 40…
Qui étaient extrêmement exposés. Je rappelle que l’un d’entre eux était candidat à la mairie de Lyon. Et Véronique Sarselli, mettant aussi en scène sa décision il y a trois mois, dit que ça n’est pas possible, parce qu’il y a ce doute et qu’elle ne veut pas avoir des membres de son exécutif avec cette menace, et notamment le fait qu’ils n’aient pas dénoncé un crime. Trois mois après, alors qu’il n’y a aucun nouvel élément sur l’affaire concernée, trois mois après, on a une réintégration. Pour quel motif ? Pour un motif d’ordre dans la majorité, pour un motif politicien, pour un motif justement lié à cet exécutif. C’est-à-dire que Véronique Sarselli affiche son autorité. J’ai envie de vous dire : quand on affiche l’autorité, c’est que, probablement, il y a un doute sur cette même autorité. Et donc, je le crois, nous sommes passés d’une affaire Aulas-Abreu à une affaire Sarselli. Car cela ne va pas tenir, cela n’est pas possible. Pas un mot sur la victime, rien. Moi, je pense à Mme Roux de Bézieux, à qui Véronique Sarselli a confié une mission sur les violences sexuelles et sexistes. Mme Roux de Bézieux, qui a été la première, et assez isolée, à avoir des mots pour la victime et des mots justes. Aujourd’hui, comment va-t-elle pouvoir poursuivre son action ?
Alors, son rapport ne porte pas sur l’affaire Aulas.
Non, mais je vous rappelle quand même que la mission a été confiée dans ce contexte. Elle n’a pas commencé. Et encore une fois, pourquoi Mme Roux de Bézieux ? Parce qu’elle avait eu les mots les plus justes pour la victime. Comment peut-elle continuer une mission lorsqu’on tire un trait sur une supposition aussi grave que d’avoir couvert, de ne pas avoir dénoncé un crime ?
Ma question va être très cynique au regard de ce dont on parle, mais pour vous, en tant qu’opposant, quand vous voyez Jean-Michel Aulas réintégrer cet exécutif après avoir passé une partie de l’été à dire du mal de Véronique Sarselli, après que Véronique Sarselli a dit publiquement que la confiance s’était rompue avec Jean-Michel Aulas, j’imagine que, pour vous, ces prochains mois peuvent être un sujet de réjouissance si vous voyez cette majorité imploser.
Je pourrais répondre comme ça. Je pourrais vous dire que j’entends tous les bruits qui courent dans cet exécutif, dans cette droite divisée notamment, que ce soit le vice-président Vincendet ou bien d’autres d’ailleurs, qui, dès qu’ils en ont l’occasion, critiquent cet exécutif. Et quand je vois cette droite divisée et quand je vois cette réintégration, je me dis que cette division n’est pas finie. Ça, on pourrait, en tant qu’opposant, se dire : tiens, de la petite politique, on va en faire notre miel. Mais ce n’est pas le cas. Depuis six mois, quels projets ont été entrepris ? Vous savez, en venant ici, je regardais ce que nous avions fait à l’été 2020. Dès les premières semaines, lorsque nous avons été en responsabilité sous la responsabilité et l’autorité de Bruno Bernard, nous avons lancé dix chantiers dans les premiers jours, les premières semaines, parmi lesquels l’encadrement des loyers : il a été fait ; parmi lesquels la régie publique de l’eau : elle a été faite, elle a été créée ; parmi lesquels le Revenu de solidarité jeunes : nous l’avons mis en place dès les premiers jours, les premières semaines d’un mandat. Cela fait six mois et il n’y a rien, si ce n’est quelques déclarations.
Elle a fait des choses. Elle a annoncé qu’elle allait revenir sur l’encadrement des loyers, le Revenu de solidarité jeunes, l’abandon de la rive droite.
Il y a eu des déclarations qui ne visent qu’une seule chose : démanteler ce qui a été fait sous le mandat précédent et qui a porté ses fruits.
« Porté ses fruits », c’est une question de jugement, c’est une question de point de vue. Elle considère que ce n’est pas le cas.
Ce n’est pas l’objet de notre interview de vous montrer en quoi l’encadrement des loyers a rendu possible la location pour des personnes aux revenus modestes. Ce n’est pas le lieu pour vous montrer que le Revenu de solidarité jeunes, ça a été un coup de pouce de plus de 400 euros, 450 euros, pour les jeunes de moins de 25 ans, et que ça a porté ses fruits en matière de retour vers l’emploi ou d’accès à l’emploi. Et quant à la régie publique de l’eau, je crois que tous les Grands Lyonnais le reconnaissent. Donc ce n’est pas ça, ce n’est pas l’objet ici. Mais je vous dis très clairement que nous avons porté des choses et que l’obsession de Véronique Sarselli, c’est, d’un côté, ne rien faire, l’immobilisme, il faudra se demander pourquoi, et, de l’autre côté, parler, parler, parler, parler pour dire que ce que nous avons fait était mauvais. Mais là, moi, je vous le dis : quels sont les grands projets ? On nous avait parlé d’une grande forêt urbaine, elle est abandonnée. On nous avait parlé d’un tunnel et donc d’années et d’années de travaux et de milliards engagés. Où en sommes-nous ? On nous a parlé d’un métro E. Est-ce la bonne solution que d’engager ces travaux-là ? On nous a parlé d’autres éléments, d’un choc de l’offre en matière de logement. On attend de voir les assises qui avaient été annoncées par M. Vincendet. Rien n’est engagé. Six mois, c’est très long. C’est un douzième du mandat, c’est-à-dire que le compte à rebours est lancé. Vous savez très bien que si nous n’engageons pas des projets dans les premiers mois, rien ne sera fait. Voilà où nous en sommes. Et puis des signes en matière d’hébergement d’urgence : l’annonce de la fermeture de La Station. Nous l’avions créée notamment pour les jeunes, et ce sont des centaines de jeunes qui étaient dans des situations véritablement de blocage qui ont trouvé une issue. Aujourd’hui, Véronique Sarselli annonce qu’elle va fermer La Station. Au même moment, je vois ce que fait Grégory Doucet à la Ville de Lyon. Il trouve une solution pour le campement des Chartreux. Qui est dans la continuité de l’humanisme lyonnais ? Moi, j’ai la réponse. C’est Grégory Doucet. Ce n’est certainement pas Véronique Sarselli.
