Johann Cesa, conseiller régional de la Loire et vice-président du groupe Socialiste, Écologiste et Démocrate, est l’invité de 6 minutes chrono, l’émission de Lyon Capitale.
Les mouvements sociaux qui ont touché les lycées ont mis au premier plan les conditions d’étude des élèves et l’état des établissements scolaires. Or, la question de l’entretien et de la rénovation des lycées publics relève de la compétence de la Région Auvergne-Rhône-Alpes. Lors de la dernière séance plénière du conseil régional, le 22 octobre, l'opposition de gauche a critiqué la politique menée par l’exécutif régional, estimant que les moyens consacrés aux établissements publics ne suivent pas suffisamment l’évolution des besoins. Johann Cesa, dans l'émission 6 Minutes Chrono, déplore par ailleurs l’absence de représentants régionaux dans certains conseils d’administration des lycées et affirme que les alertes concernant la dégradation des bâtiments n’ont pas été suffisamment prises en compte. Il évoque notamment des salles de cours et de réunion à rénover, ainsi que des élèves encore accueillis dans des bâtiments préfabriqués.
Un désaccord sur les moyens consacrés aux lycées publics
Pour étayer ses critiques, l'élu d'opposition avance une comparaison des financements régionaux par élève entre 2015 et 2025, en tenant compte de l’inflation. Selon son calcul, les crédits consacrés aux lycées publics auraient diminué d’environ -3 % sur la période, tandis que les moyens destinés aux lycées privés auraient davantage augmenté. L’élu conteste ainsi la présentation des plans Marshall pour les lycées, mis en avant par l’exécutif régional, qui revendique 4,7 milliards d’euros investis dans les établissements. Il estime que ces montants doivent être rapportés au nombre de lycéens et à l’évolution des besoins. Il demande en conséquence 76 millions d’euros supplémentaires pour les lycées publics. "Il y a 76 millions d'euros que doit la région au lycée public", affirme-t-il, en précisant que le budget régional avoisine les 4 milliards d’euros. Il considère que cet effort relève avant tout d’un choix politique et cite également les dépenses régionales consacrées aux routes, aux parkings et à la rénovation des clochers d'églises. "De l’argent, il y en a dans les caisses de la région, mais il n’est pas affecté au bon endroit", résume-t-il.
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La retranscription complète de l'émission avec Johann Cesa :
Bonjour à tous et bienvenue dans l’émission « 6 minutes chrono », le rendez-vous quotidien de la rédaction de Lyon Capitale. Aujourd’hui, nous allons parler de politique, des lycées, de leur entretien et de l’action régionale. Pour en parler, nous recevons Johann Cesa, conseiller régional de la Loire et vice-président du groupe Socialiste, Écologiste et Démocrate. Bonjour, Johann Cesa.
Bonjour.
Merci d’être venu sur notre plateau. Nous allons entrer dans le vif du sujet.
Les mouvements sociaux du mois ont mis en lumière les tensions et les conditions d’études des lycéens. Je rappelle que la région est responsable de l’entretien des bâtiments des lycées publics : c’est une compétence régionale. C’est important de le rappeler avant tout.
Lors de la session plénière du conseil régional du 22 octobre dernier, vous avez pointé un certain nombre de dysfonctionnements politiques et budgétaires. Nous allons en parler. D’abord, pourquoi, selon vous, la majorité régionale n’assume-t-elle pas pleinement cette responsabilité ?
Avez-vous l’impression qu’elle pourrait faire davantage ?
Bien sûr. Tout d’abord, les lycées sont, à mon sens, la plus belle des compétences de la région, puisqu’il s’agit de donner à la jeunesse les moyens de préparer son avenir professionnel et de travailler dans les meilleures conditions d’études possibles, afin de se préparer à entrer dans la vie active. En fait, depuis que Laurent Wauquiez est devenu président du conseil régional, puis avec son successeur Fabrice Pannekoucke, la région a maltraité les lycées et l’opposition, puisque nous ne pouvons pas siéger dans les conseils d’administration des lycées. Aujourd’hui, certains conseils d’administration ne comptent donc aucun représentant de la région.
Or, les téléspectateurs doivent le savoir, c’est dans ces conseils d’administration que l’on fait remonter les besoins identifiés : par exemple, lorsqu’une pièce, une salle de réunion ou une salle de cours doit être rénovée, ou lorsqu’une extension doit être réalisée. Il y a donc déjà un problème démocratique de représentation de la région dans les conseils d’administration des lycées.
Ensuite, on peut évoquer la question des moyens financiers. Nous avons fait un calcul tout simple : nous sommes partis de l’année 2015, la dernière année où les régions Auvergne et Rhône-Alpes avaient chacune une majorité de gauche et écologiste, et nous avons regardé combien d’euros par élève étaient consacrés aux lycées dans les deux régions.
Nous avons ensuite regardé ce qui se faisait depuis 2015 et constaté une baisse des dépenses en euros par élève dans les lycées publics, en tenant compte de l’inflation. Il y a donc eu une diminution d’environ 3 %. Autrement dit, il aurait fallu augmenter les moyens, mais ils ont diminué. Dans les lycées privés, en revanche, l’augmentation a été beaucoup plus importante.
C’est donc un choix politique. MM. Wauquiez et Pannekoucke se désintéressent des lycées, qui sont pourtant la plus belle des compétences, parce qu’ils estiment qu’ils ne peuvent pas y mener les mêmes opérations de communication que dans d’autres domaines où ils attribuent des subventions.
Ils ont pourtant annoncé le fameux plan Marshall des lycées en 2016, je le rappelle. Si l’on fait les comptes, l’exécutif régional de droite annonce 4,7 milliards d’euros en direction des établissements scolaires et des lycées. Je crois que 305 établissements ont été concernés. C’est tout de même une somme. Pour vous, cela ne suffit-il pas ? Le bon calcul consiste-t-il à regarder l’investissement par élève ?
Ce qui compte, c’est que l’on peut annoncer des sommes importantes. Ils ont lancé un premier plan Marshall, puis un deuxième au cours du second mandat. Mais, avant chaque plan Marshall, les crédits diminuent. Il est ensuite facile de dire que l’on réduit les crédits pendant deux ans, puis de présenter des chiffres qui paraissent énormes aux yeux des citoyens. En réalité, il faut regarder le nombre d’élèves qui fréquentent nos établissements. Or, ce nombre a augmenté : il y a plus de lycéens aujourd’hui qu’en 2015. L’argent de la région doit donc s’adapter à cette évolution et à cette progression. Il nous semble que c’est le calcul le plus juste pour mesurer ce que la région consacre réellement aux élèves des lycées.
Nous connaissons les besoins. Vous disiez que l’opposition ne siège pas dans les conseils d’administration des lycées, mais dispose-t-on de données précises sur l’état actuel des établissements de la région ?
Il y a déjà cinq ans, nous — c’est-à-dire l’ensemble des groupes de gauche et écologistes — avions proposé au président de la région une formule simple : une mission d’information et de travail réunissant tous les bords politiques, de la gauche à la droite, au sein de l’assemblée régionale. Nous lui avions dit que nous étions inquiets, que nous voyions des lycées se dégrader et qu’il fallait mener un travail transpartisan. Le président de région a refusé, alors que notre démarche était, pour le coup, une démarche d’ouverture.
Nous avons alors proposé de mener nous-mêmes cette mission sur les lycées, avec les moyens de nos groupes politiques. Nous sommes allés à la rencontre des lycéens et des personnels de l’Éducation nationale. Nous avons également créé un QR code donnant accès à un questionnaire que les lycéens ont pu remplir. Des photos nous ont aussi été adressées. Nous avons ainsi pu constater très concrètement l’état des salles de cours, celui des salles de réunion, ainsi que le manque de locaux et la présence d’élèves encore installés dans des bâtiments préfabriqués. Tout cela a été documenté dans un ouvrage que nous avons remis au président de région, en lui disant qu’il y avait bien des difficultés et que certains lycées étaient…
Comment ce rapport a-t-il été reçu ?
Il a été balayé d’un revers de la main : on nous a répondu qu’il y avait deux plans Marshall. Mais les sommes que vous avez évoquées tout à l’heure ne sont que l’addition de ce que la région doit dépenser chaque année. Il n’y a donc aucun effet multiplicateur ni financement supplémentaire : il s’agit simplement de la reprise de ce qui est normalement prévu.
L’exécutif régional n’est-il pas aussi pieds et poings liés par les modalités de financement de l’État ? Vous renvoyez la faute, si j’ose dire, à la région, mais est-ce aussi lié aux lois de décentralisation ? Il s’agit d’une compétence accordée par l’État : celui-ci donne-t-il à la région les moyens de débloquer des budgets plus importants ? Peut-elle le faire ?
La région peut tout à fait le faire : c’est une question de choix politique. Lorsque vous consacrez davantage d’argent régional aux routes nationales, alors que ce n’est pas notre compétence, ou que vous mobilisez davantage de moyens pour rénover des parkings et des clochers d’église — c’est ce que nous avons fait —, pour des plans fanfare ou des plans destinés aux chasseurs, cela relève de choix politiques. De l’argent, il y en a dans les caisses de la région, mais il n’est pas affecté au bon endroit.
Nous pensons qu’il faut d’abord réinvestir dans nos lycées publics, mais aussi dans le ferroviaire, la formation et l’apprentissage, même si cette compétence est revenue à l’État. La région doit, en tout cas, être un acteur économique de premier plan. Aujourd’hui, notre politique semble n’avoir qu’un seul objectif : distribuer des subventions tout en veillant à ce que les citoyens voient le grand logo de la région. Malheureusement, ces politiques ne servent que la communication et permettent à Laurent Wauquiez d’exister au niveau national. Ce n’est pas notre objectif.
Selon vous, combien faudrait-il ajouter à cette somme ? Avez-vous un montant à annoncer ?
Nous avons fait le calcul. J’ai d’ailleurs proposé un amendement : il manque exactement 76 millions d’euros. Si l’on calcule la différence en euros par élève entre 2015 et 2025, la région doit 76 millions d’euros aux lycées publics. Nous avons un budget de l’ordre de 4 milliards d’euros. Là encore, c’est une question de choix.
Regardez, par exemple : la région s’est privée d’une ressource, le versement transport. Nous sommes dans une routine budgétaire, je le concède, mais nous nous privons de ressources alors que nous en disposons. Il suffit de voter ces 76 millions d’euros au prochain budget pour régler un certain nombre de problèmes liés aux conditions d’études des lycéens.
Très bien, ce sera le mot de la fin. Merci beaucoup d’être venu sur notre plateau pour exprimer votre point de vue sur ces réformes. Je précise également que la majorité régionale a voté et adopté la possibilité de supprimer des aides régionales à la suite des violences et des tensions survenues dans le sillage du mouvement lycéen.
Merci d’être venu sur notre plateau. Quant à vous, merci d’avoir suivi cette émission. Vous pourrez retrouver davantage de détails sur l’actualité politique du territoire sur le site lyoncapitale.fr. À très bientôt.
