Crédit photo : Pierre Raphoz

Il y a plus de dopage chez les coureurs du dimanche que chez les élites

24h max pour faire le tour de la vallée de Chamonix Mont-Blanc. Le "90 km du Mont-Blanc" est l’un des ultra-trails les plus techniques et exigeants de sa catégorie. Rencontre avec Fred Comte, directeur du Club des sports de Chamonix.

 

À moins de dix jours du « 90 km du Mont-Blanc » (dont le départ est donné vendredi 29 juin aux aurores), quel point d'étape peut-on faire ?

À dates équivalentes, on est clairement dans une situation moins compliquée qu'en 2016, où on avait d'importants névés entre 1 900 m et 2 100 m d'altitude et de la neige permanente, à partir de 2 200 m. or, le 90 km du Mont-Blanc se court entre 1 500 m et 2 600 m d'altitude. On a bien quelques points sujets à de la neige, notamment entre le refuge Bellachat, le sommet du Brévent et Planpraz, mais ce n’est pas nouveau et ça se court en descente. Et vu les températures qu'il fait en ce moment à Chamonix, il est très probable que ça fonde, comme à La Flégère et Tête aux Vents. Sur la traversée Montenvers jusqu'au Plan de l'Aiguille (2 191 m), il y a encore des névés mais ça fond à vue d'oeil.Dans le coin des alpages de Catogn, il y a encore des endroits avec beaucoup de neige. On devrait opter pour la solution de 2016 et ne pas monter jusqu'à la Tête de l'Arolette ( 2 333 m), les risques sont trop importants.

Certains proposent d'équiper la montagne...

Nous, on fait du trail. On ne va pas commencer à installer des filets sur des névés ou des cordes fixes. C'est la nature qui domine et donne le deal. On a eu de nombreux sentiers abîmés par les grosses avalanches de cet hiver, comme ç a a par exemple été le cas à Vallorcines. Une vingtaine de personnes du service des pistes et sentiers de la Communauté de communes de Chamonix Mont-Blanc est sur le terrain au quotidien pour les restaurer. Quand il n'y a plus de chemins, on détourne. Ce sont des mini-variantes.

Le « 80 km du Mont-Blanc » a été renommé « 90 km du Mont-Blanc », après plusieurs vérifications cartographiques et relevés GPS. Cela veut-il dire que le parcours initial était sous-évalué ?

En fait, initialement, le parcours de la course a été mesuré à 84 km. C'était une cote médiane, celle de l'ITRA*. Après, selon l'étalonnage des montres, qui peut varier d'une marque à l'autre, on obtenait des 92 km voire des 95km. L'année dernière, pour éviter un croisement de courses, on a rallongé le parcours à Loriaz. On a donc ajouté une petite boucle supplémentaire. Du coup, on a repris la montre de Xavier Thévenard (vainqueur en 11h03, NdlR) qui, de notre avis avait pris le chemin le plus direct et s'était le moins arrêté aux ravitaillements, on a redonné cette trace à l'Itra* qui a lissé le parcours et l'a mesuré à 91 km et 6 220 m de dénivelé positif. Le parcours est donc un peu plus long que celui de 2016 : on fait notamment un tour dans Chamonix pour étirer le peloton, on a la boucle de Loriaz. Après, si on ne passe pas par la Tête d'Arolette, ce sera un peu plus court. 91 km, c'est donc une cote médiane.

* International trail-running association, instance mondiale qui supervise la discipline.

Le temps maximum de 24 heures n'a en revanche pas été changé. Pourquoi ?

Oui, la barrière horaire max n'a pas été revue. Mais cette année, on a pris une décision radicale : 24 heures est le temps maximum pour pouvoir être finisher et être classé. Les éditions précédentes, c'était un peu plus cool : un coureur qui arrivait en 25h était finisher. Ce ne sera donc plus le cas. Il faut savoir qu'on fait face à un peloton qui court de moins en moins vite. On tourne autour de 4 km/h de moyenne aujourd'hui. On tombe un peu dans la randonnée. Nous, on veut que ça court quand même (Xavier Thévenard, le vainqueur, a couru en 7,7 km/h de moyenne, le 100e à 5 km/h, le 200e à 4,4 km/h, NdlR). Dans les 100 premiers au classement, il y a des types qui font les montées à 1 000 m/h de vitesse ascensionnelle, trottinent sur le plat et marche en descente. 1 000 m/h en montée, tu le fais si tu es entraîné. Souvent, les gens s'emballent et partent trop vite et se crament dans les descentes.

Est-ce que ça veut dire qu'on peut imaginer des critères de sélection pour participer au « 90 km du MOnt-Blanc », comme pour l'UTMB ?

Crédit : Gaëtan Haugeard

Aujourd'hui, tout le monde fait de l'ultra, même ceux qui n'ont pas un gros passé de sportif derrière eux et qui n'ont donc pas le niveau. On n'a jamais dépassé les 55 % de finishers. L'année dernière, on a eu 44,5 % d'abandons, dont 80 % avant la mi-course vers le barrage d'Emosson. À l'avenir, on tendra probablement vers des critères d'accès. On pourrait éventuellement demander des points nécessaires, comme pour l'UTMB. On réfléchit aussi sur la cote Itra des coureurs qui donne un indice de performance, un niveau sportif. Aujourd'hui, pour finir le 90, km, on conseille 410 points Itra. Si tu es en-dessous, tu a très peu de chances de terminer la course. On avisera en fonction du nombre de finishers cette année. Juste un dernier mot sur la question : cette année, on a refusé 15 000 coureurs sur le 23 km, le 42 km et le 90 km. On refuse donc un gros pourcentage de potentiels finishers. Nous, ce qu'on veut, c'est que les coureurs aillent au bout, avec le sourire. On n'est pas la Barkley, on veut que les gens finissent (trail américain sauvage de 160 km et 18 000 D+, en autonomie complète, sans balisage ni recours au GPS, que seuls 15 coureurs ont bouclé depuis 1986, sur 800 inscrits, soit moins de 2 % de finishers, NdlR).

Cette année, le 42 km fait partie du Golden Trails Series qui met en place un système de récompense révolutionnaire (100 000 € divisés à parts égales entre les dix meilleurs athlètes mondiaux sur cinq des courses de trail de courte distance les plus emblématiques au monde). C'est de fait une professionnalisation du trail ?

L'objectif est de faire grandir le trail, de le démocratiser et d'avoir un maximum de leaders sur les courses pour que les médias en parlent. Sur la question des prize money, à une époque, on en avait mis en place sur le Cross du Mont-Blanc (23 km – 1700 D+). On les a arrêté dans les années 90 car on voyait débarquer des athlètes africains qui venaient chercher les primes. Ce n'était pas notre philosophie. Puis le trail est arrivé dans les années 2002/2003. L'industrie s'est intéressée à la discipline. Aujourd'hui, il y a plus de 2 000 trails en France. On s'est dit que ce n'était pas scandaleux de donner 1 500 € au gagnant. Cette année, l'UTMB donne aussi un prize money dans les mêmes proportions. C'est plus du défraiement pour les athlètes élites qui se déplacent parfois de l'étranger. Quant à la question du dopage, aujourd'hui, on a beaucoup plus de contrôles et de suivi. La discipline est mieux organisée. Et puis les prize money sont donnés après les contrôles. D'ailleurs, le dopage n’est pas chez les élites mais plus chez les coureurs du dimanche qui se fixent un objectif trop haut pour eux. Les top coureurs font partie de teams. Ils ne prendront pas le risque de se doper sous peine de se faire licencier.

Quel est le plateau élite sur le 90 km ?

Avec le Golden Trail Series, les top athlètes sont tous sur le 42 km. La moyenne est de 907 points Itra, donc gros niveau. Il y a Kilian Jornet, Rémi Bonnet, Xavier Thévenard, Sage Canada, Megan Kimmet, Ida Nilsson, etc. Sur le 90 km, il y a Sébastien Spehler, Fabien Antolinos, Julien Chorier, Sébastien Court... Le focus, cette année, est sur le Golden Trail Series et le 42 km. Mais notre travail quotidien est de m'occuper des 10 000 inscrits et des 30 000 accompagnants pour faire la promotion du territoire.

 

 

 

 

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