"Il y a trop de coureurs mal préparés pour le 80 km du Mont-Blanc"

Fred Comte, directeur du Club des Sports de Chamonix, dresse un bilan du 80 km du Mont-Blanc, l'un des trails les plus techniques du paysage français.

Fred Comte, directeur du Club des Sports de Chamonix ()

Lyon Capitale : Cette année, le Suisse Diego Pazos a franchi la ligne d'arrivée le premier avec une demi-heure de plus que le premier des éditions précédentes. Doit-on en conclure que cette 4e édition était plus difficile que les éditions passées ?

Fred Comte : C'est très compliqué de tirer des enseignements de ce constat car la course peut se dérouler de façon différente. Cette année, c'est vrai qu'il n'y a pas eu de longues descentes dans la neige (le parcours a été modifié, NdlR). Or, les premiers dévalent les descentes enneigées à toute allure. On n'a pas eu ça cette année. Le petit écart a pu se jouer quand on descend de Loriaz et du col d'Emosson.

La montée du col du Passet, pour arriver au barrage d'Emosson a sacrément fait souffrir les coureurs cette année...

Oui, cette montée a fait parler d'elle car il a fait très chaud. Mais on était déjà passé par là en 2013. Ce n'est pas une pente extrême mais c'est vrai que c'est un sentier assez raide (il commence par une combe rocheuse pour se terminer par un pierrier, NdlR).

Y-a-t-il eu des accidents en raison des fortes chaleurs ?

La chaleur a effectivement été notre grosse crainte en tant qu'organisateur. Mais au final, on a eu qu'une seule évacuation due à la chaleur, sur plus de 1 000 partants - 1800 si on compte le "Km Vertica" qui s'est déroulé le même jour. Mais curieusement, au ravitaillement des Jeurs, au 45e kilomètre, seulement 300 litres d'eau ont été consommés, je ne me l'explique pas. Et, de manière générale, on a eu seulement trois évacuations sur le "80 km", une pour déshydratation, une autre pour une luxation de l'épaule suite çà une chute à Tête aux Vents et une autre pas grave.

80 km du MOnt-Blanc ()

©Gaetan Haugeard

"47,5 % d'abandons : il s'agit de coureurs qui ne sont pas prêts pour cette épreuve qui ont été trop gourmands"

Pratiquement la moitié des partants ont abandonné. Comment expliquez-vous ce pourcentage particulièrement élevé ?

On a effectivement eu près de 47,5 % d'abandons. Mais c'est dans la moyenne des éditions précédentes. On a eu beaucoup d'arrêts au barrage d'Emosson (38,7e km) et, 800 m de dénivelé plus bas, à Châtelard (42e km), c'est-à-dire à la moitié du parcours. Soit il s'agit de coureurs qui ont dépassé la barrière horaire et donc de coureurs disqualifiés, soit d'abandons purs. En fait, il s'agit de coureurs qui ne sont pas prêts pour cette épreuve. Ils ont été trop gourmands.

Ils n'ont pas pris en compte le fait que le "80 km du Mont Blanc" est un parcours très technique. La technicité du parcours fait que c'est peut-être plus difficile qu'un parcours plus long et plus roulant.

Ces coureurs qui n'ont pas franchi la ligne d'arrivée ont manqué de préparation car nous avons calculé les barrière horaires pour 24 heures de course. D'ailleurs, ces calculs ne sont pas trop mauvais car sur 500 finishers, seuls trois ont dépassé les 24 heures de course, un de 1 minute, un de 10 minutes et le dernier de vingt deux minutes.

107 femmes ont pris le départ sur un peu plus de 1 000 coureurs. Comment expliquez-vous la faible présence féminine ?

Globalement, sur les courses d'ultra, il y a très peu de femmes alors qu'elles sont très bonnes. La première femme sur le 80 km est 6e au classement général, 48 minutes après le premier. Les femmes ont une acceptation de la douleur plus forte que les hommes, mais peu s'inscrivent. En revanche, sur le 10 km, elles formaient 65 % des inscrits.

80 km du MOnt-Blanc ()

©Gaetan Haugeard

"On a pas moins de 70 secouristes le long du parcours, le peloton de gendarmerie de haute montagne (PGHM), les CRS et les sapeurs-pompiers de montagne... "

Certains coureurs se sont plaints de la qualité des ravitaillements vu le prix de l'inscription (105 euros, NdlR)...

Les gens n'imaginent pas l'énergie déployée rien que pour les secours. On a pas moins de 70 secouristes le long du parcours, le peloton de gendarmerie de haute montagne (PGHM), les CRS et les sapeurs-pompiers de montagne... On les paie, ce n'est pas gratuit. Et puis le prix des inscriptions ne prend pas en charge les salaires de l'équipe organisatrice, payés par le Club des sports de Chamonix. On est une assoc', pas une entreprise commerciale.

Alors, oui, on pourrait faire le choix de ravitos plus gros mais le 80 km est une course en semi-autonomie, il ne faut pas l'oublier. C'est aussi très compliqué de prévoir un ravito : la première année, les coureurs ont mangé beaucoup de pain. La seconde année, on s'est retrouvé avec 30 kilos sur les bras.... C'est aussi compliqué pour nous. Et puis, il y a aussi pas mal de coureurs qui ne mangent pratiquement rien en course...

On pourrait aussi payer moins de photographes, de caméramen mais les coureurs seraient alors déçus de ne pas avoir -de souvenirs d'une telle aventure...

Au final, si vous deviez tirer un bilan de ce 4e "80 km du Mont Blanc" ?

Super positif ! On a bien fait d'opter pour ce plan A' puisqu'on a pu garantir une belle course aux coureurs et notre souci est justement de garantir la course dans les meilleures conditions. Mais on a encore ce problème de barrières horaires que certains coureurs ne parviennent pas à franchir... Maintenant, on va retravailler ce plan A' comme le parcours neige au lieu et place du parcours B. On a vu que ça fonctionnait bien. Il faut maintenant qu'on discute avec la mairie de Vallorcine pour le vallon de Tré les Eaux et le col de la Terrasse, où on peut passer. ce sont des petits ajustements. Car notre souhait est de faire passer les coureurs à des cols et des sommets. Le 80 km est alpin.

Stats
82 km - 6 000 D+
1er en 10h52 soit 7,55 km/h de moyennedernier en 24h22 soit 3,37 km/h de moyenne
Nombre de partants : 1 076dont femmes : 107 (9,94 % des partants)
Nombre d'arrivants : 565 (52,51 % des partants)dont femmes : 56 (52,34 % des partants)
Nombre total d'abandons : 511 (47,49 % des partants)dont 58 % à Emosson (149) et Chatelard (148)
80 km du MOnt-Blanc ()

©Gaetan Haugeard
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