ENTRETIEN AVEC GREGORY COUPET : "BANALISER UN TITRE, C'EST INSUPPORTABLE"

Le gardien des Bleus, actuellement en pleine renégociation de son contrat avec l'OL, affirme qu'il a toujours aussi faim : "Aujourd'hui, à 34 ans, je joue de plus en plus au foot par passion".

JDM : Avec 481 matchs toutes compétitions confondues sous le maillot lyonnais, vous venez de dépasser Yves Chauveau le gardien de l'OL des années 1970. Est-ce une fierté d'entrer toujours un peu plus dans l'histoire du club ?

Grégory Coupet : Bien sûr ! Cela démontre une fidelité de plus en plus rare dans le monde du football. Aujourd'hui, avec le mercato d'hiver, un joueur n'est quasiment plus obligé de jouer une saison complète dans un club. Rester dix ans dans un club, jouer près de cinq cent matchs sous un même maillot, c'est donc quelque chose. Depuis que je suis à l'OL, j'ai appris l'importance qu'avait eu Yves Chauveau ici. Le rejoindre me rend donc heureux.

Un sixième titre consécutif vous tend les bras. Où situeriez-vous ce sixième sacre par rapport aux précédents ?
Comment dire ? Avec le cinquième titre, on est entré dans l'histoire du football français parce qu'on a fait mieux que Saint-Etienne et Marseille. Avec ce sixième titre, on enfonce le clou. On confirme la supériorité de Lyon. C'est pour ça que je suis très énervé quand j'entends que ce nouveau titre est déprécié. On a trop habitué les gens à gagner, à dominer. Banaliser un titre de champion de France, c'est insupportable. Alors, banaliser un sixième titre... Derrière une telle performance, il y a une remise en cause de tous les jours, à tous les niveaux du club. On ne nous a jamais donné nos titres de champions. On est allé les chercher. On s'est battu à chaque match.

Ce sixième titre étant quasiment acquis, l'OL n'a plus d'objectif d'ici la fin de la saison. Estimez-vous qu'il sera difficile pour vous de rester mobilisé pour les matchs de l'équipe de France en juin ?
Pour moi, pas de souci. Ce qui me fait rire c'est quand j'entends qu'on va finir en roue libre. Je me souviens trop de la large défaite qu'on avait connue à Gerland, contre Guingamp, lors de l'une des dernières journées du championnat à cause d'une démobilisation légitime*. Je me souviens du goût amer que cela nous avait laissé. Cette saison, même si on devait être champions dès ce week-end, il nous restera encore sept matchs à disputer. Et dans la mesure où à Lyon il faut gagner à tout moment, dans toutes les conditions, on doit rester mobilisés. Jusqu'au 26 mai, on doit prendre du plaisir à jouer non pas dans la décontraction, mais dans la sérénité. Et le plaisir n'est que dans la victoire... Quant à l'équipe de France, tant pis pour les vacances reportées. On doit s'adapter à un calendrier incohérent. Pour jouer avec les Bleus, je serais même prêt à ne pas avoir de vacances.

Justement, neuf mois après votre énorme désillusion due à votre statut de doublure de Barthez en Coupe du monde, dans quel état d'esprit êtes-vous aujourd'hui au sein des Bleus ?
Je vis très sereinement avec l'équipe de France. Je prends beaucoup de plaisir à être sélectionné et à jouer avec les Bleus. En plus, dans les éliminatoires à l'Euro 2008, ça se passe pas trop mal. En ce moment, il y a une revue d'effectif positive. Je pense que l'équipe de France a un très bel avenir. Et puis c'est sympa de voir qu'il y a une présence massive de Lyonnais. A mes yeux, c'est légitime vu le niveau de nos performances.

Vous avez exprimé votre désir de prolonger votre contrat avec l'OL jusqu'en 2010. De son côté, Jean-Michel Aulas a déclaré qu'il attendait de savoir si vous vous sentiez prêt à être titulaire avec les Bleus jusqu'à cette échéance. Où en êtes-vous dans vos pourparlers ?
Je dois voir le président dans les jours qui viennent pour avancer sur la question. On va discuter tranquillement. Cette fois, il y a un détail important, c'est mon âge. En France, donner trois ans de contrat à un joueur de 34 ans, ce n'est pas courant alors qu'à l'étranger ça ne pose pas de problème. Mais je ne m'inquiète pas. Quant au message du président sur mon désir de rester au top jusqu'en 2010, j'avoue que je ne comprends pas. Ce type de propos demande confirmation, mais c'est un peu comme si on mettait en doute ma motivation. Moi, ma motivation je la prouve sur le terrain, pas ailleurs. Les discours, ça ne m'intéresse pas. Surtout depuis ce que j'ai vécu avec la Coupe du monde. Chat échaudé craint l'eau froide comme on dit. A mon sens, il est plus honnête de montrer que je suis là, performant, que de déclarer dès maintenant : "Je veux être le goal numéro un des Bleus lors de la Coupe du monde 2010". Bien sûr que dans mon esprit cette intention, cette ambition est là. Mais j'ai suffisamment payé pour savoir que ces déclarations ne rimaient à rien. Aujourd'hui, en avril 2007, 2010 c'est du rêve...

Juste après l'élimination en Ligue des champions, contre la Roma, Juninho a déclaré à chaud : "C'est la quatrième année qu'on passe à côté. Maintenant, ça va être dur de gagner la Ligue des champions". Est-ce également votre avis ?
Non, je ne suis pas du tout du même avis. Je crois aux chances de l'OL de remporter cette compétition. Avec moi ou sans moi, mais j'y crois. Lyon finira par y arriver. Cette conviction s'appuie sur l'histoire du club. L'OL a toujours progressé de façon constante, progressive en Ligue 1. Je pense qu'il en sera de même en Ligue des champions. On a une réelle expérience de cette compétition. Cette saison, Rome a été supérieur à nous. Quand il n'y a pas photo, il n'y a rien à revendiquer. Cet échec est là. Il faut l'accepter pour mieux savoir se remettre en cause. Ce sont des échecs comme celui-là qui font avancer.

Avec un peu de recul, comment expliquez-vous cet échec ? L'OL a-t-il fait preuve d'un manque de solidarité, de motivation ?
Je ne pense pas. Juste avant de jouer Rome, on venait de vivre une mauvaise passe. Peut-être qu'on a entamé ces 1/8 de finale de la Ligue des champions à un moment où on n'était pas gonflé à bloc. Il nous a sûrement manqué cette confiance qui permet de se lâcher. Psychologiquement, l'équilibre d'un effectif est fragile. Et comme on ne s'était pas rassuré avec les deux mois qui ont précédé... Peut-être que ça a trop bien marché en première partie de saison. Cinquante points à l'issue des matchs aller, c'est ahurissant.

Et l'échec en finale de la Coupe de la Ligue, comment l'avez-vous vécu depuis le banc de touche ?
Une finale, c'est du 50-50. Après, il y a différentes façons de perdre. J'estime que Lyon a produit du jeu. Il est clair qu'on aurait pu faire mieux en deuxième mi-temps, mais globalement on a tenté de jouer. Maintenant, là aussi, c'est comme ça. Il faut accepter la défaite. Félicitations à Bordeaux. Gagner comme ça à deux minutes de la fin, porter l'estocade après avoir subi tout au long du match, c'est jouissif (rires).

Avec l'expérience que vous avez, avez-vous le sentiment que les bruits de transfert des uns et des autres perturbent l'effectif lyonnais ?
Cette année, il faut reconnaître qu'il y a de gros dossiers. Abidal et Malouda sont au premier rang**. Après, quand il est question de Juninho, forcément, ça met le doute à tout le monde. De là à penser que l'OL va boiter la saison prochaine, je ne le crois pas du tout. Je suis sûr que le club va encore savoir constituer une équipe de choc. A Lyon, le collectif passe toujours avant les individus. Tant qu'il en sera ainsi...

2008, 2010, voire 2012, votre fin de carrière approche. Avez-vous déjà préparé votre reconversion ?
Ma reconversion est prête. J'ai déjà deux ans de prévus à l'OL auprès des gardiens. J'aurai donc des diplômes à passer. Et puis, j'ai un restaurant. Et j'ai bien l'intention de m'investir un peu plus dans des oeuvres caritatives. J'aurai donc du boulot après le foot. Mais ce qui me passionne le plus c'est de transmettre mon savoir.

* En 2003, l'OL avait perdu 1-4 à Gerland, lors de la 38e journée, contre le l'En Avant Guingamp de Malouda et Drogba.

* * Entretien réalisé avant l'annonce par Caçapa de son départ.

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