Meetoo : Najat Vallaud-Belkacem veut poursuivre la libération de la parole

Après la libération de la parole qui a suivi le mouvement #Meetoo,  l’ancienne ministre de l'Éducation nationale Najat Vallaud-Belkacem a estimé dans une tribune publiée dans Le Monde qu'il fallait que les citoyens et institutions aillent plus loin.

Critique face au traitement médiatique des manifestations contre les violences faites aux femmes zappées dans l'actualité par le mouvement des Gillets jaunes, Najat Vallaud-Belkacem a publié une tribune dans Le Monde ce mardi. S’appuyant sur une enquête d’Ipsos (où elle travaille aujourd'hui), l'ancienne élue lyonnaise critique l'inaction des sociétés occidentales sur la question des violences, elle montre que le relativisme qui imprègne encore les sociétés occidentales demeure un frein pour éradiquer ce fléau. “Dans notre pays, tous les trois jours, une femme meurt sous les coups de son conjoint ; toutes les sept minutes, une autre subit un viol ; tous les ans, 200 000 sont victimes de violences physiques et sexuelles”, débute-t-elle.  “Si toutes les violences ne se ressemblent pas, la tolérance sociale, principale alliée du scandale. Comme sur une autre planète, il faut entendre depuis plus d’un an certains commentateurs s’émouvoir qu’on ‘aille trop loin dans le grand déballage #meetoo’”, dénonce l'ancienne ministre. Selon une enquête Ispos “un homme français sur cinq, et un homme américain sur trois, pense  que les femmes “exagèrent souvent les cas de viol ou de violences” qu’elles rapportent”.

“Ainsi nous serions allés trop loin dans le déballage ? Vraiment ?”

Ainsi nous serions allés trop loin dans le déballage ? Vraiment ? Observons la réalité crue pour changer. Que nous dit-elle ? Qu’en dépit des progrès indéniables de la loi, de l’implication des professionnels, des numéros d’urgence mis en place, le jour espéré où il suffira qu’une violence faite à une femme, en particulier dans un cadre familial, soit connue, pour qu’elle cesse immédiatement sous la réprobation générale de l’entourage, des témoins indignés, est loin d’être arrivé”, déplore-t-elle.

Un jour loin d'être arrivé pour plusieurs raisons. “D’abord parce que dans nos perceptions communes, la véritable gravité de ces diverses violences est encore sujette à caution”. “Ensuite, parce que leur dimension intime fait, encore et toujours, obstacle à l’idée d’une intervention extérieure, toujours vécue comme une immixtion dans la vie privée”. “Ainsi, confronté à une amie subissant des violences conjugales, seul un Français sur deux déclare qu’il irait rapporter les faits aux autorités (46 % des Américains, et seulement 33 % des Britanniques)”, détaille celle qui s'est retirée de la vie politique après son échec aux législatives à Villeurbanne.

“Seule la verbalisation permet de prendre conscience”

Cette dernière soulève une dernière raison : “ la défiance et la suspicion éprouvée, par les victimes comme par les témoins, quant à la capacité des institutions (police, justice, pouvoirs publics) à véritablement apporter des réponses”. Pour l'ancienne adjointe de Gérard Collomb, il faudrait “répondre aux coups de fil affolés autrement que par une simple leçon de savoir vivre à Monsieur, traiter les plaintes autrement qu’en les classant sans suite ; faire appliquer les lois telles qu’elles existent et dans les temps requis, et notamment, s’agissant de la France, celle sur l’éviction du domicile du conjoint violent ou encore sur l’ordonnance de protection ; tenir la promesse que des hébergements d’urgence soient vraiment accessibles et donc créés en nombre suffisant…

Alors, comment agir pour faire progresser nos réflexes respectifs de ce point de vue ? En parler. N’en déplaise à ceux qui croient sérieusement qu’on en fait trop sur ces sujets. Seule la verbalisation permet d’en prendre conscience. De ce point de vue, #metoo fut un formidable souffle qu’il faudra continuer à entretenir afin que la parole se libère. À condition cependant que cette parole n’aille pas s’échouer lamentablement sur l’absence de réponses légales, juridiques, institutionnelles”, a-t-elle conclu.

2 commentaires
  1. JANUS - 27 novembre 2018

    De quelle libération de parole parle-t-elle ? Puisque il y a omerta et non dits sur nombre sujet qui concerne les citoyens.

  2. Galapiat - 28 novembre 2018

    Après son " brillant passage" à l’Éducation nationale , se sentant oubliée à l'approche des consultations électorales la voici qui nous rappelle qu'elle aimerait bien exister. Pas sur que ceci fonctionne.

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