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Secret des affaires “la protection du lanceur d’alerte c’est du pipeau”

Rédacteur en chef de Lyon Capitale, Raphaël Ruffier était invité de l'émission Secret d'info de Jacques Monin sur France Inter pour débattre de la liberté de la presse à l'aune des projets de loi sur le secret des affaires et la loi fake news. Avec Aurore Gorius, du site Les Jours, Edouard Perrin de l'agence Premières Lignes et Ivan du Roy, rédacteur en chef de Bastamag, ils ont fait part de leurs inquiétudes pour l'avenir du journalisme d'investigation.

Difficile de voir un progrès pour les lanceurs d'alerte dans la loi sur le secret des affaires. Voté le 14 juin, ce texte "crée un droit au secret par défaut, expliquait ce samedi midi Ivan Du Roy au micro de France Inter. Ce sera aux lanceurs d'alerte de prouver qu'ils s'inscrivent dans le cadre des dérogations prévues par la loi". Une loi d'ailleurs portée par Raphaël Gauvain, un député pro-business, comme révélé par Lyon Capitale. Edouard Perrin, journaliste pour l'agence Premières Lignes, a révélé le scandale LuxLeaks. Au regard des poursuites visant les lanceurs d'alerte Antoine Deltour et Raphaël Halet, il se dit très inquiet. "Cela va coûter très cher au personnes poursuivies", prévient-il, rappelant les 90 000 euros récemment réunis par le comité de soutien à Antoine Deltour, pour donner un ordre d'idée des montants en jeu.

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Aurore Gorius, journaliste pour le site Les Jours, pointe les "pressions psychologiques qui joueront en amont, au moment où l'on enquête". Elle craint que les sources des journalistes ne se tarissent, par crainte des répercussions. "Le lanceur d'alerte devra apporter la démonstration, au départ, qu'il est de bonne foi et défend l'intérêt général, poursuit Raphaël Ruffier, rédacteur en chef de Lyon Capitale, dans l'émission Secrets d'info de Jacques Monin. La protection du lanceur d'alerte, c'est du pipeau. Au moment de la révélation, il va perdre son boulot et s'engager dans cinq à dix ans de procédures compliquées qui vont le ruiner. Même si la décision finale lui est favorable."

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Loi fake news, multiplication des procès en diffamation, manque d'éducation aux médias... Les risques qui pèsent sur le journalisme d'investigation sont nombreux, comme le soulignait Lyon Capitale dans son numéro du mois de mai. Nous publiions le coût des procès, souvent gagnés, intentés à la rédaction. "Nous ne sommes jamais remboursé de nos frais de justice", insistait Raphaël Ruffier sur France Inter ce midi. Parmi les quatre invités, tous affirmaient ainsi n'avoir jamais reçu plus de 4 000 euros sur les procédures remportées. Ridicule au vu des sommes engagées. Retrouvez l'intégralité de leurs échanges sur ces sujets en podcast ici.

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