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Les grands perdants de la primaire UMP

Avec 46 % des voix, Georges Fenech a perdu la primaire mais réalise, selon son entourage, un bon score au vu de son arrivée tardive à Lyon. En revanche, dans son sillage, le député de Givors a entraîné ses soutiens – Hamelin, Berra, Noir, Copé – dans une défaite dont, eux, auront beaucoup de mal à se relever. Tour d'horizon des grands battus de la primaire UMP.

Nora Berra

Nora Berra© tim douet_006 ()

@Tim Douet

Son soutien avait été perçu comme une trahison à Michel Havard sur des ressorts plus politiques que personnels, à la différence d'Emmanuel Hamelin. En s'alliant avec Emmanuel Hamelin avant de rallier Georges Fenech, elle pensait s'offrir une place au premier rang, dont l'avait privée son très mauvais score du premier tour (9 %). Comme Emmanuel Hamelin, son collègue de galère dans cette primaire, elle se retrouve avec une double défaite dont elle peinera à se relever. Elle a perdu les deux tours. Alors qu'elle venait de se refaire une image de camarade sympathique auprès des cadres de l'UMP après l'épisode des législatives qui avait vu tous les parlementaires du Rhône se liguer contre elle, Nora Berra fait un grand bond en arrière.

Le camp Havard la perçoit comme une traître, et ses chances d'obtenir la tête de liste dans le 3e arrondissement sont désormais très hypothétiques. Difficile d'imaginer que Michel Havard lui confiera le plus gros arrondissement de Lyon. Pour gagner la Ville, l'UMP devra gagner le 3e, et Nora Berra n'a pas apporté durant la primaire la preuve qu'elle disposait d'une vraie assise locale. Dans le camp Fenech, le soutien de Nora Berra est jugé, sans acrimonie, contreproductif dans le 6e et le 2e, des arrondissements très à droite où le positionnement centriste de l'ancienne ministre a rebuté les électeurs de Georges Fenech au premier tour. Nora Berra a aussi perdu, dans l'entre-deux tours, une partie importante des militants qui la soutenaient. Faiseuse de roi après le sondage de l'UMP fin mars, la députée européenne doit maintenant repartir une nouvelle fois de zéro à Lyon.

Georges Fenech

Georges Fénech ()

©Tim Douet

La netteté de la victoire de Michel Havard permet à Georges Fenech de quitter Lyon sans remords. Ses 46 % des suffrages exprimés lui offrent une porte de sortie par le haut. Si le score n'a rien de déshonorant, il ne transforme pas pour autant sa défaite en victoire. Avec la morgue qui ne le quitte jamais, il avait asséné de violentes charges contre Michel Havard : “Tu n'as pas su incarner un vrai leadership à Lyon.” Elles reviennent aujourd'hui contre lui façon boomerang. Son agressivité envers les candidats et notamment Michel Havard, cette semaine, durant les débats télévisés peut aussi s'être retournée contre lui. Au soir du premier tour où il espérait virer en tête, Georges Fenech a dû revoir sa stratégie et adopter une position de rassembleur qui lui correspondait moins bien. Jusqu'à l'annonce des résultats du premier tour, il prévoyait de refuser des alliances avec des vaincus qui ne lui apporteraient rien. Le verdict du second tour lui donne raison. En mal de voix et de temps pour battre Michel Havard, il a préféré faire des coups politiques : ralliement de Noir, Berra, Hamelin. “Nous avons peut-être été trop politiques et pas assez dans l'action cette semaine”, glisse son entourage, qui pendant des semaines avait préparé la bataille sur le thème du “tous contre Fenech”. Georges Fenech s'est égaré dans une semaine à contre-emploi.

Michel Noir

Retiré sur son Aventin, l'ex-maire (RPR) imagine que sa parole a d'autant plus de poids qu'elle est rare. Jeudi, après moult sollicitations, il a fini par accepter de parler. “Depuis le début de cette campagne, j’ai bien observé depuis le haut de la Croix-Rousse ce qui se passait”, a-t-il attaqué. Et de dérouler un programme, qui avait peu de rapport avec les propositions de Georges Fenech. Pourtant, il lui apportait bien son soutien, non sans égratigner Michel Havard : “Soyons clairs, s’il s’était dégagé une personnalité avec un leadership pour la droite à Lyon, il n’y aurait même pas eu de primaire.” Déjà, en janvier, il s'était payé l'opposition municipale : “Il manque un leader (...) Le travail n'est pas fait.

Dimanche dernier, les Lyonnais ne l'ont pas suivi. Même dans son ancien fief, la Croix-Rousse, il est difficile de percevoir un effet Noir : Georges Fenech a bien devancé Michel Havard de 28 voix, mais il profitait déjà du soutien d'Emmanuel Hamelin, arrivé en tête au premier tour (33 % des voix). A l'UMP, certains commencent à s'agacer que l'ex-maire ne prenne la parole que pour dézinguer son propre camp. D'aucuns rappellent qu'il avait aussi flingué Dominique Perben pour son alliance avec les millonistes, en 2008, à quelques semaines du premier tour. Avec le résultat du second tour, Michel Noir a perdu de sa sagesse. Son rôle était fantasmé par les élus comme par les journalistes. “Nous avons vu que Michel Noir ne pèse plus grand-chose. Noir, c'était il y a vingt-cinq ans et il a fait des choses que les Lyonnais n'ont pas oubliées. Le résultat de ce soir en apporte la preuve”, constate Patrick Huguet, conseiller municipal (UMP) et soutien de Michel Havard. Jusqu'à aujourd'hui, il jouissait encore d'une grande écoute à Paris pour les questions lyonnaises, depuis dimanche soir, il y a fort à parier que plus grand monde ne viendra déranger Michel Noir sur son Aventin croix-roussien.

Emmanuel Hamelin

Emmanuel Hamelin © Tim Douet

Emmanuel Hamelin © Tim Douet

L'ancien député de la Croix-Rousse n'a pas gagné une élection depuis 2002 et les primaires ont tourné au cauchemar pour Lyon. Il a dissous sa bonne notoriété dans les affres du verdict des urnes, perdant ainsi son meilleur argument politique. Plus que ses 14 % du premier tour, c'est son ralliement à Georges Fenech qui en fait l'un des grands perdants de la séquence de la primaire. À l'inverse de Nora Berra, le camp Havard et les électeurs ont jugé que sa “trahison” était avant tout personnelle. Conscient du risque pour sa carrière politique en cas de mauvais choix, Emmanuel Hamelin n'a pas ménagé sa peine pour soutenir Georges Fenech durant l'entre-deux tours. Quitte à égratigner Michel Havard et à rendre les possibilités de retour encore plus difficiles : “Georges Fenech n'a peut-être pas encore de vrai programme, mais c'est un bulldozer. Il n'a peur de rien. Il a la combativité pour affronter Gérard Collomb. Il proposera un programme plus innovant que Michel, dont la vision du Lyon des 100 villages ne me paraît pas percutante.”

Emmanuel Hamelin se rêvait tête de liste dans le 2e arrondissement. “Je laisse Michel Havard décider de la place qui sera la mienne. C'est lui qui tient le volant”, confiait-il dimanche soir. Le candidat désigné au terme de la primaire devrait difficilement passer l'éponge sur ce qu'il n'a cessé de décrire comme une trahison toute la semaine. “Nora Bera, Emmanuel Hamelin et Michel Havard s'étaient vus le mercredi précédant le premier tour et avaient convenu de se soutenir pour le second tour”, rappelait malicieusement un proche du vainqueur de la primaire. Pour Emmanuel Hamelin, cette double défaite de la primaire sera probablement celle de trop.

Jean-François Copé

L'un des arguments chocs de Michel Havard, entre les deux tours, était de souligner la rivalité entre Paris et Lyon. Dans le ralliement de Nora Berra et d'Emmanuel Hamelin, il a vu les “manœuvres parisiennes” et comptait bien sur “Lyon la rebelle” pour l'emporter. En désignant à la vindicte lyonnaise l'ingérence de Paris et de Jean-François Copé, Michel Havard a réuni les conditions de sa victoire. La ficelle était grosse, mais elle a marché, attestant que les rivalités entre copéistes et fillonistes sont toujours vivaces.

Le résultat de dimanche soir atteste aussi des limites en milieu urbain de la ligne de Jean-François Copé, la droite décomplexée. Ainsi, à Paris et à Lyon, les deux candidats fillonistes ont été choisis par les militants et les sympathisants. La fibre écologiste, le ton modéré, l'image de gendre idéal de Michel Havard – assez semblable à NKM en cela – ont contrebalancé le discours sécuritaire de Georges Fenech, tout droit sorti d'une ligne copéiste.

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