Le vide culturel de la présidentielle

"Est-ce que la culture a des chances de redevenir un enjeu politique et de société ?" demandait Jean-Pierre Saez de l'Observatoire des politiques culturelles, en ouverture du débat sur la culture organisé par la ville de Lyon, jeudi 25 janvier. Maigre espoir ! Philippe Teillet, maître de conférences à l'IEP de Grenoble, s'est en effet plongé dans le programme culturel des candidats et prévient d'emblée : "ça n'a pas été une fête intellectuelle !" Il note que "pour la plupart des dirigeants, la gestion du poids écrasant du passé prime sur la vision d'avenir". Sur la question de la décentralisation culturelle, "c'est le vide complet", comme si l'Etat intervenait seul, alors que dans les faits, les collectivités territoriales et surtout les villes investissent une somme deux fois supérieure à celle de l'Etat ! Rien non plus sur la question de la diversité culturelle, portée par la France à l'UNESCO, sauf chez les Verts. Seule la question des moyens financiers est abordée, avec le fameux 1 % que le PC transforme en 1 % du PIB. Bref c'est quasi "le néant".

Si le rôle essentiel de l'Etat, garant de l'équité territoriale, de l'exigence artistique ou des services publics, et initiateur de la décentralisation culturelle, a souvent été rappelé lors de ce débat, il a beaucoup été question des difficultés du ministère de la Culture à prendre en compte de grands enjeux actuels. L'éducation artistique est laissée en jachère tandis que les industries culturelles prospères, les nouvelles expériences et pratiques artistiques sont impossibles à ranger dans les cases ministérielles et la diversité culturelle est absente des dispositifs. Exemple avec Hervé Pérard, maire-adjoint à la culture d'Evry (Verts), dont certains quartiers sont peuplés à 40 % de personnes issues de l'immigration noire-africaine. "Les artistes qui essaient de créer des espaces de dialogues et de respect avec ces populations sont trop souvent disqualifiés par le ministère de la culture qui ne voit que l'excellence" estime l'élu, tandis que le plan Borloo ne contient plus de volet culturel. Directeur de la culture et du patrimoine au Département de l'Isère, Jean Guibal a raillé le mouvement de délocalisation actuel des grands musées : "une politique de succursale ne peut en aucun cas être une politique de décentralisation" tandis que Patrick Thill, adjoint à la culture de Metz (UMP), qui va justement accueillir une succursale du centre Pompidou répliquait. "Au contraire, c'est une formidable avancée de la démocratisation du patrimoine, car le vrai scandale, c'est que 80 % des collections nationales dorment dans les réserves des musées parisiens !"

En conclusion des débats, Patrice Béghain, adjoint à la culture de Lyon (PS) a interrogé la répartition financière des crédits de l'Etat, éhontément favorable à Paris : "je considère que l'Etat faillit dans sa mission d'assurer l'équité territoriale ; renversons la tendance !" a lancé l'élu appelant à "une reconstruction des politiques publiques à partir de l'expérience des villes et des collectivités". Redistribuer les cartes depuis le terrain, et non plus depuis l'Etat, c'était le voeu partagé par ces élus de tous bords qui mènent un combat quotidien pour que les cultures soit au coeur de leur ville.

Lire également notre entretien avec Jérôme Bouët, Directeur Régional des Affaires Culturelles

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