Charles-Franck Lévy, conseiller municipal et soutien de Jean-Michel Aulas, est l'invité de 6 minutes chrono / Lyon Capitale
Charles-Franck Lévy revient dans 6 minutes chrono sur l'une des promesses fortes de Jean-Michel Aulas lors de la campagne municipale lyonnaise : la gratuité des cantines et du périscolaire dans les écoles publiques de la ville. "Cette annonce a pour objectif de redonner du pouvoir d’achat aux Lyonnais. De nombreuses familles nous ont expliqué qu’elles étaient éloignées du périscolaire du soir en raison des coûts. Les analyses de partenaires de la Ville de Lyon montrent également qu’un certain nombre de familles, y compris dans les quartiers dits prioritaires, sont éloignées du périscolaire. À partir de ce constat, deux choix sont possibles. Soit on reste dans la continuité de ce qui a été fait par le passé, comme le propose l’équipe de Grégory Doucet, en ne changeant rien. Soit on met en place des leviers pour permettre aux familles des quartiers prioritaires de s’approprier le périscolaire, mais aussi aux familles dites de classes moyennes", justifie le conseiller municipal centriste.
Il fait aussi de cette promesse une mesure sociale : "Elle est juste dans le sens où elle permet une redistribution du pouvoir d’achat, à la fois pour les familles qui en ont le plus besoin et pour les catégories moyennes. Ces familles expliquent souvent que de nombreux dispositifs existent, mais qu’ils ne s’adressent jamais à elles. Elles ont subi de plein fouet la hausse des transports en commun et celle de la fiscalité lyonnaise, et se sentent oubliées par certaines politiques publiques".
La retranscription intégrale de l'entretien avec Charles-Franck Lévy
Bonjour à tous et bienvenue. Vous regardez 6 minutes chrono, le rendez-vous quotidien de la rédaction de Lyon Capitale. Aujourd’hui, nous sommes avec Charles-Franck Lévy. Bonjour. Vous êtes conseiller municipal, soutien de Jean-Michel Aulas et membre de Cœurs Lyonnais. Nous vous avons invité pour revenir sur une annonce phare, qualifiée de fracassante, du candidat Aulas concernant les écoles lyonnaises. Il promet la gratuité des cantines et du périscolaire, une mesure que vous chiffrez à 13 millions d’euros par an, quand les écologistes l’évaluent au double. D’où vient cette mesure ? Est-ce une demande que vous avez entendue sur le terrain ? Qu’est-ce qui est à l’origine de cette annonce ?
Cette annonce a pour objectif de redonner du pouvoir d’achat aux Lyonnais. De nombreuses familles nous ont expliqué qu’elles étaient éloignées du périscolaire du soir en raison des coûts. Les analyses de partenaires de la Ville de Lyon montrent également qu’un certain nombre de familles, y compris dans les quartiers dits prioritaires, sont éloignées du périscolaire. À partir de ce constat, deux choix sont possibles. Soit on reste dans la continuité de ce qui a été fait par le passé, comme le propose l’équipe de Grégory Doucet, en ne changeant rien. Soit on met en place des leviers pour permettre aux familles des quartiers prioritaires de s’approprier le périscolaire, mais aussi aux familles dites de classes moyennes.
Pour vous, est-ce davantage un problème de périscolaire que de cantine ?
C’est les deux. Concernant la cantine, il s’agit aussi de redistribuer du pouvoir d’achat. Même si, pour environ la moitié des enfants, et parfois davantage selon les arrondissements, les tarifs correspondent aux coefficients 1 et 2, il existe des familles pour lesquelles 10 ou 20 euros représentent un montant important.
Si l’on regarde l’impact en termes de pouvoir d’achat, pour les familles aux revenus les plus faibles, cela représente environ 14 à 16 euros par mois, tandis que pour les familles les plus aisées, cela peut atteindre 140 euros par mois. La mesure peut donc paraître plus favorable aux familles les plus aisées financièrement.
Il y a aussi des familles qui ne sont pas domiciliées à Lyon mais dont les enfants sont scolarisés à Lyon et fréquentent la cantine, parce qu’elles n’ont pas d’autre solution, notamment dans des situations de monoparentalité ou liées au travail. Or, depuis six ans, la Ville de Lyon n’a pas engagé de dialogue avec les autres collectivités, que ce soit dans le cadre des conférences des maires, avec la Métropole ou avec les communes alentours. Ces familles paient donc le tarif plein, alors même qu’elles sont parfois dans des situations financières difficiles. Ce n’est pas normal. Cette mesure permettra à des familles qui en ont besoin de bénéficier d’un soutien, car certaines comptent réellement à l’euro près. Et il y a aussi d’autres familles qui comptent.
Vous qui venez de la gauche, cette mesure vous paraît-elle socialement juste, avec 15 euros d’un côté et 140 ou 150 euros de l’autre ?
Elle est juste dans le sens où elle permet une redistribution du pouvoir d’achat, à la fois pour les familles qui en ont le plus besoin et pour les catégories moyennes. Ces familles expliquent souvent que de nombreux dispositifs existent, mais qu’ils ne s’adressent jamais à elles. Elles ont subi de plein fouet la hausse des transports en commun et celle de la fiscalité lyonnaise, et se sentent oubliées par certaines politiques publiques. Il faut donc accompagner toutes les familles, mais aussi permettre à certaines, notamment pour le périscolaire du soir, d’y accéder. Aujourd’hui, il est parfois plus intéressant financièrement d’avoir recours à une nounou partagée que d’inscrire son enfant au périscolaire. Cela conduit à une situation où seuls ceux qui en ont les moyens y inscrivent leurs enfants. On se retrouve alors avec des enfants qui ne partagent pas les mêmes temps périscolaires et de loisirs, ce qu’il faut absolument éviter.
On a souvent constaté que la gratuité pouvait parfois s’accompagner d’une baisse de la qualité. Comment garantir que l’offre périscolaire restera de qualité et que la cantine continuera à proposer des produits bio ou locaux ? Comment comptez-vous équilibrer cette équation difficile, avec moins de recettes et autant de dépenses ?
La gratuité ne signifie pas une qualité inférieure. Elle ne signifie pas non plus l’arrêt du travail avec les associations d’éducation populaire, bien au contraire. Nous devons les rencontrer prochainement. Nous avons indiqué à plusieurs reprises que notre modèle de relation avec les associations d’éducation populaire, les MJC, les centres sociaux et les maisons de l’enfance reposera sur des conventions. Nous travaillerons avec elles sur le contenu et le fond, car elles réalisent un travail de qualité. Des expérimentations ont déjà été menées, notamment en zone d’éducation prioritaire, à l’école Jean-Journaud, et nous souhaitons les poursuivre. Nous continuerons également le travail avec la cuisine centrale, les circuits courts et les producteurs locaux. Ce sont deux sujets distincts. On pose souvent ces questions lorsqu’il s’agit des publics les plus défavorisés ou de l’éducation. On ne s’est pas interrogé de la même manière sur les montants investis par la Métropole dans les voies lyonnaises ou sur les près de 16 millions d’euros consacrés à l’avenue des Frères Lumière au détriment d’autres politiques publiques. Ce sont des choix budgétaires.
Vous faites donc ce choix. Mais au détriment de quoi ? Puisqu’il n’y a pas d’argent magique, il faudra compenser ces 15 millions d’euros dans le budget de fonctionnement de la Ville.
Cette dépense sera prise sur le budget général de la Ville. Nous travaillerons avec nos partenaires.
Sur quels postes allez-vous renoncer, puisqu’il faudra forcément faire des choix ?
Nous avons demandé un certain nombre d’éléments au maire de Lyon, sans obtenir de réponse. Pour obtenir les chiffres relatifs au nombre d’enfants scolarisés, il a même fallu saisir la CADA. Nous avons finalement obtenu les données nécessaires. Il y aura un audit et un point précis sur les finances. Mais comme je l’ai indiqué, l’éducation est une priorité. Le développement de l’éducation populaire en lien avec les écoles sera également une priorité. Ces mesures seront donc financées par le budget général de la Ville. Nous travaillerons avec nos partenaires, qu’il s’agisse de l’État ou de la CAF. Est-il normal que le contrat de territoire, qui engage la Ville pour cinq ans, soit proposé au vote à deux mois des élections municipales ? Il aurait pu être prolongé d’un an, même s’il fallait trouver une solution à court terme pour les associations et les structures concernées. Nous travaillerons donc avec nos partenaires, car c’est une priorité de Jean-Michel Aulas et nous la mettrons en œuvre.

quelle "hausse de la fiscalité Lyonnaise"?