Christian Troadec : bonnet rouge et colère noire

Étonnante Bretagne ! Alors que le mouvement des “bonnets rouges” rassemble ouvriers et patrons, agriculteurs et artisans, un homme paraît faire la synthèse de tous ces intérêts contradictoires : Christian Troadec, le maire de Carhaix. L’homme affiche un profil bien particulier qui ne manquera pas d’interroger à Matignon…

Troadec, l’élément central du surprenant mouvement breton des “bonnets rouges”. En langue bretonne, troadec signifie à peu près l’“homme aux grands pieds”. Pourtant, un patronyme tel que pennek (têtu) ou speredek (intelligent) aurait mieux convenu à l’animal. Car Christian Troadec est, avant tout, un homme du Poher, le centre-ouest de la Bretagne. Pas forcément gâtée par le destin, la contrée a su se réinventer un futur et étonner le monde. Avec le festival des Vieilles Charrues en étendard, Troadec, qui en fut longtemps le président, a réussi à replacer Carhaix sur la carte du monde habité.

Mais la relation Carhaix-Troadec ne s’arrête pas à des histoires de charrue. Ancien journaliste au Télégramme, le maire de Carhaix créa également l’hebdo local, le Poher Hebdo, où travaille toujours sa femme. Dans un tout autre genre, la brasserie Coreff, précurseur du revival des microbrasseries régionales, fut lancée à Morlaix avant d’être reprise en 1999 par Troadec alors entrepreneur. Celui-ci lui donnera un nouvel élan jusqu’à la déménager à Carhaix en 2005. En pleine gloire commerciale. Aujourd’hui, les Vieilles Charrues et la Coreff sont quasiment devenues des symboles universels de la Bretagne.

Maternité en danger

Symbolique. L’homme sait en jouer comme il sait jouer des colères noires comme la Coreff ! Quand Carhaix manquera de perdre sa maternité, le monde entier sera au courant : manifestations, coupures de route, blocus de la ville de Quimper. Les Bretons se souviendront longtemps des défilés de Carhaisiennes enceintes jusqu’aux dents manifestant leur colère gazées par les CRS. Symboliquement, durant tout le mouvement, Christian Troadec avait délaissé son écharpe tricolore de maire pour revêtir une écharpe aux couleurs du drapeau breton. Le mouvement était si singulier que le cinéma en fit un film à succès : Bowling.

Langue chouchoutée

La langue bretonne est également un cheval du bataille du maire et conseiller général du Finistère. Les magasins de la ville de Carhaix sont incités (financièrement) à afficher des enseignes bilingues. Mesure symbolique, mais l’élu va beaucoup plus loin : l’école primaire et le lycée Diwan (écoles par immersion en breton) sont considérés par la municipalité comme des écoles publiques. Comme un défi, Christian Troadec rappelle qu’il a ses trois enfants à Diwan et qu’il existe un “devoir de rattrapage envers la langue bretonne”.

Cette langue bretonne, si présente dans le pays de Carhaix, était aussi au cœur de l’“affaire des livrets de famille”. Dans sa commune, le maire avait institué les livrets de famille bilingues. Hurlement du tribunal de grande instance de Brest. Troadec n’en aura cure. Le dossier est aujourd’hui encore en cours et le maire risque tout de même six mois de prison.

Proche des nationalistes basques

Prison ? La perspective ne semble pas vraiment l’impressionner. Lors des emprisonnements de militants bretons liés aux attentats de l’Armée révolutionnaire bretonne (ARB) du début des années 2000, Christian Troadec mouilla le maillot. Prenant fait et cause pour les indépendantistes, et ce en pleine campagne pour les municipales, il ne lâchera jamais les inculpés, dont son ami et conseiller Charlie Grall. De la même manière, le maire n’a jamais caché ses sympathies pour le nationalisme basque. Le 26 octobre dernier, alors que les Bonnets Rouges partaient à l’assaut du portique écotaxe de Pont-de-Buis, Vincent Abaziou, adjoint à la culture de Carhaix et proche de Christian Troadec, demandait dans son discours d’ouverture au salon du livre de Carhaix la “libération des prisonniers politiques basques” d’ETA. Il faut dire que l’invitée de l’édition 2013 n’était autre que la municipalité de Donostia/San Sebastián, ville dirigée par la coalition indépendantiste basque Bildu.

Troadec l’autonomiste

Généralement désigné dans la presse hexagonale comme maire “divers-gauche”, Christian Troadec est avant tout un autonomiste breton bien trempé. Partisan d’une “régionalisation” (pour ne pas prononcer le mot ambigu d’autonomie), avocat infatigable du retour de la Loire-Atlantique en région Bretagne, le maire de Carhaix fascine le mouvement nationaliste breton, avec qui il entretient des rapports compliqués. Même chose avec les partis hexagonaux. Adversaire farouche de l’UMP, il joue en même temps une éternelle ritournelle d’amour-haine avec le PS. Détesté par les socialistes locaux, “dont il aura siphonné une bonne partie de l’électorat en Centre-Bretagne”, selon le chercheur Erwan Chartier, il appellera néanmoins à voter pour François Hollande dès le premier tour de la présidentielle. En parallèle, il s’affiche volontiers comme un proche de l’actuel ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian, tout en fustigeant la majorité de gauche au conseil régional.

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Le style Troadec

“Poujadiste”, “populiste”, “trublion”, “autoritaire”… Ses adversaires ne manquent pas de vocabulaire pour qualifier le quadragénaire. “Populiste” ? Il faut dire que le style Troadec s’appuie sur un atout sans appel : l’authenticité. Fils d’agriculteurs de Plévin, à quelques sillons de charrue de Carhaix, Christian Troadec est en parfaite symbiose avec le petit peuple du Centre-Bretagne. “Tout ! Son accent, sa façon de parler, sa façon d’être, son parcours de journaliste devenu chef d’entreprise, ses coups de gueule, tout est rassemblé pour que n’importe qui [puisse] s’identifier à lui dans le Poher”, décrit ainsi un habitué des joutes électorales locales. “Il est totalement breton, c’est-à-dire combatif, libre, entreprenant, croyant à certaines valeurs de solidarité, d’entraide, de volonté”, renchérit l’un de ses proches, le chef d’entreprise Jacques-Yves Le Touze. Et c’est vrai que dans une Bretagne où la “valeur travail” est une religion, où la solidarité n’est pas qu’un intitulé ministériel et où la simplicité des rapports humains est obligatoire, Christian Troadec est parfaitement intégré au paysage. En pleine discussion avec un élu national, si le plus modeste des paysans de ses connaissances passe à proximité, il n’hésitera pas à abandonner sa conversation pour aller le saluer. Symbolique, mais imparable ! Lors des débuts du mouvement social chez Marine Harvest, il passera une bonne partie de la nuit à discuter avec les salariés du groupe. Aujourd’hui en grève illimitée, ils constituent l’un des fers de lance du mouvement des Bonnets rouges.

Handicaps : les villes et l’Est

Mais Christian Troadec traîne deux sérieux handicaps politiques : les villes et l’est de la Bretagne. Car l’homme du Poher ne cache pas ses ambitions régionales. Or, son aura et son influence n’arrivent pas dans les lointaines terres de l’Est, où réside la majeure partie de la population. La très bobo métropole rennaise et les confins de l’Ille-et-Vilaine et du Morbihan sont bien loin de Carhaix, et Troadec le sait. Son minuscule parti, le Mouvement Bretagne et Progrès (MBP) est inexistant hors des terres du Centre-Ouest. Ces handicaps, le Carhaisien a deux ans pour les résoudre, les prochaines élections territoriales étant prévues en 2015.

Lien entre les bonnets

Dans cette perspective, le mouvement des Bonnets rouges pourra-t-il constituer un socle sur lequel s’appuyer ? Peu probable : le mouvement est disparate et traversé d’intérêts opposés. S’il s’est cristallisé autour de Troadec, c’est surtout parce que celui-ci fait le lien entre tout un tas de contradictions fortement énervées. Homme de gauche, il plaît aux syndicalistes. Entrepreneur, il plaît aux patrons. Élu, il apporte une légitimité à tout le monde. De surcroît, comme l’homme a une gueule immense et qu’il ne dédaigne pas la castagne, il ne se laisse pas dominer par les pêcheurs ni par des paysans bretons aux tracteurs entre les dents.

Nouvelle bourgeoisie nationaliste

Et puis Christian Troadec est proche de ce que le chercheur Erwan Chartier appelle la “nouvelle bourgeoisie nationaliste bretonne”. En effet, “on voit depuis quelques années l’émergence de cette bourgeoisie dans le milieu des patrons bretons. Aujourd’hui, ça se concrétise étonnamment dans un mouvement social”, développe l’auteur de plusieurs livres sur la Bretagne, avant d’ajouter : “Il faut dire que les Bretons ont toujours été doués dans les révolutions de droite !”

Homme de gauche, Troadec trouverait l’allusion déplacée, mais pas certains des acteurs du collectif “Vivre, décider et travailler en Bretagne/Bevañ, divizout, labourat e Breizh” qui coordonne le mouvement des Bonnets rouges. Les médias hexagonaux ne l’ont pas remarqué mais, dans toutes les réunions du collectif, à la droite de Troadec se trouve toujours un homme souriant : Jean-Pierre Le Mat, le président de la CGPME des Côtes-d’Armor. Petit patron mais également écrivain et éditorialiste, Le Mat est aussi un théoricien qui n’a pas froid aux yeux et ne cache pas ses idées indépendantistes. Condamné à 15 mois de prison militaire dans sa jeunesse pour avoir refusé de porter l’uniforme de l’armée française, il sera un des fondateurs du Mouvement indépendantiste breton, aujourd’hui éteint.

À la catalane

Et Jean-Pierre Le Mat n’est que la partie émergée d’un patronat breton fortement remonté contre l’État jacobin. D’Alain Glon, fondateur du puissant groupe agroalimentaire Glon, à “Produit en Bretagne” regroupant plus de 300 petites et grandes entreprises des cinq départements bretons, le glissement d’une certaine bourgeoisie bretonne vers un nationalisme à la catalane est observé depuis des années. Or, traditionnellement, le mouvement politique breton est largement à gauche. Comment faire le lien entre tout ça ? Christian Troadec l’a déjà incarné. En s’alliant successivement avec les autonomistes de gauche de l’UDB et les indépendantistes de centre-droit du Parti breton lors d’élections régionales, l’homme a démontré que des alliances tactiques “frontistes” étaient possibles. Comme une illustration symbolique des Bonnets rouges actuels…

6 commentaires
  1. phil29 - 8 novembre 2013

    mais il y a un truc que je comprend pas ecole diwan d accord, les maire, les syndicats,les travailleurs, les chômeurs, les commerçants, les transporteurs,les agriculteur, ostréiculteur et j en passe des professions qui etait représenté a cette manifestation de quimper, et ailleurs en bretagne,mais ? mais!!! ou est donc alan stivell, les try yan tous les chanteur bretons et chanteuse bretonne, les soeur gouedec , les frères morvant.

  2. phil29 - 8 novembre 2013

    c est ces stars du paysage breton qui aurait fait la la la dynamique de la bretagne, enfin ce n est que partit remise, pour la prochaine manifestation, car alan stivell a la bombarde accompagné du bagad de quimper, je ne comprend pas que personne y a penssé, je me souvien avoir entendu alan stivell a la tele qui plaidai pour la defence et l Economie et la dépendance de la bretagne.

  3. phil29 - 8 novembre 2013

    alors alan stp vas souffler dans ta bombarde même un seul morceau qui donnera du cœur et de l ouvrage a nos copain bretons vive l indépendance de la Bretagne allez y les bretons mettez en un bon coup.

  4. breizhoo - 8 novembre 2013

    Heu, les sœur Goadec sont plus là et pour cause, ma copine de 81 ans, Louise Ebrel est la fille d'Eugénie..... Sinon, le 30 Novembre, grande, voir ENORME manifestation des bonnets rouges. Grace à l'annonce de ce soir de JM Ayrault et ses milliards d'€uros.....pour Marseille. Le breton doit t'il se fournir en Kalashnikov pour être entendu. Que le breton est ultra violent......il a brulé 21 radars, Ô ma doué, tabéniguet !

  5. phil29 - 9 novembre 2013

    moi j ai mangé des crepes a ti picouz avec les freres morvan un tres bon souvenirs en 1996 c est vrais que donnes des millions au grandes villes comme marseilles ou paris ou la delacance est au top et au contraire de sauver des emploi en bretagne on donne rien on suprime alors qu il y a pas de delincance, c est quand meme une belle regions la bretagne et j espere que on aura pas tout ses personnes qui brule tout et voles tout dans les banlieux de paris

  6. phil29 - 9 novembre 2013

    car si il vienne foutre la merde en bretagne a mon avis ils repartiron plus vite qu il le pense dans leurs zup caar les bretons sont pas des personnage a ce laissez enmerdez par des zoulou

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