Les grands débats de la campagne

Une semaine marquée par la forte poussée de François Bayrou et par l'annonce officielle du départ de Chirac après douze ans au pouvoir.

Lyon Capitale : "Le départ de Jacques Chirac..."

Hélène Geoffroy (PS)  : Il est temps que Chirac prenne sa retraite.

Yvan benedetti (FN) : La seule opportunité de se représenter pour Chirac aurait été des événements extérieurs graves, un conflit avec l'Iran. Il a été très isolé par quelqu'un qui prend beaucoup de place, qui a vampirisé tous ses soutiens et qui a pris à la hussarde la direction de son parti.

Mafoud Galloul (UDF)  : Nous sommes à la fin d'un cycle qui marque une usure des institutions et de ceux qui les incarnent. Le climat actuel démontre la nécessité de passer à une autre période.

René Balme  : Il faut reconnaître la capacité qu'il a eu à résister. En matière internationale, Chirac c'est un grand homme ! Et je suis pourtant un anti-libéral de gauche. Si on n'avait pas eu Jacques Chirac, on serait aujourd'hui dans le bourbier de la guerre en Irak.

Hélène Geoffroy (PS)  : C'est à mettre à son crédit. Et j'imagine que ça n'a pas dû être simple de dire non à la première puissance mondiale.
René Balme (Bové) : Il s'est inscrit dans la grande tradition gaulliste.

Hélène Geoffroy (PS) : Dans la tradition d'une France qui a sa parole propre et autonome.

F-N Buffet (UMP)  : Chirac est respecté et écouté. Actuellement, ce serait le seul capable de gérer une crise grave.

"Un bilan riquiqui ?"

René Balme  : Alors là c'est une catastrophe ! Comme chaque fois qu'on a un président et un gouvernement de droite qui appliquent une politique de droite soumise et inféodée à l'OMC. La gauche, elle, a adapté le libéralisme un peu plus en douceur...

Hélène Geoffroy : Je ne vais pas être complètement de cet avis !

René Balme  : Pourtant, d'un côté il y a bien le social-libéralisme que vous représentez et, de l'autre, le libéralisme dur que représente l'UMP.

François-Noël Buffet  : L'histoire montrera que Chirac a été celui qui a fait avancer les textes de loi les plus importants par exemple les deux lois sur le handicap de 1974 et 2006. Il y a la reconnaissance de la responsabilité de l'Etat français au Vel'd'hiv'. Pour toutes les causes qui touchent à l'humain, il a été présent. Et sur le plan économique, franchement, ça n'a pas été un acharné du libéralisme. Attaché à la liberté d'entreprise, il s'est montré profondément modéré. D'ailleurs, c'est lui qui a été à l'origine de l'ANPE et des grandes lois sociales. Le livre de Pierre Péan est révélateur là-dessus.

Y. Benedetti (FN)  : Pour nous, Chirac c'est un homme de gauche revendiqué, avec des engagements de jeunesse qu'il n'a jamais condamné. Il a été compagnon de route du parti communiste.

Hélène Geoffroy  : Il a bien caché son jeu depuis ! (rires)

Y. Benedetti (FN) : C'est le président de la République le mieux élu au second tour mais avec le plus petit score du premier tour. Il a tout dit et son contraire, je vous renvoie au film de Karl Zéro. C'est ubuesque ! Et puis son quinquennat a été marqué par le non du peuple au referendum de 2005 alors qu'il menait le oui. Son quinquennat a aussi été marqué par des manifestations violentes. Ça me paraît difficile de faire son éloge aujourd'hui, je suis désolé.

M. Galloul  : Sur le plan intérieur, il a montré de réelles qualités d'anticipation. En politique intérieure, la fracture sociale s'est maintenue. Sur la question sociale, c'est un échec. Les politiques UMP ont été dogmatiques, théoriques, néolibérales.

Hélène Geoffroy  : Ses douze ans correspondent à mon entrée en politique. 12 ans après, ce n'est plus une fracture mais un abîme. Et puis, il a contribué à déconsidérer la politique, l'engagement et le poids de la parole politique. On en souffre, surtout dans nos villes.

François-Noël Buffet  : Il n'a pas été tout seul pendant 12 ans !

René Balme : C'est vrai que le PS l'a beaucoup aidé ! (rires) Ce qui est grave depuis 81, c'est qu'on a jamais eu des votes d'adhésion mais des votes protestataires, contestataires. Dans une démocratie, c'est très grave.

"Bayrou va-t-il manger Ségolène ?"

Hélène Geoffroy : "Réunissons les gens de bonne volonté pour traiter les problèmes"... Je conçois que ce discours puisse passer. Mais Bayrou est de droite. Et on voit bien l'adhésion qui acccompagne Ségolène Royal comme à Vaulx-en-Velin, accueillie avec la chaleur des lycéens des femmes. Elle incarne cette proximité que l'on brocarde beaucoup mais dont on a besoin. Franchement, pas de panique, je serais surprise que François Bayou dépasse Ségolène Royal, ça ne correspond pas à ce que je suis en train de vivre.

François-Noël Buffet  : L'existence de François Bayou ne tient qu'à la faiblesse du parti socialiste. Depuis que les Français se sont rendus compte de qui était madame Royal, elle décroche dans les sondages.

René Balme  : C'est une inquiétude parce que les Français ont droit à un vrai débat entre des gens bien connus pour leur conviction. En 2002, on a été privé d'un débat, il faut l'avoir.

Hélène Geoffroy  : François Bayrou prend des électeurs à droite, ceux qui sont effrayés par la politique libérale proposée par Sarkozy. Bayrou rassure une partie de l'électorat de droite inquiet de voir se perdre les valeurs gaullistes.

"Le FN inquiet de la montée de Bayrou ?"

Y. Benedetti  : Si on est inquiet aujourd'hui c'est pour la collecte des signatures.

R. Balme  : Il y a 37 000 maires, ce serait un scandale démocratique que les petits candidats n'obtiennent pas 500 signatures.

Y. Benedetti : Bayrou a une démarche parallèle au FN. Il apparaît comme un homme courageux qui a refusé de passer sous les fourches caudines de l'UMP. Si on lève le nez du guidon des sondages, on voit qu'une grande partie des Français ne sont pas sûrs de leur vote, excepté pour Jean-Marie Le Pen qui représente le non à la constitution européenne. Voler le débat, ce serait un second tour avec des candidats ayant tous voté "oui" à la constitution européenne.

R. Balme  : Je ne peux pas laisser dire que le FN représente le non au traité constitutionnel. C'est un hold-up. Il y a eu le non des gaullistes, des anti-libéraux, des socialistes, etc. (...) En ce qui concerne François Bayrou, tout ce qui divise les libéraux me réjouit. Bayrou monte parce que les Français en ont marre de la bipolarisation et de la surmédiatisation de certains candidats, notamment Sarkozy sans parler du phénomène Royal.

H. Geoffroy  : Pourquoi "phénomène" ?

R. Balme  : On le sait très bien, c'est un phénomène qui a été monté de toutes pièces. Ségolène Royal, c'est un phénomène médiatique, ce n'est pas un phénomène politique.

H. Geoffroy : Dire ça en cette journée de la femme !

R. Balme : François Bayrou qui est un homme de droite représente également le terrain. Il parle la langue de tous les jours, la langue des gens. Comme José Bové, Marie-Georges Buffet et un certain nombre de petits élus au contact de la population, il sait de quoi il parle. Dans les staffs des grands partis, on ne met pas souvent les pieds dans les cités ou les campagnes !

"Sarkozy menaçé ?"

F-N Buffet  : Monsieur Bayou ne propose rien qui puisse fonctionner ! C'est un leurre ! Il a été contre le parti unique entre la droite et le centre et il veut faire un parti unique droite-gauche. Le fonctionnement démocratique nécessite une opposition et une majorité. Autrement vous nourrissez les extrêmes !

H. Geoffroy  : Oui, Bayrou c'est un leurre. On est dans quelque chose qui ne s'affirme pas.

M. Galloul  : On nous dit : il faut un vrai débat droite-gauche. Mais on est en pleine idéologie ! La réalité c'est que la gauche et la droite se sont succédés au pouvoir depuis 25 ans. Et si nous assistons a la montée de l'abstentionnisme et du vote protestataire, ça vient d'un profond malaise. Les Français ne veulent plus être prisonniers de machines politiques professionnelles qui s'auto-reproduisent. On le voit et on le verra lors du renouvellement des candidatures aux législatives et des équipes municipales. Je crois qu'on est au bout du rouleau, dans une fin de cycle.

"Le FN paraît faible"

Y. Benedetti (FN)  : Nous ne sommes qu'en pré-campagne. La barre du passage au second tour sera autour de 20 %. Les 4 candidats se retrouveront dans un mouchoir de poche et je ne serais pas étonné qu'il y ait un nouveau tremblement de terre, avec le Pen en tête au 1er tour.

"Qui sont les nouveaux inscrits ?"

H. Geoffroy : Il y a un taux important de nouvelles inscriptions dans nos villes. 30 % à Vaulx, parfois + 80 % dans certaines villes de la banlieue parisienne. L'envie et la volonté sont là. Les jeunes veulent que leurs voix soient entendues.

R. Balme : A Grigny, on a plus de 600 inscriptions supplémentaires fin décembre sur 4 000 électeurs et 9 000 habitants. C'est le plus fort taux d'inscription que j'ai connu en 30 ans de mandat. C'est énorme ! Et ça ne concerne pas que les jeunes. Ça concerne toutes les tranches d'âges.

H. Geoffroy : Je confirme, il n'y a pas que des jeunes.

F-N Buffet : A Oullins, on a eu 2 876 nouvelles inscriptions sur un corps électoral de 16 800 et là aussi toutes catégories professionnelles et tous âges. Ce qui me frappe le plus, c'est que des gens qui ne votaient pas se sont inscrits pour la première fois sur les listes. Les gens ont envie de participer aux débats.

R. Balme : 2002 a été un électrochoc et ils ne veulent pas renouveler l'expérience.

M. Galloul  : Les associations depuis deux ans ont fait campagne pour les inscriptions, c'est une bonne nouvelle pour la démocratie. L'augmentation est de l'ordre de 20 % dans le Grand Lyon. Il y a là un levier nouveau.

Y. Benedetti : Les gens se sont aperçus que voter, ça peut servir à ébranler le système comme lors du referendum sur l'Europe.

"Les candidats et les banlieues"

H. Geoffroy : Sarkozy n'arrive pas à organiser une rencontre. Royal en est à sa 5e.

R. Balme  : Le seul qui visite les banlieues sans escorte policière, c'est José Bové comme à Vaulx !

Galloul : Quand on karchérise et stigmatise à tour de bras pour récupérer quelques voix, on allume un feu qu'on a du mal à éteindre. Bayrou séduit : en banlieue, il n'est ni hué, ni sifflé parce qu'il est très franc en nommant les problèmes : l'emploi, l'enseignement. Il menace les élus en place qui se réveillent tous les six ans.

R. Balme : Je ne peux pas laisser dire ça !

Galloul : Les élus qui ont bien travaillé n'auront pas de problème !

R. Balme  : A Grigny, on peut se vanter d'avoir mis en place la vraie démocratie participative, je dis bien la vraie. Je crois que c'est unique en france. Cette année l'enveloppe budgétaire votée par les gens était de 1, 3 millions d'euros, plus de 50 % du budget d'investissement.

H. Geoffroy : Quand Segolène Royal parle de jurys populaires, ça a pu faire sourire...

F-N Buffet : C'est une proposition populiste. C'est un gadget politique d'élus qui n'ont plus rien à proposer.

R. Balme  : Venez à la prépararation du budget participatif de Grigny, vous verrez que ce n'est pas du gadget du tout. Moi je suis favorable à ce qu'on intègre une part de démocratie participative rendue obligatoire par la constitution.

M. Galloul : Le parti socialiste et Ségolène Royal sont pris d'une fièvre participationniste qui m'étonne parce que je ne l'ai jamais constaté avant. Leurs rapports aux associations me semble aussi népotique que dans les républiques bananières. J'en ai de nombreux exemples, Dans beaucoup de villes socialistes, j'ai vu la nomenklatura, des associations totalement instrumentalisées, le népotisme ! J'ai vu les actions de faveur pour les amis. Je n'y ai pas vraiment vu la pratique de la rénovation participative. Je dis ça en tant qu'UDF, en tant que citoyen et en tant que représentant de Démocratie et diversité.

"Sur les propos de Raymond Barre"

R. Balme : Il a défendu Papon et Gollnisch. Je mets ça sur le compte de l'âge.

H. Geoffroy : Pareil.

Y. Benedetti : C'est un peu facile de parler de gâtisme ! Quand Raymond Barre était moins âgé, il a fait l'apologie de travail, famille, patrie, le slogan du maréchal Pétain. Disons que la parole est plus libre parce qu'il n'a plus de mandat.

M. Galloul : Au-delà des propos antisémites, je voudrais dire que, contrairement à ce que dit monsieur Barre, Papon n'a pas été "un grand commis de de l'Etat" : il a été un exécuteur de basses besognes. Un grand commis de l'Etat ne commande pas des assassinats massifs - entre 200 et 500 jettés dans la Seine. Je parle de Charonne et de la journée du 17 octobre 1961, des ratonades et des noyés dans la Seine.

F-N. Buffet : La justice de notre pays au nom du peuple français a condamné Papon pour crime contre l'humanité...

Y. Benedetti  : En tordant le droit ! Ça été un acte politique !

F-N. Buffet reprend : ... Cela suffit à définir la gravité de son action. C'est tout. Il n'y a pas de réhabilitation à faire. Je suis profondément choqué par les propos de Raymond Barre.
Y. Benedetti : Alors pourquoi Papon a-t-il eu des responsabilités dans votre parti ? C'est facile aujourd'hui d'ouvrir le parapluie !

F-N. Buffet  : Je suis né en 1963. Je fais de la politique en fonction de mes convictions profondes et j'estime que je n'ai pas la responsabilité de ce que vous dites. Dans le temps qui s'impose à moi, cet homme a été condamné pour ces faits-là et les propos de Raymond Barre sont choquants.

M. Galloul : C'est dommage pour son image.

Y. Benedetti  : Mais pas pour la liberté d'expression !

F-N. Buffet : La liberté d'expression, ce n'est pas dire n'importe quoi.

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