Christian Estrosi
© PHOTOPQR/LE DAUPHINE / Vincent OLLIVIER

Christian Estrosi, la “préférence locale” et l’ardoise de Risoul

Impossible de consulter le site de L’Express sans être assailli par la publicité : Gagnez 3 semaines de ski à Risoul 1850, la plus intime des grandes stations.” Or, Risoul est dans le collimateur de la chambre régionale des comptes. À l’instar d’Altice, la holding de Patrick Drahi, propriétaire de L’Express, la station atteint en effet une dette vertigineuse et les experts de la comptabilité publique tirent la sonnette d’alarme, qui évoquent “la persistance d’une capacité d’autofinancement nette négative, qui attire l’attention”.

Christian ESTROSI inaugure le local de Roger DIDIER à Gap

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En examinant les comptes des exercices 2009 et suivants de Risoul, la chambre régionale des comptes a alerté sur la situation financière de la commune, particulièrement dégradée, en conséquence “d’un endettement démesuré, totalement disproportionné par rapport à ses ressources propres”.

Dès l’origine de la station, il y a plus de quarante ans, la réalisation et la gestion des remontées mécaniques et des résidences de tourisme ont été concédées à un groupe privé. Ainsi, les SAS Sermont (exploitant des remontées mécaniques) et Sara (aménageur de la station) en ont assumé l’exploitation, jusqu’à leur redressement, puis leur liquidation judiciaire*.

Après que les comptes ont été bloqués à la demande du trésorier-payeur-général, Risoul ne percevait plus de redevances et ne pouvait donc plus rembourser les emprunts effectués par la commune pour investir sur le domaine skiable. Bertrand Boillon, le PDG de Sermont et Sara, a été révoqué.

Au-delà de la mauvaise gestion, le maire, Max Brémond (Les Républicains), se fâchait tout rouge et accusait publiquement Bertrand Boillon de “détournement de fonds, puisqu’il s’est servi de l’argent de la Sermont pour investir dans l’immobilier aux Orres, à Vars, à Puy-Saint-Vincent et à Serre-Chevalier”.

Depuis 1993, la station de Risoul était administrée par le groupe Valmont (qui a repris les droits et obligations de 1974 de la Société foncière de la vallée des Allues), dont Sermont n’était qu’une filiale : il laissera au total une ardoise de 30 millions d’euros à la petite commune de 697 habitants, à régler dans le cadre d’une convention de financement.

Ajoutons que la commune de Risoul s’était portée caution de certains engagements de la Sermont, ce qui pose la question de la nature des relations entre la commune et l’exploitant.

Du détournement de fonds” au simple retard” de paiement

Risoul, des pistes qui donnent le vertige ()

Risoul, des pistes qui donnent le vertige

Dans son rapport rendu public début juillet, la chambre régionale des comptes (CRC) a effectivement relevé que “la prise en charge par la commune des équipements destinés aux remontées mécaniques l’a conduite à une situation de surendettement, dans un contexte d’opacité et d’ambiguïté des comptes, dont le concessionnaire semble avoir pris son parti”.

Après avoir bombé le torse, le maire a donc balayé la position de la CRC et s’est soudainement fait très clément. “La Sermont a toujours remboursé à la commune les emprunts jusqu’en 2012”, affirme-t-il désormais, ajoutant : “Erreur de gestion ? Non. On sentait qu’il y avait une dérive dans le fonctionnement de la Sermont mais elle honorait son engagement financier, certes avec du retard.”

Qui va payer l’ardoise ? La totalité des sommes dues à la commune sera-t-elle réglée et dans quelles conditions ? Ramené par habitant, le coût est d’environ 44 000 euros. Quid du “détournement de fonds” massif évoqué par Max Brémond lui-même il y a deux ans ? Le revirement du maire ne laisse pas d’interroger, d’autant qu’au lieu de se retourner contre l’exploitant indélicat la commune a assuré, de façon continue, comme le relève la chambre régionale des comptes, “tous les risques de gestion, les charges d’emprunts et la réalisation des équipements, à la place de son délégataire qui est demeuré son partenaire depuis l’origine de la station”.

Par conséquent, rien d’aigu dans la situation, mais seulement une accumulation chronique de dettes, sans commune mesure avec les capacités de remboursement de Risoul, que Max Brémond ne pouvait ignorer. Interrogé par la presse locale, le maire a assuré ne pas avoir agi “parce que c’était trop risqué financièrement de casser la délégation de service public”.

Toujours est-il que ce dernier – et sa gestion du risque – viennent d’être récompensés avec éclat par Christian Estrosi, en déplacement hier dans les Hautes-Alpes pour adouber son équipe pour les élections régionales. Un ticket départemental déjà annoncé mercredi dernier, composé de cinq maires, dont Max Brémond, par ailleurs président de la communauté de communes du Guillestrois. Cinq maires pour “une offre qui n’est pas faite par des commentateurs mais par des acteurs”, dixit Christian Estrosi.

Et l’édile de Nice de vanter hier “un small business act régional” et d’expliquer avoir réussi, dans sa commune, à ce que 75 % de la commande publique reviennent à des entreprises locales. Notons que la mesure phare de son programme pour “nos montagnes” consiste en la “création d'un service dédié à l'accompagnement des stations de ski en lien avec les autorités environnementales pour le développement des projets structurants”.

Un poste sur mesure pour Max Brémond, maire de “la plus intime des grandes stations” ? Encore une fois, ce serait, comme qui dirait Altice au pays des merveilles

* En juin 2013, c’est le groupe LabelleMontagne qui a repris Risoul en délégation de service public (DSP). Groupe à capitaux familiaux, LabelleMontagne gère une douzaine de stations dans les Vosges, en Savoie, en Haute-Savoie, dans les Hautes-Alpes et dans le Piémont (Italie) et a réalisé un chiffre d’affaires annuel de 70 millions d’euros.
Le groupe Valmont devait 30 millions d’euros à la commune de Risoul, laquelle a avancé le financement des remontées mécaniques. En année normale, le groupe réalisait une dizaine de millions d’euros de chiffre d’affaires, dégageant 1 million de résultat qui servait à financer le déficit structurel de la société d’exploitation immobilière Sara, qui gérait plus de 3 000 lits sur les 20 000 que compte la station.
Pour éviter la faillite, Christian Jollin, fondateur de la station et principal actionnaire de la holding Valmont, qui coiffe les deux sociétés d’aménagement, avait remis plusieurs millions d’euros sur la table. La moitié des effectifs de Sara avait été licencié et une cinquantaine de baux résiliés. Un accord “de conciliation” avait été trouvé : “Nous voulons mettre la société dans la meilleure configuration possible pour la céder après la saison, au terme de la période de continuation d’un an accordée par le tribunal de commerce de Paris”, avait expliqué alors l’administrateur judiciaire.
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