Kathie Werquin-Wattebled est directrice régionale Auvergne-Rhône-Alpes de la Banque de France.
Kathie Werquin-Wattebled est directrice régionale Auvergne-Rhône-Alpes de la Banque de France.

"On s'oriente peut-être vers une baisse des taux en 2024" (vidéo)

Kathie Werquin-Wattebled est directrice régionale Auvergne-Rhône-Alpes de la Banque de France. Conjoncture économique, inflation, hausse des taux, croissance... l'experte répond à nos questions dans l'émission "6 Minutes Chrono".

Sur la croissance, la directrice régionale AURA explique : "Alors c'est vrai qu'après une année 2023 qui n'a pas été un grand millésime, on va être sur une croissance de 0,8% ou 0,9%, même si décembre était un petit peu meilleur que ce que l'on pensait, on vient de sortir les résultats. On s'attend à une année 2024 un peu en demi-teinte sur la même tonalité que 2023, c'est-à-dire autour de 0,9% de croissance. Donc voilà, ce n'est pas une récession, c'est un soft landing en bon français."

Sur le thème des taux de crédit, l'économiste se veut rassurante pour l'année 2024 bien qu'elle demeure prudente : "Pour tout vous dire, je ne vais pas me prononcer à la place de mon gouverneur, Christine Lagarde, et du conseil des gouverneurs qui se réunissent toutes les six semaines pour décider du niveau des taux. Alors c'est vrai, comme vous le disiez, on a remonté des taux de manière très rapide ces 18 derniers mois, ces deux dernières années, avec une remontée de 450 points de base, je parle bien des taux directeurs aux banques centrales, entre juillet 2022 et septembre 2023. C'est historique, en rapidité de remonter des taux. Je ne vous cache pas qu'on s'oriente plutôt sur un plateau, parce qu'on a déjà beaucoup fait, on s'oriente plutôt sur un plateau, voire peut-être, si tout va bien, une baisse des taux en 2024."

Plus de détails dans la vidéo.


Eloi Thiboud : Bonjour à tous, bienvenue dans l'émission 6 Minutes Chrono, le rendez-vous quotidien de la rédaction de Lyon Capitale. Aujourd'hui, on va parler inflation, conjoncture économique avec Kathie Werquin-Wattebled qui est directrice régionale Auvergne-Rhône-Alpes de la Banque de France. Bonjour Kathie Werquin-Wattebled. On va rentrer dans le vif du sujet. Comment se profile 2024 au niveau de la conjoncture économique de manière générale ? 

Kathie Werquin-Wattebled : Alors c'est vrai qu'après une année 2023 qui n'a pas été un grand millésime, on va être sur une croissance de 0,8% ou 0,9%, même si décembre était un petit peu meilleur que ce que l'on pensait, on vient de sortir les résultats. On s'attend à une année 2024 un peu en demi-teinte sur la même tonalité que 2023, c'est-à-dire autour de 0,9% de croissance. Donc voilà, ce n'est pas une récession, c'est un soft landing en bon français. 

C'est plus faible que la moyenne décennale. Enfin, par rapport aux années ordinaires, on est un petit peu en dessous, c'est ça ?  


Oui, alors c'est vrai qu'on est beaucoup plus confort quand on a une croissance entre 1,5% ou 2%. C'est vrai que c'est un petit peu faible, mais c'est plutôt mieux que ce que l'on aurait pu craindre vu le contexte de remontée des taux que l'on a opéré ces 18 derniers mois. 

Alors, j'allais vous demander justement, c'est une superbe transition, est-ce qu'on va encore vers une hausse des taux ? 2023 a été marquée par des hausses très rapides, très fortes, et c'est surtout ce décalage qui a eu un impact dans l'économie. Est-ce qu'en 2024, on risque encore d'avoir ces hausses ? 

Pour tout vous dire, je ne vais pas me prononcer à la place de mon gouverneur, Christine Lagarde, et du conseil des gouverneurs qui se réunissent toutes les six semaines pour décider du niveau des taux. Alors c'est vrai, comme vous le disiez, on a remonté des taux de manière très rapide ces 18 derniers mois, ces deux dernières années, avec une remontée de 450 points de base, je parle bien des taux directeurs aux banques centrales, entre juillet 2022 et septembre 2023. C'est historique, en rapidité de remonter des taux. Je ne vous cache pas qu'on s'oriente plutôt sur un plateau, parce qu'on a déjà beaucoup fait, on s'oriente plutôt sur un plateau, voire peut-être, si tout va bien, une baisse des taux en 2024. 

D'accord, c'est à prendre avec des pincettes, mais du moins peut-être des bonnes nouvelles. Justement, c'est cette hypothèse positive, finalement, parce qu'est-ce qu'on peut le rappeler, la hausse des taux, le but à la fin, c'est tout de même de juguler l'inflation. Est-ce qu'on y est parvenu aujourd'hui à restreindre cette hausse des prix de manière générale ? 

Alors on n'y est pas encore complètement, puisque effectivement, comme vous le disiez, notre combat à nous, notre mandat, notre engagement, c'est pas seulement un mandat, on s'est engagé à ramener l'inflation autour de 2% en moyenne, à moyen terme, à l'horizon 2025. Donc je dirai que l’on est sur le chemin. On a passé le pic au premier semestre 2023, c'était un pic historique en termes d'inflation, au niveau européen comme en France. Aujourd'hui, on a quasiment divisé par deux le niveau d'inflation, si on regarde l'inflation de décembre. Il y a toujours l'inflation selon l'INSEE ou selon l'IPCH au niveau européen. Mais en gros, on est divisé par deux et même au niveau européen, on est divisé par trois. Donc on est sur le chemin, on est sur une bonne pente. Et donc notre engagement, c'est de ramener l'inflation en 2025, peut-être début 2025, autour de 2%. 

D'accord, donc d'ici 2025. J'aimerais qu'on parle un petit peu d'immobilier aussi, de logement. C'est à peu près un tiers du pouvoir d'achat, des ménages, des revenus des ménages, qui du moins est dépensé dans le logement. On a beaucoup parlé de cette hausse des taux qui aurait empêché l'accès au crédit, au crédit immobilier pour emprunter et devenir propriétaire. Voilà, est-ce que les volumes de crédit se sont effondrés comme on l'entend souvent ? On en avait discuté avant l'émission. Souvent, on dit que les banquiers ne prêtent plus. Est-ce que c'est vraiment le cas ? 

Alors moi, un banquier qui ne prête pas, je ne sais pas ce qu'il fait dans la vie. C'est quand même le métier du banquier de collecter des dépôts et de prêter, notamment du crédit immobilier. Alors oui, effectivement, le niveau de crédit immobilier est très faible. On a un niveau aussi historiquement faible. Les derniers chiffres parlent de 8,7 milliards sur le mois de novembre. C'est un petit peu décevant par rapport à une moyenne qui serait plutôt au-delà de 10 milliards. Ceci dit, on ne peut pas dire que le crédit s'est complètement effondré. Et on a quand même plutôt les prémices d'un redémarrage des crédits immobiliers, une fois passé un peu le temps où finalement les particuliers ont dû absorber, même psychologiquement, cette hausse des taux. On s'était un petit peu habitué, du 20 ans, du 25 ans, à des taux extrêmement bas, peut-être anormalement bas. On s'y était tellement bien habitué qu'on a eu du mal à digérer le fait que les taux fassent fois 3, voire quasiment fois 4. Même si dans l'absolu, les taux d'intérêt ne sont pas très gênants pour se financer, mais c'est juste que le mental a un peu intégré des taux beaucoup plus bas. 

D'accord, donc il y a une part aussi de crainte qui n'est pas forcément fondée, si je vous entends bien ?

Oui, carrément autour de moi, j'entends souvent les gens qui me disent mais on ne prête plus, les banquiers ne prêtent plus, les banquiers ne prêtent plus aux primo-accédants. Dans les faits, c'est faux. 8,7 milliards, c'est pas assez, mais c'est quand même pas rien. 

D'accord. J'aimerais bien qu'on parle aussi un petit peu des causes de l'inflation. Aujourd'hui, dans le débat public, il y a deux visions qui s'affrontent. D'un côté, l'inflation serait due à une inflation importée, c'est-à-dire à cause de la guerre en Ukraine, à cause de la crise sanitaire, ses répercussions, la hausse de l'énergie. Et une autre vision qui dirait que voilà, c'est aussi dû à la hausse des profits, des bénéfices des entreprises, je pense à l'énergie, mais aussi à l'agroalimentaire. Voilà, des sujets qui concernent vraiment concrètement nos concitoyens. Qu'en est-il à la Banque de France sur cette vision ? 

Oui, alors en fait, il y a eu deux temps dans l'inflation qu'on a connue. Il y a eu un premier temps qui ne nous avait pas vraiment inquiété. On se disait effectivement que c'était temporaire. On avait un input externe avec l'impact énergétique lié au regain de la demande post crise sanitaire. Et puis effectivement, je dirais le dérèglement des circuits et du fonctionnement du marché de l'énergie. Et puis, on a eu un deuxième temps où là, effectivement, on a eu des effets de second tour. Et c'est là où ça nous a un peu inquiété, nous, en tant que Banque centrale. On s'est bien rendu compte que finalement, une inflation temporaire qui dure, ce n'est plus une inflation temporaire. Là, on avait des effets de second tour. Et les effets de second tour dont vous parlez, c'est le fait que les entreprises, bien sûr, se sont pris un choc au niveau du coût de leurs intrants et ont commencé à le répercuter dans les prix des biens manufacturés, mais aussi dans les services, puisque évidemment, les particuliers, les salariés ont commencé à négocier des hausses de salaire. Et donc effectivement, on a bien vu qu'il y avait des effets de second tour qui avaient démarré. Donc nous, en tant que Banque centrale, c'est pour ça qu'on a pris des mesures fortes, historiquement fortes, de remonter les taux pour éviter finalement que l'inflation s'embarque un peu comme un cheval au galop. Et après, plus c'est loin, plus c'est long, plus c'est dur finalement à réduire l'inflation, d'où nos mesures énergiques que l'on a mis en place en termes de remontée des taux. 

Très bien. Merci beaucoup Kathie Werquin-Wattebled. C'est déjà la fin des 6 minutes chrono. C'est trop court. Merci d'être venu sur notre plateau. Et quant à vous, je vous remercie d'avoir suivi cette émission. Vous pouvez retrouver plus de détails et plus d'analyses sur le site lyoncapitale.fr. Je vous dis à très bientôt.  

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