Romain Muller, de la CGT Éduc’Action 69, était le sur le plateau de l'émission "6 Minutes Chrono" de Lyon Capitale.
Romain Muller, de la CGT Éduc’Action 69, était le sur le plateau de l’émission « 6 Minutes Chrono » de Lyon Capitale.

"Choc des savoirs" : pourquoi les enseignants se mettent en grève ? (vidéo)

Romain Muller, de la CGT Éduc’Action 69, était le sur le plateau de l'émission "6 Minutes Chrono" de Lyon Capitale pour expliquer les raisons de l'opposition d'une partie des professeurs de l'agglomération lyonnaise contre la réforme du "choc des savoirs" du gouvernement, occasionnant une grève ce lundi 29 et mardi 30 avril dans plusieurs collèges et lycées.

La principale mesure visée par les syndicats est la mise en place de groupes de niveaux au sein des classes de collégiens. Romain Muller explique : "Ces groupes de niveaux, le gouvernement prétend que ça permet d'élever le niveau. En réalité, ça permet d'élever le niveau d'un petit nombre d'élèves au détriment des autres. Toutes les études de sociologie de l'éducation depuis des décennies ont bien montré que les élèves, si on les étiquette comme des mauvais élèves et qu'on les rassemble comme mauvais élèves ensembles, ça a plutôt tendance à les tirer vers le bas. Raison pour laquelle c'est interdit, par exemple, de faire des classes de niveau des gens."

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Il développe aussi que "des logiques de tri, qui peuvent avoir déjà lieu à partir de la troisième au moment de l'orientation au lycée, seront maintenant beaucoup plus tôt. Et donc beaucoup plus tôt, ça veut dire avec un plus fort déterminisme social. Ça veut dire que ça va dépendre de la socialisation, donc de l'éducation des parents. Et donc, selon la classe sociale dans laquelle on est, on aura d'autant plus de chances d'être mis dans un groupe performant et donc de pouvoir accéder après au lycée. Puisque dans cette réforme, il est aussi prévu qu’ il faille maintenant le brevet pour accéder au lycée, ce qui n'était pas le cas jusque-là. "

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Bonjour à tous, bienvenue dans l'émission “6 minutes chrono”, le rendez-vous quotidien de la rédaction de Lyon Capitale. C'est une semaine de rentrée cette semaine et les personnels du collège et du lycée sont appelés à la grève pour s'opposer à la réforme du choc des savoirs. De nombreux établissements de l'agglomération de Lyon sont concernés. La réforme, on le rappelle, a été portée par l'ex-ministre de l'éducation, Gabriel Attal, aujourd'hui Premier ministre. Et elle vise à répartir les élèves par groupe de niveaux. C'est une réforme qui pourrait s'appliquer dès septembre et avec pour objectif annoncé d’élever le niveau général, je cite Gabriel Attal. Pour en parler, nous recevons Romain Muller qui est de la CGT Éduc’Action 69. Bonjour Romain Muller. Merci d'être venu sur notre plateau. On va rentrer un peu dans le vif du sujet. Sur le fond, pourquoi, pour vous, cette réforme du choc des savoirs des groupes de niveaux, n’est pas une bonne idée?  

Ces groupes de niveaux, le gouvernement prétend que ça permet d'élever le niveau. En réalité, ça permet d'élever le niveau d'un petit nombre d'élèves au détriment des autres. Toutes les études de sociologie de l'éducation depuis des décennies ont bien montré que les élèves, si on les étiquette comme des mauvais élèves et qu'on les rassemble comme mauvais élèves ensembles, ça a plutôt tendance à les tirer vers le bas. Raison pour laquelle c'est interdit, par exemple, de faire des classes de niveau des gens.  

Et donc derrière, ce serait aussi un moyen de faire le tri ? C'est-à-dire un blocage pour le baccalauréat, on en parlait avant l'émission. Il y a aussi ça derrière comme enjeu ?  

Tout à fait. Des logiques de tri, qui peuvent avoir déjà lieu à partir de la troisième au moment de l'orientation au lycée, seront maintenant beaucoup plus tôt. Et donc beaucoup plus tôt, ça veut dire avec un beaucoup plus fort déterminisme social. Ça veut dire que ça va dépendre de la socialisation, donc de l'éducation des parents. Et donc, selon la classe sociale dans laquelle on est, on aura d'autant plus de chances d'être mis dans un groupe performant et donc de pouvoir accéder après au lycée. Puisque dans cette réforme, il est aussi prévu qu’ il faille maintenant le brevet pour accéder au lycée, ce qui n'était pas le cas jusque-là.  

D'accord, oui, ça va avec. Et donc, ça réduirait la probabilité des élèves qui sont dans les groupes plus faibles, d'accéder au brevet et donc au lycée général derrière. Voilà. Et aussi, je crois que sur un plan logistique, ça pose problème parce que ça nécessite beaucoup de moyens, des problèmes de personnel, aussi de professeurs. Comment ça se passe ? Quels sont les problèmes de ce côté-là ?  

Il est prévu, pour les sixièmes et les cinquièmes, qu'en français et en maths, il y ait plus de groupes que de classes. Ce qui veut dire que toutes les classes vont devoir avoir en même temps les cours de français et de maths. Et donc, à partir de là, il va falloir d'autant plus de profs puisque tous les profs vont avoir cours en même temps. Donc, s'il y a six groupes, il faut six profs nécessairement. Là où avant, on pouvait, selon les emplois du temps, jouer pour faire en sorte que trois profs fassent pour cinq classes, par exemple. Et donc, ça fait qu'il va manquer énormément de moyens. Dans l'Académie de Lyon, par exemple, il manque d'ores et déjà pour l'année prochaine 150 profs de français pour pouvoir le mettre en place. Donc, déjà qu'il y a une crise de recrutement pour tout un tas de raisons, notamment du salaire qui est de moins en moins attractif. Mais alors là, on ne voit pas comment ça va pouvoir être mis en place. On sait que l'administration va faire d'autant plus appel à des contractuels. Il est prévu aussi qu'ils fassent appel à des jeunes retraités. Aussi, ce qui est déjà en place dans certaines académies, c'est de faire appel à des professeurs des écoles pour pouvoir enseigner au collège. 

Faire passer des professeurs des écoles au collège, pour pallier le manque de professeurs. Simplement, vous avez dit que les salaires étaient de moins en moins attractifs. On sait aussi que dernièrement, il a été annoncé une hausse du salaire minimum, je crois, des professeurs. Vous ne l'avez pas ressenti ? Ce n'est pas quelque chose qui a été mis en place ? 

Alors non, ce n'est pas du tout une hausse généralisée. Ce qui est prévu, c'est des missions supplémentaires pour pouvoir faire ça. Donc, ça s'apparente plutôt à des heures supplémentaires et pas du tout à une hausse du salaire de base.  

C'était important peut-être de le clarifier. Est-ce que vous pouvez ce que demande votre mouvement de grève qui va s'étirer de ce lundi à mardi ? Quelles sont les principales demandes du mouvement ? 

Alors, ça fait déjà longtemps qu'on est mobilisés. Ça fait depuis le 1er février qu'on est mobilisés contre le choc des savoirs en intersyndicale et puis encore plus dans l'éducation prioritaire, dans l'agglomération de Lyon. Donc, ce qu'on demande, c'est déjà l'abandon de cette réforme, parce qu'elle a donc ces effets délétères de tri social des élèves dont on a parlé. Et en même temps, elle nous force, puisque c'est à moyen constant, à abandonner… Tout un tas de dispositifs qui, eux, permettent aux élèves les plus en difficulté de s'en sortir et de réussir. Donc, c'est des moyens d'aide personnalisée, des moyens de dédoublement de classe qui sont des moyens efficaces, justement, pour permettre aux élèves les plus défavorisés de s'en sortir.  

Sur le fond, en fait, quelles sont les alternatives que vous proposez ? Qu'est-ce qu'il faudrait pour augmenter le niveau général ? Vous en avez un petit peu parlé.  

Oui, alors, rien de très spectaculaire. C'est d'augmenter les moyens et puis surtout de réduire le nombre d'élèves par classe. Ça, c'est vraiment le plus efficace. On voit de plus en plus, surtout dans l'éducation prioritaire, là où il y a normalement des seuils d'élèves qui sont de plus en plus proches de ce seuil, voire que parfois, on les dépasse un petit peu. Nous, ce qu'on demande, c'est que ces seuils d'élèves, que ce soit dans l'éducation prioritaire ou dans le circuit classique, soient réduits le plus possible.  

Et ça permettrait d’élever le niveau général avec plus d’ampleur ?


Oui, ce sont les conditions dont on sait qu'elles permettent aux élèves qui ont le moins de moyens dans leur famille pour l'éducation, de s'en sortir le plus à l'école.  

Est-ce que vous avez bon espoir d'être écouté, aussi ? Voilà, le mouvement n'est pas qu'à Lyon, il est national. On voit qu'il prend de l'ampleur. Ça fait plusieurs mois qu'effectivement, il a été lancé. Et aujourd'hui, peut-être qu'il y a aussi plus de lumière médiatique qui vient dessus. Est-ce que vous avez bon espoir d'être écouté par le gouvernement ou, à minima, les rectorats ?  


Alors, le rectorat, comme le gouvernement, reste droit dans ses bottes en disant qu'ils appliqueront jusqu'au bout. Ils ont déjà reculé sur un certain nombre de sujets. Déjà, ce groupe de niveau ne s'applique plus qu'à la 6e et à la 5e, avec 10 semaines par an pour lesquelles on peut ne pas les faire. On continue de vouloir avancer dans ce sens-là pour vider la réforme de tout son contenu le plus déterministe socialement pour les élèves. Après, on n'a pas d'illusion. On sait bien que le gouvernement va vouloir, de toute façon, montrer qu'il a réussi à faire passer sa réforme, quel qu'en soit le contenu. 

Il y a une guerre de communication, aussi, derrière. Ce sera le mot de la fin. Merci beaucoup, Romain Muller, d'être venu sur notre plateau pour nous expliquer les enjeux et pourquoi, aussi, vous luttez contre la réforme du choc des savoirs. Quant à vous, chers téléspectateurs, merci d'avoir suivi cette émission. Plus d'informations sur la réforme et sur le mouvement de grève, aussi, sur le site lyoncapitale.fr. A très bientôt.  

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