Philippe Barbarin au tribunal le 7 janvier 2019 © Jeff Pachoud / AFP
Philippe Barbarin au tribunal le 7 janvier 2019 © Jeff Pachoud / AFP

Procès Barbarin : “Personne ne pourra plus dire Je n’ai pas compris”

Le procès de l'affaire Barbarin s'est terminé ce jeudi après-midi. Face aux faits, les parties ont développé leurs arguments juridiques. La justice tranchera dans deux mois.

Le délibéré aura lieu le 7 mars. L'audience est levée. Après quatre jours de procès, tout le monde se lève pour la dernière fois. Les avocats des deux parties se félicitent comme il est de coutume. Certains vont voir les clients de la partie adverse. “Quand on n'est pas dans le théâtre, il n'y a pas de raison de ne pas discuter”, se félicite Me Boudot, l'avocat de M.F, une des victimes. M. Barbarin sort par une porte dérobée pour ne pas affronter le mur de caméras à la sortie de la salle C du tribunal de grande instance de Lyon. Il croise la défense des parties civiles. Leur dit quelques mots. Il a l'air plus serein que lundi. “On part d'ici avec des questionnements”, aurait-il confié. Comme tout le monde. Les quatre jours de procès ont été denses. Les parties civiles ont mis des mots sur ce qu'ils ont subi. Longuement. Crûment. Des mots racontés par des hommes de 40 ans qui ressemblent à tout le monde. Des pères de famille “qui ont réussi à se reconstruire”. D'autres qui “ont toujours un problème avec les femmes”.

“L’audience a été très éclairante”

Ce procès va leur servir “personnellement”. “Notamment pour ceux pour lesquels les faits sont prescrits”, confie M.F. Mais aussi parce qu'ils ont pu “exprimer publiquement devant les responsables religieux et faire passer un message à l'Église en général”, ajoute-t-il. De ce point de vue-là, leur objectif est atteint. L'issue du procès, en revanche, est difficile à prévoir. “Sur le plan juridique et la parole, l’audience a été très éclairante parce que aujourd'hui personne ne pourra plus dire “Je n'ai pas compris et je ne savais pas qu'une personne de 40 ans pouvait être enfermée dans ce silence””, ajoute son avocat. C'est ce qu'ils reprochent aux six personnes citées. D'avoir entendu des “rumeurs”, des “informations pas assez précises” – “depuis au moins 2010”, selon les parties civiles – et de n'avoir rien fait. De ne pas avoir informé la justice. Puis d'avoir agi “trop lentement” en 2014 quand Alexandre Hezez avoue tout au cardinal. “C'est là que ce dernier comprend précisément les faits”, certifie Me Luciani. Puis, en janvier 2015. Rome demande de retirer le père Preynat de toute fonction où il aurait un contact avec des enfants “sans scandale public”. Philippe Barbarin s'exécute. Il met fin à son mandat à partir de septembre pour justement ne pas “heurter la paroisse”. Pour ne pas faire de vagues.

“Erreurs de gouvernance”

Pierre-Emmanuel Germain-Thill se dit “scandalisé” par cette défense. “Je suis abasourdi d'entendre parler d'échos, de rumeurs de la part de gens qualifiés à propos de pédophilie, s'exaspère-t-il. “C'est cette chape de plomb, ces gens qui se renvoient la balle”, déclarait Christian Burdet, une des victimes, à la barre. Pour la défense, il s'agit d’“erreurs de gouvernance”, pas de “fautes pénales”. Chaque avocat l'assure, il n'y a pas d'élément intentionnel, “personne n'a eu la volonté d'entraver la justice”. Ils se rangent derrière l'avis de la procureure. “Sur la non-dénonciation, tous les faits de connaissance des comportements de Preynat sont prescrits depuis le 26 février 2013. Sur la non-assistance à personne en péril, elle n'est pas constituée, faute d’élément matériel, donc de péril.”

Exégèse

Les parties civiles ont mis en avant une autre stratégie juridique, en faisant du délit de non-dénonciation une infraction continue et non instantanée, qui s'appliquerait tant que les faits en cause ne sont pas prescrits. “Nous proposons un débat juridique de fond. Les juges décideront, mais, quoi qu'il arrive, même en cas de classement sans suite, les motivations seront intéressantes à regarder”, confie Me Loizzo, l'avocate de Didier Bardiai. Le droit est aride, la défense a tout fait pour qu'il le reste. “Jusqu'où vous demande-t-on d'aller au nom du juste et de l'émotion ? L'émotion ne crée pas le droit et le droit n'a pas à en dépendre”, a imploré Me Luciani en regardant la présidente. Réponse dans deux mois. Les conclusions des parties sont complexes. Aux juges d’en faire leur religion.

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