Philippe Barbarin au tribunal le 7 janvier 2019 © Jeff Pachoud / AFP
Philippe Barbarin au tribunal le 7 janvier 2019 © Jeff Pachoud / AFP

Procès Barbarin : “La plaie ouverte c’est Preynat, la gangrène c’est vous”

Les plaidoiries des parties civiles se sont terminées ce mercredi après-midi avec notamment celle de Me Loizzo, l’avocate de Didier Bardiai, une des victimes du père Preynat. Didier Bardiai était présent pour la première fois depuis le début du procès.

Après la technique, les mots qui frappent. Me Loizzo, l’avocate de Didier Bardiai, a longuement insisté cet après-midi sur la souffrance des victimes. “Ce silence qui n’a pas permis à Alexandre, François, Pierre-Emmanuel, Mathieu, Christian, Laurent, Stéphane, Didier et Didier de faire entrer leurs blessures dans le réel et de les panser. Ce silence qui fait que le mal ronge et ronge encore, au lieu d’être circonscrit par les soins qui pourraient être apportés”, a-t-elle débuté. Un silence comme une plaie béante, gangrenée pour les victimes. “La plaie ouverte, c’est Preynat, mais la gangrène, c’est vous, qui l’avez laissée ouverte des années”, attaque ensuite Me Loizzo. La femme de robe revient longtemps et précisément sur les années d’agressions sexuelles de chacun (lire aussi ici). Puis sur les trente et quarante années qui ont suivi, “ce réel construit par instinct dans lequel cette souffrance n’existe pas”.

“La violence d’un tsunami”

Puis il y a l’été 2015. Chacun apprend différemment, par un ami, par la justice, par la presse, que le père Preynat a été maintenu jusque-là. “Ils ont vu apparaître devant leurs yeux le souvenir intact de ce qu’ils ont vécu il y a trente ou quarante ans, poursuit Me Loizzo. Ça a eu la violence de la vague d’un tsunami, qui part de très loin et met longtemps pour atteindre la terre. Cette vague gonflant avec les kilomètres et le poids des années.”

“Maintenant il est sur la neuvième chaise”

Depuis lundi, ils disent ici leur libération. Didier Bardiai, qui n’était pas encore venu, est présent cet après-midi. “Au début, Didier Bardiai disait ne pas avoir le courage de s’afficher à visage découvert. C’est la première fois aujourd’hui qu’il apparaît. C’est cette neuvième chaise occupée cet après-midi. Avant que le procès démarre, il m’a dit qu’il ne s’en sentait pas capable. Et puis il finit par avoir envie d’être là. Un peu pour lui, un peu aussi pour soutenir les autres. Ce matin, il était là dans le public. Finalement il s’est dit : Je vais me mettre avec eux. Sa femme ne le savait pas. Sa femme ne le sait que depuis quelques heures. Il lui a dit ce matin par téléphone. Maintenant, elle sait. Maintenant, il est sur la neuvième chaise”, raconte l’avocate, des trémolos dans la voix. Didier Bardiai a la tête dans ses mains. Didier Burdet lui prend le poignet.

Parler est au-dessus de leurs forces et rester dans le silence les détruit, poursuit l’avocate. Ils disent que parler c’est le début de leur vie. Mais comment peut-on être en liberté quand on n’est pas en vie ?” Elle conclut en définissant leur préjudice : “Vous qui avez tant supporté, on aurait dû vous décharger de ce poids depuis longtemps. Face à vous, d’autres n’ont pensé qu’à eux. Vous, c’est en pensant aux autres, en pensant à ceux qui peuvent être en danger, que vous avez choisi de mettre ce poids-là sur vos épaules.”

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