Mes Luciani et Soulier entourant Philippe Barbarin au premier jour de son procès – Lyon, 7 janvier 2019 © Jeff Pachoud / AFP
Mes Luciani et Soulier entourant Philippe Barbarin au premier jour de son procès – Lyon, 7 janvier 2019 © Jeff Pachoud / AFP

Procès Barbarin jour 2 : droit au silence et système du silence

Ce mardi matin, la défense a fait le choix, comme pour Pierre Durieux, d’user du droit au silence au moment du passage à la barre de Régine Maire. La présidente et les parties civiles ont tenté leur chance avec peu de succès et une interruption de séance a été demandée par la juge faute de sérénité des débats.

Régine Maire est entendue ce mardi matin. Cette bénévole, responsable de relations interreligieuses du diocèse, est citée pour “non-assistance à personnes en péril et non-dénonciation de faits”. Les mêmes accusations que le cardinal Barbarin. C’est elle qui a organisé la rencontre entre Alexandre Hezez et le père Preynat en 2014. Elle assure avoir “invité [Alexandre Hezez] à porter plainte”. “Mais il m’a répondu que c’était prescrit. Peut-être ai-je eu un manque d’audace en m’en tenant à ce qu’il m’a dit”, poursuit celle qui a une formation de psychologue. Tremblante à la barre, elle explique avoir été choisie pour répondre à Alexandre Hezez en raison de son passé de croyante. “Mon histoire avec l’Église, on pourrait l’appeler “je t’aime moi non plus”, confie-t-elle sans plus de précision.

Finalement elle conclut par ces mots : “Je réitère ma compassion aux plaignants. Je salue leur courage et la détermination dont ils ont fait preuve pour dénoncer à la justice ces actes dont ils ont été victimes et je me réjouis du débat de société qu’ils ont suscité. Mon cœur penche toujours du côté des plaignants, même s’ils m’accusent à tort.” Puis, comme Pierre Durieux lundi, son avocat, Me Vahramian, fait valoir le droit au silence de sa cliente. La présidente du tribunal, Brigitte Vernay, tente sa chance. L’avocat insiste et prend la parole pour expliquer courtoisement ce choix.


“Madame ne veut pas répondre dans le tribunal, chacun est libre d’en penser ce qu’il veut”


“Je comprends votre politesse pour faire penser au tribunal que vous essayez de contrôler la parole. Mais, vous pouvez le dire comme vous le voulez, j’y trouverai quand même quelque chose d’incommode. Madame ne veut pas répondre dans le tribunal, chacun est libre d’en penser ce qu’il veut, répond la juge.

Je ne sais pas ce qui provoque cet agacement, parce que cela fait partie des droits de la défense. Madame ne répondra pas, s’agace Me Vahramian.

Vous avez entendu [sous-entendu, votre avocat], Madame Maire, vous ne répondez pas aux questions, ironise Brigitte Vernay, qui retente sa chance :

Vous n’avez pas pensé qu’il fallait dénoncer des faits ?

Je me suis déjà exprimée là-dessus, résiste Régine Maire.

La présidente brode, relit les auditions de Régine Maire. Pose des questions à rallonge. “À quoi dois-je répondre ?” demande l’intéressée. “Excusez-moi, je fais des questions trop longues, mais comme je ne suis pas sûre que vous répondiez, j’occupe le terrain”, lance, presque narquoise, la présidente.

Les parties civiles interrogent à leur tour Régine Maire. Sans plus de succès. “En tant que psychologue, pensez-vous qu’une personne qui a agressé sexuellement plus d’une centaine de victimes puisse arrêter d’être pédophile ? Pensez-vous que cela peut aider une victime de rencontrer son agresseur et de prier en lui tenant la main ?”, insiste Me Haziza, l’avocate de Pierre-Emmanuel Germain-Thill. Pas de réponse.


“Ce n’est pas les hommes qui sont visés, mais Rome”


Me Boudot poursuit, s’étonnant du choix de la défense : “J’ai très régulièrement vu ce droit au silence dans les services de police, devant les juges d’instruction, mais c’est la première fois que je le vois être utilisé dans un tribunal correctionnel. Ce que les parties civiles dénoncent, c’est un système qui permet de garder le contrôle et l’entre-soi. Permettez-moi de m’interroger sur le choix fait par la défense que ce système continue en gardant ici le silence par deux fois.” Les avocats de la défense se lèvent. La juge demande une interruption, faute de sérénité des débats.

Dans les couloirs, Me Soulier est en furie. “C’est la première fois de ma carrière que je vois l’accusation et les parties civiles dicter à la défense leur choix dans sa manière de faire, dénonce l’avocat du cardinal Barbarin. Ça montre bien que ce qui se passe ici ce n’est pas les hommes qui sont visés, mais Rome. Comme les parties civiles l’ont dit, ils veulent faire péter le diocèse.” De son côté, Me Boudot, l’avocat de M. Farcot (l’une des victimes), n’en démord pas : “Au-delà des responsabilités de chacun, on évoque un système qui conduit à garder le silence.”

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