Le parquet anticriminalité organisée se saisit de l'enlèvement d'une magistrate à Grenoble, compagne d'un entrepreneur lyonnais de la cryptomonnaie.
Le nouveau parquet national anticriminalité organisée (Pnaco) a annoncé mercredi à l'AFP se saisir de l'enquête sur le rapt et la séquestration d'une magistrate grenobloise, sur fond de multiplication des affaires de demandes de rançons en cryptomonnaies. Six personnes, dont un mineur, ont été interpellées le week-end dernier dans ce dossier, avait indiqué dimanche le procureur de la République de Lyon, Thierry Dran. Deux suspects ont été arrêtés en Savoie samedi soir alors qu'ils tentaient de prendre un bus pour l'Espagne, selon une source proche du dossier.
Deux suspects arrêtés en Savoie
Dans ce type d'affaires, les gardes à vue peuvent durer jusqu'à 96 heures. Elles doivent se terminer ce mercredi matin avec une présentation à un juge à Paris à la mi-journée, d'après la source proche. Les deux victimes, âgées de 35 et 67 ans, ont été retrouvées blessées vendredi dans un garage dans la Drôme après avoir été séquestrées pendant une trentaine d'heures.
"Elles ont pu profiter de l'absence de leurs ravisseurs pour se détacher" et appeler de l'aide en tapant contre la porte du garage où elles étaient enfermées, à Bourg-les-Valence, avait détaillé vendredi le procureur de Lyon, Thierry Dran. "Alerté par le bruit, un voisin est alors intervenu. Il a pu ouvrir la porte et ainsi permettre à nos deux victimes de s'échapper", avait-il ajouté.
La magistrate, qui exerce à Grenoble, avait été enlevée jeudi vers 02H50 à son domicile de Saint-Martin-le-Vinoux (Isère), près de Grenoble, avec sa mère. Son compagnon, "associé dans une start-up qui a des activités de cryptomonnaies", était absent lors du rapt. Il a prévenu la police vers 09 h 30 jeudi après avoir reçu un message des ravisseurs, menaçant de mutiler les victimes "si un versement de rançon en cryptomonnaies n'était pas rapidement effectué", selon M. Dran, qui a refusé de préciser le montant demandé. Aucune rançon n'a été versée, avait-il ajouté.
Série noire
Policiers et magistrats s'étaient montrés prudents dimanche sur le profil des gardés à vue, présentés par plusieurs médias comme des exécutants, notamment des petits délinquants recrutés sur les réseaux sociaux. "L'enquête le démontrera, il est beaucoup trop tôt pour tirer la moindre conclusion", avait commenté M. Dran à ce sujet. Les enlèvements, parfois spectaculaires, contre demande de rançon ou vols de cryptomonnaies se sont multipliés depuis début 2025 dans toute la France, parallèlement à la popularité de ces actifs.
Le parquet national anticriminalité organisée s'est déjà saisi fin janvier de six faits d'enlèvements ou séquestrations en bande organisée, liés à des extorsions de cryptomonnaies. Des faits, accompagnés de violences aggravées, commis entre le 18 décembre et le 14 janvier en Charente-Maritime, dans la Sarthe, le Maine-et-Loire, les Yvelines, les Hauts-de-Seine et en Haute-Savoie. Le Pnaco avait fait état d'"un préjudice estimé à plusieurs millions d'euros" et souligné que certaines des victimes avaient "subi d'importantes violences".
Parmi ces dossiers figure la séquestration d'un couple à Dompierre-sur-Mer, en Charente-Maritime, par trois personnes encagoulées qui ont forcé leurs victimes à leur transférer environ huit millions d'euros en cryptomonnaies. La série noire des enlèvements a commencé en janvier 2025 avec le rapt du cofondateur de Ledger (start-up de portefeuilles de cryptomonnaies), David Balland, et de sa compagne. Ce dernier, dont le doigt avait été sectionné par les malfaiteurs, avait été libéré grâce à un assaut du GIGN, tandis que sa compagne avait été retrouvée ligotée dans un véhicule par les gendarmes. Six hommes et une femme avaient été mis en examen dans la foulée, tandis que le commanditaire présumé a été mis en examen en avril et écroué.
Le 1er mai, en plein Paris, le père d'un homme ayant fait fortune dans les cryptomonnaies avait également été enlevé par quatre hommes encagoulés. Il s'en était suivi 58 heures d'angoisse pour la famille et de calvaire pour l'otage dont un doigt a été sectionné, au terme d'un premier ultimatum fixé par les ravisseurs qui réclamaient une rançon de plusieurs millions d'euros en cryptomonnaies. L'homme avait finalement été libéré par la police.
