La saison se termine en beauté à l’Opéra de Lyon avec Le Couronnement de Poppée, troisième et dernier opéra de l’inventeur du genre, Claudio Monteverdi.
Trente-cinq ans après Orfeo, Claudio Monteverdi livre à 75 ans son troisième opéra parvenu jusqu’à nous dans son intégralité.
Le compositeur est considéré comme l’inventeur du genre – Orfeo est sans doute l’un des tout premiers opéras composés mais assurément le plus abouti en tant que tel d’où la date de 1607, sa création, comme repère historique.
Avec Le Couronnement de Poppée,le genre s’affine et la transition entre l’art madrigalesque et l’opéra moderne s’affirme avec notamment une innovation majeure, l’aria.
Les personnages s’émancipent alors au service d’une intensité dramatique maximale. L’écriture chorale, quant à elle, s’inscrit régulièrement dans cet héritage madrigalesque et un contrepoint serré.
Amour, Fortune et Vertu
Le livret de Giovanni Francesco Busenello s’inspire de l’histoire antique, et en particulier des Annales de Tacite.
Les trois actes sont précédés d’un prologue où à la suite d’une dispute entre trois divinités, Amour l’emporte sur Fortune et Vertu, déclarant qu’à présent, les humains agiront en suivant leurs passions.
S’ensuit une intrigue où luttes de pouvoir s’entremêlent avec rivalités amoureuses.
Poppée, devenue l’amante de Néron, cultive cette nouvelle position qui pourrait la voir couronnée.
Othon, amoureux de Poppée, et l’impératrice Octavie, qui sent une possible répudiation s’approcher, voient l’évolution d’un mauvais œil et commencent à songer à une vengeance.
Le précepteur et conseiller Sénèque, opposé à la séparation du couple impérial, est sommé par l’empereur de se suicider, il s’exécute.
Parallèlement, Othon, furieux de jalousie, tente, sur ordre d’Octavie, d’assassiner Poppée mais la divinité Amour protège la jeune femme, provoquant l’échec de l’entreprise.
Si dans un premier temps, Drusila, suivante d’Octavie et amoureuse d’Othon, est accusée, les véritables coupables seront bientôt démasqués entraînant la répudiation annoncée, la condamnation à l’exil des accusés… et le couronnement de Poppée.
Jeu de piste pour l’interprète
Un drame politique donc, qui voit le triomphe de l’arbitraire et des injustices comme une manière pour le librettiste Francesco Busenello, grand intellectuel de son époque, de dénoncer à travers l’allégorie antique la corruption régnant dans une Rome contemporaine jugée décadente.
Il existe deux versions de la partition de Claudio Monteverdi dans lesquelles ne figurent que les parties vocales et la basse continue (ainsi que quelques courtes pièces instrumentales).
Un peu à la manière d’un “mémo” dépourvu d’indications relatives à l’instrumentation, aux tempos, au choix des harmonies.
La distribution vocale des rôles n’étant pas non plus expressément précisée, on peut cependant la déterminer par l’étude des clés dans lesquelles sont écrites les lignes vocales des différents rôles.
C’est par conséquent un véritable défi pour le chef et les interprètes, faisant appel aux savoirs musicologiques, mais également à des choix esthétiques cardinaux, à l’heure d’aborder la partition.
Simon-Pierre Bestion à la baguette
Cette nouvelle production de l’Opéra verra la contribution, à la baguette, de Simon-Pierre Bestion qui guidera l’Orchestre de l’Opéra de Lyon dans un baroque bien plus épineux, pour un orchestre non spécialiste, que les œuvres plus tardives du XVIIIe siècle.
Au plateau, d’anciens membres ainsi qu’une majorité d’actuels membres du Nouveau Studio de l’Opéra se partageront le casting avec notamment Giulia Scopelliti dans Poppée et Iurii Iushkevich dans le rôle de Néron.
C’est l’Allemande Tatjana Gürbaca, notamment reconnue pour ses relectures contemporaines d’œuvres du répertoire ainsi qu’une attention particulière aux personnages féminins, qui sera chargée de la mise en scène de ce dernier opéra de la saison lyonnaise.
Le Couronnement de Poppée – Du 15 au 28 juin à l’opéra de Lyon
