Agnès Gayraud et Bertrand Belin

Musique : Agnès Gayraud et Bertrand Belin à l’Opéra, une carte blanche de toutes les couleurs

C’est sans doute le point d’orgue de la saison automnale de l’Opéra Underground que cette carte blanche à Bertrand Belin et Agnès Gayraud (aka La Féline) on ne peut plus raccord avec l’ambition maison de faire découvrir au public la moindre manifestation de musique pas comme les autres. Programme détaillé.

Loin de nous l’idée de faire croire que jusqu’ici la programmation de l’Opéra Underground, ce vaisseau souterrain de la grande maison lyonnaise qui ouvre sa cale au meilleur des musiques actuelles, expérimentales et du monde, eût pu laisser à désirer ou le spectateur sur sa faim.

Mais on doit bien avouer que cette saison concoctée par le nouveau maître des lieux, Richard Robert, qui officiait auparavant sur un autre vieux rafiot lyonnais, le théâtre antique durant les nuits estivales, a quand même une saveur toute particulière qui porte grandement la patte de l’expertise robertienne.

Ceux qui ont eu l’heur de déjà s’y déplacer ont pu le constater avec ravissement – la double sortie de l’Algérien Kamel El Harrachi risque de rester un moment dans les mémoires de ceux qui y ont assisté.

Gageons maintenant que le point d’orgue de cette mi-saison automnale risque fort d’être cette carte blanche offerte à une créature à deux têtes composée pour l’occasion : les deux grands fauves que sont Bertrand Belin – auteur de Requin et Grands Carnivores – et Agnès Gayraud, connue musicalement sous le nom de La Féline.

Les deux, s’ils sont des musiciens reconnus des mélomanes et des “popologues”, sont également des théoriciens majeurs de leur discipline – Agnès Gayraud est l’autrice d’un ouvrage référence baptisé Dialectique de la pop dans lequel elle bat en brèche les théories d’Adorno sur la musique populaire qu’il n’aimait guère. En conséquence, leur connaissance du champ musical et l’étendue de leurs centres d’intérêt sont particulièrement vastes.


Bertrand Belin et Agnès Gayraud sont des théoriciens majeurs de leur discipline : la pop


Invitations et voyages

C’est précisément ce que va montrer cette carte blanche qui se déroulera sur une bonne quinzaine : laissez ces deux “Fauves pop en liberté” et vous allez voir l’étendue (délicieuse) des dégâts.

Dégâts qui débuteront avec un concert des intéressés, c’est bien le moins, dans la grande salle de l’opéra.

Belin, en vieux lion solitaire, avait envie d’en découdre directement avec cette antre impressionnante et sans aucun prompt renfort. On pourra donc y mesurer la présence scénique inouïe du musicien.

La Féline, elle, c’est tout aussi autorisé, profitera de l’occasion pour tomber dans les bras de l’Orchestre de l’Opéra pour une création nourrie de son répertoire.

Cela fait, les deux multiplieront les invitations et les voyages : de l’autre côté des Alpes pour célébrer les chants des femmes d’Italie du nord mais avec le violon de Silvia Tarozzi et le violoncelle de Deborah Walker, du côté du Bénin avec le Star Feminine Band composé de sept jeunes filles mélangeant rock et musique traditionnelle, du côté de la Flandre, de l’Amérique et du Moyen-Orient ( !) avec l’ensemble contemporain de Colorist Orchestra accompagné de la légende alt-country Howe Gelb et des musiciens syriens Waed Bouhassoun et Moslem Rahal.

Traverse

Cette carte blanche sera également l’occasion d’une plongée dans les musiques de traverse avec la soirée consacrée à Mademoiselle, le trio de Rodolphe Burger, Sofiane Saïdi et Mehdi Haddab, le coup de chapeau donné à Gavin Bryars avec deux de ses œuvres Billy The Kid (dans laquelle Belin avait déjà joué à Lyon) et Jesus’ Blood Never Failed Me Yet puis une soirée Philip Glass / Thomas Adès / Arvo Pärt sous l’OOL, dirigé par Yi-Chen Lin.

On peut y inclure le dimanche indé de clôture qui mettra en scène des artistes pami les plus singuliers des musiques actuelles : Arlt, François Virot, Eskimo et Greg Gilg. Et même celle consacrée au label CryBaby avec Léonie Pernet, Lucie Antunes ou Franky Gogo, artiste transgenre déjà aperçu à la batterie avec Belin. Lequel Belin donnera encore deux fois de sa personne pour le double récital Audience foraine partagé avec Claire Vailler.

Un programme touffu complété par une séance de Sur les docs, le rendez-vous documentaire de l’Opéra Underground avec la projection du film Le Plein Pays, sur un “Facteur Cheval des cavités” et une soirée de rencontres littéraires en partenariat avec le festival Mode d’emploi : “Nouveaux récits libanais. Beyrouth dans le monde” avec Camille Ammoun et Charif Majdalani et “Écouter, parler, chanter” avec Belin et Gayraud, of course. De quoi allègrement noircir cette carte blanche une semaine durant.


• Bertrand Belin, La Féline – Le samedi 13 novembre à 20 h sur la grande scène de l’opéra.

• Chants des femmes d’Italie du nord – Silvia Tarozzi & Deborah Walker – Le dimanche 14 novembre à 8 h 30 au grand studio du ballet.

• The Colorist orchestra with Howe Gelb,Waed Bouhassoun & Moslem Rahal – Le dimanche 14 novembre à 20 h sur la grande scène de l’opéra.

• Audience foraine de Bertrand Belin et Claire Vailler – Le dimanche 14 à 15 h et le lundi 15 novembre à 20 h à l’amphi de l’opéra.

• Sur les docs – Le Plein pays – Le mardi 16 novembre à 12 h 30 à l’amphi de l’opéra.

• Soirée festival Mode d’emploi – Le mardi 16 novembre à la Villa Gillet.

• Mademoiselle – Rodolphe Burger, Sofiane Saïdi & Mehdi Haddab – Le mercredi 17 novembre à 19 h 30 à l’amphi de l’opéra.

• Billy the Kid / Jesus’ Blood Never Failed Me Yet – Le jeudi 18 novembre à 20 h sur la grande scène de l’opéra.

• Star Feminine Band – Le vendredi 19 novembre à 20 h à l’amphi de l’opéra.

• Pleins feux sur le label CryBaby – Léonie Pernet, Lucie Antunes, Franky Gogo – Le samedi 20 novembre à 20 h à l’amphi de l’opéra.

• Glass/Adès/Pärt – Le samedi 20 novembre à 20 h sur la grande scène de l’opéra.

• Un dimanche indé – Arlt, François Virot, Eskimo, Greg Gilg – Le dimanche 21 novembre à 14 h à l’amphi de l’opéra.


 

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