Liberté, profit et précarité (ou Monde de merde)

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De Ken Loach. Avec Kierston Wareing, Juliet Ellis
Drame. Britannique, italien, allemand, espagnol. 1h33

Le résumé : Angie, la trentaine passée, vient de perdre une nouvelle fois son emploi. Energique et ambitieuse, accompagnée de sa colocataire Rose, elle décide de monter son propre cabinet de recrutement, bien décidée à avoir sa part du gâteau pour profiter, elle aussi, de ce que certains appelle le miracle économique anglo-saxon.

La critique : Le libéralisme, ça fait pas trop de bien au social, on était déjà au courant. Précarité galopante, spectre de la main d'œuvre étrangère bon marché, travailleurs clandestins exploités, il eut été aisé de tomber dans un certain manichéisme pour dénoncer un système aujourd'hui connu de tous. Mais que nenni ! Ken Loach, accompagné de son fidèle scénariste Paul Laverty, n'est pas du genre à sombrer dans la facilité. Délaissant, pour un temps, les exploités pour s'intéresser aux exploiteurs, ils abordent ici les méandres du capitalisme sauvage et les dérives des agences de placement à travers le prisme d'une patronne issue de ces classes populaire. Pour Loach, "ce film n'est pas une révélation, il ne prétend pas dénoncer de nouveaux faits mais plutôt défier cette "sagesse" prédominante qui voudrait qu'un esprit d'entreprise sans pitié soit la seule manière pour la société de se développer. (...) Je refuse l'idée que c'est ainsi que nous devons vivre. Cela aboutit à l'exploitation. Cela engendre des monstres."

Le monstre ici, c'est Angie, interprétée de bien belle manière par Kierston Wareing. Sa farouche envie de s'en sortir paraît d'abord communicative pour un public qui ne demande qu'à s'attacher à cette jeune mère de famille combative, sexuellement attractive et épouvantablement gueularde. Mais, victime du système et d'une ambition galopante, l'anti-héroïne s'enfonce insidieusement dans l'illégalité à travers l'exploitation de sans papiers fatalement dociles. Tout en essayant de se convaincre de la légitimité de son combat, elle perd progressivement son humanité et l'adhésion du spectateur qui, au final, en gerberait presque, happé par le réalisme saisissant du réalisateur britannique.

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