Place Saint-Jean (Google streetview)

Entre les rues du Vieux Lyon, culture unique et grande histoire

Cette année, le quartier du Vieux Lyon souffle la vingtième bougie de son inscription au patrimoine mondial de l’UNESCO. Véritable symbole de la grande histoire lyonnaise, il est aujourd’hui le quartier le plus touristique de la ville. Une réussite qu’il doit à son passé, mais aussi à son présent.

Le Vieux Lyon, c’est le genre de quartier où l’on en prend plein les yeux, où l’on aime se balader seul, entre amis ou en famille. Véritable passage obligatoire pour les touristes, aucun d’eux n’imagine que la rue qu’ils arpentent et la traboule qu’ils traversent, ont bien failli disparaître dans les années 1960. "C’est réellement le cas ou vous me faites une farce ?", s’étonne une dame un peu déboussolée. Car pour certaines personnes, l’architecture ancienne représentait un frein plutôt qu’un atout. Pour le maire Louis Pradel, c’était le cas. Sous son mandat, les constructions de béton  - qui laissent encore les Lyonnaises et les Lyonnais  assez dubitatifs – ont fleuri partout à Lyon, remodelant entièrement le paysage urbain pour des décennies. En plein milieu de Saint-Jean devait passer une voie rapide pour relier la Montée du Chemin-Neuf à la Presqu’île. "Ce n’est pas la première fois que je viens à Lyon et des amis qui vivent ici m’avaient déjà parlé de ce maire. Heureusement qu’un tel joyau n’a pas disparu. Ça aurait une catastrophe pour le patrimoine ! ", affirme Danielle, un peu horrifiée. Il faut dire que ses immeubles de couleur ocre donnent une atmosphère unique à la ville. Un petit coin d’Italie sur les bords de Saône.

Un millénaire d’histoire défile sous nos yeux

Au fil de la matinée, les terrasses s’installent à Saint-Georges et Saint-Paul. Les rues sont calmes. D’habitude, le bruit de la foule s’empare du lieu. Aujourd’hui, ce sont les bruits des oiseaux qui traversent les ruelles. Le bruit de la vaisselle des cuisines aussi, qui se préparent à accueillir les passants pour la journée entière. Quelques-uns d’entre eux sont quand même présents, dès 10h du matin. Peut-être des lève-tôt ou tout simplement des gens qui sont là pour échapper à la chaleur qui frappe la ville ces derniers jours. Une chose est sûre, cela plaît aux touristes qui ont fait le déplacement. "C’est une chance de pouvoir visiter un quartier aussi touristique sans se sentir oppresser ou sans se marcher sur les pieds", confie rassuré, un couple originaire de Bretagne. "On prend notre temps pour s’arrêter et contempler les différentes parties du quartier, c’est important !" Un constat partagé par François qui explique que la beauté se trouve avant tout dans le détail des cours, des frontons et des contours de fenêtres comme sur la maison Thomassin, place du Change. Quelques touristes étrangers déambulent également les rues de Saint-Jean : Japonais, Anglais, Allemands, Italiens ou encore Espagnols visitent le centre Unesco, les yeux tournés vers le ciel, pour qu’aucun détails ne leur échappe. Lorsqu’on discute avec eux, tous parlent de la fête des Lumières. "En décembre, certains médias passent les images, c’est magnifique", explique Theresa, une jeune touriste espagnole venue avec son petit ami. Les images de la cathédrale Saint-Jean font le tour de l’Europe. "Nous sommes venus l’année dernière pour la fête des Lumières", explique ce couple d’Allemands. Cette année, munis de sac à dos et tenues de marcheurs, ils sont revenus avec leurs trois enfants pour leur faire découvrir la ville. Une excursion qui plaît à l’aîné, âgé de 12 ans. "C’est super joli. Je me suis acheté des figurines de chevalier dans une des boutiques". Quatre femmes libanaises visitaient la France durant le mois d’août. Un passage à Lyon s’imposait. "On pensait aller à Paris, Monaco et faire les châteaux de la Loire. C’est une amie de chez nous qui nous a dit de venir. C’était l’occasion de visiter et on ne regrette pas", explique en français une des dames du groupe.

« Le Vieux Lyon est un véritable atout touristique »

Comme beaucoup de quartiers touristiques en Europe, le Vieux Lyon vit grâce aux nombreux voyageurs qui y font escale. Une attractivité permise grâce aux divers restaurateurs présents sur le site. C’est le cas de la brasserie « la Gargouille » qui se trouve sur la place Saint-Jean. L’établissement est calme à cette heure-là. Toutes les chaises de la terrasse sont encore empilées les unes sur les autres. Sur le parvis restaurant, on entend le bruit de la machine à café qui marche. L’odeur du grain moulu s’échappe, elle aussi. À l’intérieur, quelques touristes, mais surtout des habitués qui travaillent ou vivent dans le coin, souvent le journal à la main. Celui qui s’occupe de tout ça, c’est Sabi, un Lyonnais originaire de La Réunion. "Ma sœur a repris cette affaire il y a 23 ans", explique-t-il. "Le Vieux Lyon est un véritable atout touristique et travailler ici, c’est une chance inestimable. On fait entre 80 et 100 couverts par jour et tous les pays du monde s’arrêtent ici". Le serveur déplore cependant que l’installation des terrasses ne soit pas accordée avant 11h du matin. "Il y a énormément de gens qui passent et qui ne comprennent pas. Le mieux serait qu’on puisse installer les terrasses au moins à 10h", confie Sabi.

À la recherche d’un patrimoine oublié

Ancien quartier des artisans, Saint-Georges a longtemps accueilli les fabrications de soie. Les premières se sont installées en 1530 avant de se déplacer sur les pentes de la Croix-Rousse quelques siècles plus tard. De cette vieille période, une seule soierie a subsisté, à Saint-Georges justement. La boutique s’appelle la "Soierie Saint-Georges" et c’est la famille De Lacalle qui s’en occupe. Lorsqu’on rentre dans la boutique, on ne peut qu’être saisi par la multitude de tissus multicolores qui tapissent le magasin. Toutes les qualités et tous les types de tissus sont accrochés. Après une petite porte dérobée, l’atelier est ici. C’est un véritable monde que l’on découvre sous nos yeux. Il y a plusieurs machines à tisser, des bandes de tissu inachevées, des bobines de soie vertes, rouges, bleues, etc. Au centre de l’atelier, c’est elle qui attire tous les regards. Une magnifique machine Jacquard et son système de cartes perforées. C’est une des trois dernières machines Jacquard de Lyon. Romain et son père la font fonctionner tous les jours. Elle date de 1820. "Mon père a repris cette activité il y a une vingtaine d’années. À Lyon, nous ne sommes plus que dix à savoir utiliser les machines Jacquard", explique Romain, le plus jeune tisseur lyonnais. "Aujourd’hui, on travaille surtout pour les châteaux, lorsqu’ils cherchent des tissus pour des canapés ou des fauteuils. Cela peut varier. Par exemple, ici, je réalise une pièce pour un kimono". Pour Romain c’est une véritable chance de faire perdurer ce patrimoine ancestral qui a fait les grandes heures de la ville de Lyon. "Ce qu’on veut, c’est transmettre cette culture au plus grand nombre de personnes", insiste-t-il.

Une chose est sûre, le Vieux Lyon est et restera le véritable symbole de la grande histoire de Lyon, mais aussi le symbole d’une culture qui lutte pour sa préservation, à l’heure où les identités locales qui ont fait la singularité de nombreux lieux et quartiers ont déjà été noyées au crépuscule du XXe siècle.

 

Pour la petite histoire…

Depuis la création de Lugdunum à l’époque romaine, le centre névralgique de la ville se situait sur la colline de Fourvière. Durant l’époque médiévale, il s’est déplacé au pied de la colline, sur la rive gauche de la Saône. L’âge d’or du Vieux Lyon est sans aucun doute la Renaissance, période qui va offrir au quartier son visage actuel. Saint-Paul représente le quartier de la bourgeoisie et des négociants, Saint-Jean celui du clergé et de l’aristocratie et Saint-Georges celui des artisans. De nombreux imprimeurs mais aussi des marchands et banquiers florentins vont venir s’installer et développer le quartier sur le plan économique mais surtout architectural. Les différentes façades, cours et loggias - inspirées de la Renaissance italienne - vont s’implanter aux quatre coins du Vieux Lyon. Sous l’Ancien régime, la ville se développe sur la presqu’île et signe le lent déclin de la rive gauche de la Saône.

 

 

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