Biennale de la danse : Dada Masilo, Thieû Niang et Dunne pour un finale en beauté

La Biennale s'est achevée dimanche. Les organisateurs annoncent des records de fréquentation pour cette édition 2012. Sans attendre la prochaine, nous espérons revoir bientôt à Lyon trois chorégraphes qui y ont présenté leurs spectacles pour la première fois ces derniers jours. Trois coups de cœur !

Tempête africaine

Une joyeuse tempête est arrivée d’Afrique du Sud, incarnée par Dada Masilo avec son Lac des cygnes. La chorégraphe réalise un rêve d’enfant : porter un tutu blanc et créer sa version du Lac. Avec son héritage de danse classique, contemporaine et africaine, elle nous embarque dans une pièce où le corps de ballet disparaît, où tout le monde est à égalité, où les hommes sont en tutu et avec un cygne noir qui sera masculin. Transgresser en s’amusant, tel est son désir. Mais, au-delà des symboles (dont ceux de l’égalité des sexes et de l’homophobie en Afrique), c’est sa gestuelle qui nous a étonnés. Maniant avec une grande subtilité le mélange de tous les codes, elle réussit à nous proposer une danse qui convoque rigueur et liberté, humour et revendication, sensualité et heurts ; une gestuelle véritablement à part, qui donne lieu à des moments de danse très intéressants.

Ainsi, des frappes de pieds donnent de nouvelles impulsions aux mouvements classiques, des chutes au sol affirment une puissance plutôt qu’une faiblesse, des corps très musclés ondulent dans une fluidité ultraféminine ; des corps – aux bustes penchés vers la terre – se transforment et jubilent à l’intérieur de ce qui ressemble à une tribu africaine même si à d’autres moments celle-ci retrouve les lignes du ballet romantique. La fin se déroule sur une musique d’Arvo Pärt, avec les danseurs et danseuses torses nus, vêtus d’une longue jupe marron et ample. Elle rappelle les univers sombres et intériorisés de Mats Ek ou Nacho Duato, évoquant ainsi une gravité recouvrée… Surprenante, Dada Masilo est bel et bien une artiste à revoir !

Quand les seniors dansent

… Du printemps de Thierry Thieû Niang et Jean-Pierre Moulères (dramaturge) a provoqué en nous un tremblement intime difficile à retranscrire par les mots. Des danseurs amateurs seniors (âgés de 60 à 87 ans) mènent sur scène une danse dans le temps. Sur la version musicale du Sacre de Boulez, la pièce se déroule selon le principe d’un cercle à l’intérieur duquel les moments de vie s’accélèrent, se suspendent, s’échappent ou se démultiplient. Ils sont vêtus de noir et portent tous une perruque brillante synthétique. Les déplacements dans l’espace sont impressionnants car ce sont les rythmes des individus ou des sous-groupes qui dessinent l’écriture au centre de la scène.

Et selon, elle enfle, s’étire ou rétrécit. Ce centre semble sollicité à des endroits extrêmes et non visibles. Il n’y a pas de violence et pourtant c’est violent jusqu’à ce que l’ode au printemps s’impose avec ces corps vieillissants qui naturellement se dévêtent et jettent leurs perruques. L’élue ne sera pas sacrifiée. Histoire de dire que ceci n’est pas un drame mais plutôt un jeu. C’est ce que voulaient les auteurs. Et pourtant, la lumière sur ces corps vivants ne nous arrache pas à l’idée de la mort.

Séduction irlandaise

Coup de cœur aussi pour le danseur de claquettes irlandaises Colin Dunne. Son solo Out of time est conçu comme un tête-à-tête avec un artiste qui rend hommage à la tradition irlandaise mais qui s’en empare avec une énergie et une écriture d’aujourd’hui. Une heure de plaisir avec un danseur généreux qui transpire, qui s’amuse, y compris avec sa posture de vedette mais surtout qui mêle – l’air de rien – la complexité et la dextérité des jeux de jambes au relâché naturel du corps. Un corps devenu lui-même musique ou claquettes et qui prolonge comme un halo ses propres rythmes et sons dans l’espace tout autour. Le danseur captive, qu’il ait des chaussures ou qu’il soit pieds nus, à vouloir défier l’apesanteur avec des mouvements aériens et calibrés au millimètre. Du grand art !

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