Enfants3©Catherine Vinay (2)
©Catherine Vinay

Daniel Veronese, une Mouette à tire d’ailes

Certes la version de La Mouette signée par l’Argentin Daniel Veronese, metteur en scène internationalement reconnu, est toute personnelle. Mais elle n’en respecte pas moins la trame de l’œuvre tchekhovienne. Même si des extraits d’autres textes sont ajoutés (une désopilante séquence de baisser de pantalon fait ainsi son apparition, de même que des répliques tirés d’Hamlet…) tandis que des scènes de la partition originale sont écartées. C’est donc un savant mélange destiné à aller droit au cœur de la pièce, ou plus exactement à l’os. Ainsi que donner aux principaux personnages leur juste place sans n’en privilégier aucun. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle le spectacle est titré Les enfants se sont endormis. Un titre qui laisse aussi penser que lorsque les enfants sont gagnés par le sommeil, les adultes se déchaînent, règlent leur compte d’implacable manière.

Décor de telenovela

Dans un décor aussi impersonnel que celui d’une fiction télévisée on retrouve le quatuor qui porte la pièce. Arkadina, actrice infatuée et mère égoïste, Treplev, son fils pétri d’inaccessibles rêves, Nina, la jeune comédienne paumée dont il est amoureux et Trigorine, écrivain établi et amant de sa mère. Leurs relations oscillent entre amour, désir, dégoût et haine dans un maelstrom furieux dont on devine qu’il ne peut que mal finir. Le jeu frise d’entrée l’hystérie. Avant de se calmer pour s’accélérer à nouveau. En effet, Veronese situe l’action dans un temps bouleversé et un lieu unique où chacun des protagonistes est pris dans un tourbillon dont il ne peut s’échapper. Les comédiens, tous excellents, pratiquent un jeu tout en énergie qui n’empêche aucunement un humour féroce de se mettre en place. La pièce prend ici une résonnance contemporaine, comme si les failles, les névroses imaginées par Tchekhov il y a plus d’un siècle se retrouvaient au cœur d’une famille argentine d’aujourd’hui.

Caïn Marchenoir

> > Les Enfants se sont endormis, du 19 au 22 février au Théâtre de la Croix-Rousse. (Spectacle présenté en espagnol sur-titré en français.)

d'heure en heure
d'heure en heure
Faire défiler vers le haut