Ultra. L'UTMB, la course de l'impossible

172 kilomètres, 10 055 mètres de dénivelé positif, 9 cols à plus de 2 000 m d'altitude via 3 pays à boucler en moins de 46h30. Lyon Capitale y était. Récit.

Vendredi 27 août, 16h30. Dans une demi-heure, le coup d'envoi de la 18e édition de l'UTMB, la course d'ultra-trail la plus mythique de la planète, sera donné. La mélodie épique, quasi christique, Conquest of Paradise de Vangelis, consacrée hymne de l'UTMB, résonnera dans les rues de Chamonix.

Commence alors une attente, violente confusion d'excitation et d'appréhension, pour 2 347 coureurs qui se préparent à boucler le tour du massif du mont Blanc en moins de 46 heures et 30 minutes. 172 kilomètres, un peu plus de 10 000 mètres de dénivelé positif, autant de négatif, 3 pays traversés et 9 cols à plus de 2 000 mètres d'altitude, dont trois à plus de 2 500.

La moitié du globe

Les derniers coureurs rejoignent leur sas de départ (mesure inédite cette année pour cause de Covid-19) par la rue centrale, celle du Dr Paccard, le médecin qui réussit la première ascension du mont Blanc, en 1786. Tout un symbole. Chamonix est noire de monde. Des milliers de personnes se déplient sur plusieurs centaines de mètres façon Tour de France. Malgré les mesures sanitaires et les restrictions à certaines frontières, les étrangers sont venus, dans la mythique "capitale internationale de l'alpinisme" désormais enrichie du titre de "capitale mondiale de l'utra-trail". Cette année, 92 nationalités sont présentes. Près de la moitié des pays de la planète.

Si la planète se donne rendez-vous au pied du mont Blanc, c'est que l'UTMB est un mythe. Le tour intégral du mont Blanc d'une traite en moins de deux jours. Le Graal de l'endurance en montagne. La course la plus prestigieuse du monde, qui réunit le gratin des coureurs, la crème de la crème.

Start-list de rêve pour course iconique, cette édition enregistre la présence des 10 meilleurs mondiaux et une densité impressionnante avec plus de 81 coureurs ayant le statut élite.

La particularité des courses de trail c'est le mélange des genres : le meilleur ultra-traileur actuel du monde, François D'haene (Arèches-Beaufort, Savoie) prend le départ avec les coureurs "du dimanche". Demander à un cycliste s'il pédale avec Tadej Pogacar, dernier vainqueur de la Grande Boucle ou à un footballeur s'il tire un pénalty à Manuel Neuer, élu cinq fois meilleur gardien du monde !

"Le meilleur moyen de réaliser l'impossible est de croire que c'est possible"

L'ambiance est folle. Il faut être sur place pour s'en soûler. Les badauds sont nombreux à arborer un tee-shirt ou une casquette floqués des quatre lettres fantastiques UTMB. Dans la rue, aux fenêtres, dans les bars, les restaurants. Partout. Le moindre mètre carré est occupé. L'énergie collective est tangible. Soudain, Ludovic Collet, speaker officiel de l'UTMB, entame, pianissimo, son retentissant panégyrique : "Vous allez traverser 3 pays, 3 territoires : l'Italie, la Suisse, la France. Face au dénivelé, soyez forts. A l'image de la vie, avancer. Respirer. Tenir en équilibre. Regarder le passé pour dépasser l'avenir. Se relever. Apprendre de son passé. Se dire que le meilleur moyen de réaliser l'impossible est de croire que c'est possible." Les premières notes de Vangelis résonnent. Une guitare électrique s'en mêle, bientôt suivi par les choeurs de Conquest of Paradise (tirée de la sonate n°12 en ré mineur La Follia de Vivaldi). Pas une âme sur place n'a pas la chair de poule, chez les coureurs, il n'est pas rare de voir une larme couler. La tension est palpable. "1 minute ! … 30 secondes ! … Goooo !".

Deux ans d'attente. Des heures et des heures d'entrainement, des sacrifices. Le peloton s'étire dans la rue principale, ceinturée d'une foule qui applaudit à tout rompre "ses" fous, tels des soldats, la fleur au fusil. La plupart passeront deux nuits dehors. Les premiers partent vite, 15/16 km/h. La très grande majorité est autour des 6/7 km/h. Ne pas s'emballer. Garder son rythme. Ne pas se cramer dès la première montée.

On commence par 8 kilomètres roulants en sous bois, direction les Houches. C'est encore l'heure des sourires, de l'insouciance. Le public est massé sur le chemin. On se dit d'avoir de la chance d'être là, au bon endroit, au bon moment. De faire partie de ce bataillon de 2 300 coureurs gonflés à bloc et prêts à en découdre avec cet enchaînement de cols qui cuirassent le toit du monde : la Croix du Bonhomme, les Pyramides Calcaires, l'arête du Mont Favre, le Grand col Ferret, Bovine, Catogne, les Tseppes, Tête aux Vents. Autant de sommets clés qui façonnent la course et lui donnent un relief à nul autre pareil.

Première montée jusqu'au Delevret, à 1 741 mètres d'altitude, soit 838 m de D+ sur 7 km. Le souffle se fait plus court, les pas plus petits, le verbe plus rare. 19h30. Le soleil s'éteint. Quelques centaines de mètres roulants, une veste sur le dos et on attaque sans plus tarder la première grosse descente de quasi 8 km et 1 000 m de dénivelé négatif jusqu'au premier ravitaillement de St Gervais.

Sur les traces des Romains

Il me faudra deux heures de montée jusqu'aux Contamines-Montjoie. Le village est bondé pour voir les coureurs. Entre les coureurs et leur assistance (une personne autorisée par paire de baskets), la tente de ravitaillement explose littéralement. Ce sera l'un des rares points noirs de l'organisation. La course commence à la sortie de la commune. A l'époque antique, une voie romaine reliait Genava à Augusta Pretoria (Aoste) en remontant la vallée de l'Arve. Elle franchissait le chemin romain de Notre-Dame-de-la Gorge, le col du Bonhomme et atteignait le refuge de la Croix du Bonhomme avant de rejoindre, en contrebas, Bourg-Saint-Maurice.

La véritable entrée en matière de l'UTMB se fait ici, au fond du val Montjoie, à Notre-Dame-de-la-Gorge, où, au Xe siècle, un ermite se serait installé ici pour offrir un abri aux voyageurs. Ce soir, le voyageur-coureur n'aura pas de gîte. Dernier contact avec la chaleur humaine : autour d'un feu, une cinquantaine de supporters, les plus véhéments, les plus courageux pour être allés jusqu'ici, aux portes du royaume de la montagne. On se gorge de leur énergie avant d'entrer dans le monde du silence. La nuit s'est installée, les frontales sont sorties. Vers le refuge de la Croix du Bonhomme, 1,2 km plus haut. En immersion dans la plus haute réserve naturelle de France, et l'un des points de bascule de la course. Là où les coureurs se retrouvent face à eux-mêmes. Là où se forge la légende de l'UTMB. La où la course comment véritablement.

J'y serai, au col du Bonhomme, à 2h15 du matin (quand la star américaine Jim Walmsley, alors 1er, y était 4h30 plus tôt). 8h45 de course et presque 46 km parcourus. L'un des cols les plus difficiles du parcours aura eu raison de 72 coureurs qui, 5 km et 900 mètres plus bas, jetteront l'éponge – dont le triple vainqueur de l'épreuve Xavier Thévenard.

Coup de bambou en Italie

J'arrive fatigué et le tee-shirt humide. Je dois absolument changer de sous-couche sous peine de me faire saisir par le froid des Chapieux. Mon équipe d'assistance de nuit (Agnès, Alix, mon père et Alexis) est aux avant-postes, auprès d'un grand feu de bois. On pourrait passer des heures, au chaud, à regarder le ruban des frontales redescendre de la montagne. Mais il ne faut surtout pas s'attarder ici dans cette zone blanche (pas de 4G) car un gros morceau attend les coureurs : le col de la Seigne. 10,6 km pour 1 km de D+. Je ne suis pas dans ma meilleure forme. C'est raide et dur. Je me fais doubler par 95 coureurs, quand, en 2018, j'en passais 150. Il est 5h58. "Attendez ma venue aux premières lueurs du 5e jour. À l'aube, regardez à l'Est !" faisait promettre Gandalf dans Le Seigneur des anneaux : les Deux Tours. La Terre du Milieu !

On pénètre en Italie dans la magie du Val Veny. Gros coup de bambou : moi qui pensait descendre en ligne droite jusqu'au magnifique plateau occupé par une pelouse alpine humide dans laquelle serpentent de petits cours d'eau issus de divers torrents... Il faut monter jusqu'aux Pyramides Calcaires, deux aiguilles blanches qui se dressent à 2 573 m, et les contourner. Une courte (mais raide) montée de 200 m de dénivelé suivie d'une descente très technique dans un pierrier. En 2018, pour des raisons de sécurité, l’organisation avait supprimé le passage. Déjà 3 heures dans les jambes depuis Les Chapieux, de nuit. Il me faudra encore 1h40 pour rejoindre, dans le froid matinal le lac Combal. Olympien mais sibérien.

68,5 km depuis le départ, 14 heures de course. Je n'ai plus de jus. 34 abandons supplémentaires, qui s’additionnent aux 14 du col de la Seigne. Déjà 10 % qui ont capitulé. Heureusement, mon équipe de jour (Flore, Clara, Pauline, Astrid et Michel) est là... après avoir attendue des heures dans le froid. On marche ensemble le long du chemin au bord du lac – là ou je courais il y a trois ans. Sans leur présence, pas sûr que je redémarrais, la suite se dessinant dans mon esprit : montée jusqu'à la raide l'arête de Favre, puis grosse grosse descente jusqu'à Courmayeur, la commune la plus haute d'Italie et, avec Chamonix, d'Europe occidentale.

Courmayeur, 1heure d'arrêt

Je suis plutôt bien en descente, bien que je préfère, à choisir, les montées : on est en excentrique, c'est-à-dire en phase d'étirement du muscle qui va servir à ralentir le mouvement d'extension des jambes. Le dos souffre. C'est là que le travail de gainage et d'abdominaux prend tout son sens car c'est lui qui va permettre de moins s'écraser sur chaque foulée. L'été pour moi a plutôt été sur un gros entraînement apéro...

Courmayeur, 1h30 plus tard. On m'a toujours dit que l'UTMB commençait véritablement ici (km 81). Si on n'a pas les jambes à ce moment, les 91 autres kilomètres risquent de se transformer en chemin de croix. Pas la grande forme. Pas tant physique que moral. Je suis dans l'herbe, avec mon équipe aux petits soins. Je suis un peu au ralenti. Plus dans la "compétition". Grosse baisse d'énergie. Stop d'1 heure. Il faut repartir.Une pente de 16,7 % étalée sur 5 kilomètres m'attend jusqu'au refuge Bertone. Long, raide et difficile.

J'avale la bosse en 1h27 (contre 1h20 en 2018). Direction le refuge Bonatti, sept kilomètres de single track up and down, longs, très longs mais très agréables, que je boucle à un bon rythme. Bonnes jambes, excellentes sensations. On entre dans le Val Ferret italien, et ses somptueuses arêtes. Refuge Bonatti,
2 025 mètres. Re-coup de bambou. Je suis à sec. Plus de jus. Et pas de ravito, ce dont je ne me souvenais plus. Il faut rejoindre Arnouvaz. Je me traîne, avant de me dire qu'à ce rythme, je n'y arriverai pas. Coup de pied aux fesses, je me remets à courir. Descente un brin technique jusqu'à Arnouvaz, car glissante sur certaines portions. On voit le ravito en contrebas. Mais il ne faut jamais trop se réjouir car on fait des détours pas possibles. J'arrive en trombe au « poste » où m'attend mon équipe. Plus aucune force. Ce sera une de mes grosses faiblesse de cet UTMB : ne parvenant pas à m'alimenter entre deux points de ravitaillement, j'arrive à chaque fois vidé. Je dois donc prendre du temps pour refaire le plein.

Le froid, pas en voie de disparition

Il est 15h44 lorsque je repars. Se dresse devant nous, le Grand Col Ferret, probablement la montée la plus iconique de l'UTMB, celle que tout le monde redoute. L'une des plus belles images de l'UTMB. Cette après-midi, j'ai simplement la flemme, contrairement à 2018. Plus vraiment de motivation. Je me demande ce que je fais là. A qui bon courir ? Pourquoi se met-on dans tous ces états ? J'envie mon équipe qui va retourner au chalet (dans les forêts des Houches) se la couler douce devant un bon feu de cheminée. Des rafales de vent à plus de 85 km/h sont annoncées au sommet. J'enfile un pantalon et une veste coupe-vent. Julbo m'a fait essayer ses dernières lunettes Ultimate : un petit concentré de technique hyper ajusté, du sur-mesure sur le nez et des verres photochromiques qui permettent une adaptation immédiate au relief et à la lumière. Et parfaites contre le vent, d’autant qu’elles sont dotées d’un  traitement antibuée couplé à un procédé qui laisse circuler l'air. Deux heures plus tard, j'atteins le point culminant de la course, 2 529 m d'altitude. Ralentissement pour apprécier le panorama et on se laisse glisser jusqu'à La Peule – avec, quelques petites montées pour arriver à la Fouly, dix kilomètres plus bas.

La Fouly, dans le Val Ferret, mini station de sports d'hiver (quatre remontées mécaniques, dix pistes). 19h36. Content d'arriver après une descente, d'un peu moins de deux heures, particulièrement longue de 930 m D-. J'arrive cassé, comme à chaque ravitaillement sur cet UTMB. Le soleil s'est couché. Dans cette vallée latérale du massif du Mont-Blanc, le froid n'est pas une espèce en voie de disparition ! Mon assistance est là. Ma fatigue se reflète dans leur regard. Chacun fait en sorte de positiver : "depuis Courmayeur, tu es remonté de 319 places. Tu es dans le coup ! C'est bien ce que tu fais !". 26 heures de course. Quant à moi, je pense aux 61 kilomètres restants, redoutant les trois prochaines "bosses" de la Giète/Bovine, des Tseppes/Catogne et de la terrible Tête aux Vents. Une fois encore, je m'arrête. Longtemps. Assis dans la voiture. Je me force à avaler quelque chose de consistant, privilégiant les féculents. Les petits plats maison de mon équipe sont salvateurs.

Le sommeil, paramètre ultime

En route pour Champex-Lac. Grosse partie bitumée roulante jusqu'au pied de la montée. Petite pause dans le hameau de Praz-de-Fort (commune d'Orsières, comme la Fouly) : des habitants ont monté un petit ravito avec des produits de leur jardin (abricot, pomme), des céréales, le tout avec musique et guirlandes lumineuses. Il faut se forcer à courir, sous peine de perdre du temps. Je remets le braquet. La montée boisée sur Champex se fait à un sacré rythme. La règle : régularité.
98 personnes doublées. J'arrive dans la très jolie station pittoresque et touristique du canton du Valais, survoltée. Il est 23h, un samedi dans "le petit Canada suisse". Grosse ambiance. Le speaker moustachu du ravito annonce que 100 coureurs sont déjà arrivés à Chamonix. Pour moi, encore un marathon et 3 300 m D+. 29 heures que je cours. Pause de 49 minutes ! Je sais que je suis absolument trop long, et pourtant rien n'y fait : je suis KO.

Aucune course en 2020, une seule en 2021 (le 90 km du Mont-Blanc), un entraînement a minima. Et des apéros à la volée. Mon corps tient, habitué à l'endurance endurci aux sept années de pratique trail. Mes jambes me portent bien, aucune douleur. Simplement, je ressens une fatigue générale, couplée à une dette de sommeil : je somnole dès que je ne suis plus en mouvement. "Ce n'est ni la fatigue musculaire ni celle du système nerveux qui empêche quelqu’un de très motivé de continuer à avancer, mais le besoin de dormir, explique Guillaume Millet, l'un des meilleurs experts scientifiques de l'ultra. Le sommeil, c'est le paramètre ultime. Les performances cognitives (attention, vigilance, mémoire...) sont altérées par le manque de sommeil."

Radeau de la Méduse

Surprise : mon oncle Roland vient d'arriver de Lyon ! Il m'accompagnera le long du lac jusqu'au chemin qui emmène à "l'enfer de Bovine", avant de repartir en terres lyonnaises dans la nuit. Bovine de jour ? Bovine de nuit ? Quel est le mieux pour passer l'une des montées les plus difficiles en termes de pourcentage du parcours. Et accéder à l'alpage éponyme (1 987 m), où paissent de superbes vaches d'Herens.

Je grimpe, je grimpe. Le cardio s'accélère, la température corporelle augmente. Peu avant le sommet, je dois tout de même m'arrêter, transi de froid. En pleine nuit, je dois enlever ma frontale, et faire en sorte de voir quelque chose dans le noir profond pour changer de tee shirt et enfiler ma veste légère Compressport hydrophobe qui permet d'évacuer la transpiration et d'être au sec. D’où l’intérêt des vêtements techniques. Cerise sur le gâteau, elle optimise la posture et est parfaitement ajustée.
Deux coureurs sont littéralement échoués en bord de chemin. Deux étrangers dont mes capacités auditives ne me permettent plus de reconnaître la langue. Le Radeau de la Méduse me vient à l'esprit. 1816, la frégate française La Méduse s’échoue au large des côtes mauritaniennes avec à son bord près de 400 hommes, alors qu’elle s’apprêtait à coloniser le Sénégal. Géricault immortalise l'horreur... sur fond d'espoir. Impossible de s'arrêter ici, au milieu de nulle part. Il nous faut basculer vers Trient, par une descente franchement pentue à 12 %.

L'espoir de l'aube

Trient, milieu de la nuit. Un déclic. J'y suis. 142 km sur 172. Je sais clairement que je finirai l'UTMB. Je le sens. Il me reste deux montées. Le jour se lèvera dans quelques heures. L'espoir d'un nouveau jour. Trient et son ravito. Les Suisses ont carrément opté pour l'option DJ. Manque plus que la liqueur de sapin. Gros coup de boost. La montée n'est pas la plus raide, mais c'est la 8e depuis le début... il y a 36 heures. Rythme régulier. Je gagne des places. Je suis passé sous la barre des 1000. Arrivé au Tseppes, on croit être au sommet. Pour basculer en France, il faut encore monter plus haut. Le spectacle est irréel. Je ne sais plus ce que je vois. Des immeubles de lumière en face. C'est vrai que j'ai de petites hallucinations depuis quelques heures : les pierres se révèlent, prennent la forme de visages, des tableaux se dessinent.
Vallorcines, France. Chamonix est derrière la montagne. Si près, si loin. Se présente la toute dernière montée de l'UTMB : Tête aux Vents. A 8 heures du matin, Vallorcines émerge dans un froid quasi glacial. Mon équipe est là, mon ami Matiag (finisher UTMB 2018) aussi. Aux aguets. Il sait ce qu'il en est. Il sait ce qu'il se joue. Il ressent cette montée d'adrénaline.

Le soleil se lève sur le terrible montée. Comme on dit ici, il faut "monter propre". 8 km d’empilement de pierres et de roches sur près de 900 m de D+. Mesurer ses pas, choisir "la" pierre pour avoir une foulée fluide. Je l'avais sous estimée. Deux heures dix, 3,3 km/h de moyenne sur du 11,5 %. Difficile. Les cuisses brûlent pour la première fois. Contrairement à 2018, je ne connais pas le parcours qui a été modifié. Il nous faut encore relier La Félègère, 3,5 km plus loin. Des chemins particulièrement techniques par endroits. Si on n'était pas aussi près, nombre de coureurs abandonneraient probablement. Un coureur derrière moi manque de s'exploser le genou sur un rocher. La cheville d'un autre se coince entre deux blocs.
La Flégère, 11h20. Dernière petite montée qui finit les quadri. On en pleurerait. Je me fais "flasher" sur la page Facebook de l'UTMB avec cette légende "Runners are tired after this second night outside but they keep smiling".

We can be heroes...

La Flégère, ultime checkpoint avant la descente sur Chamonix. Celle où on lâche les chevaux, aimanté par la vue plongeante sur le point final de la course. Je manque plusieurs fois de me retrouver dans un arbre ou de rater un lacet. Mes pieds butent à plusieurs reprises sur des racines saillantes de ces géants verts qui veillent là depuis des centaines d'années. Je parle à haute voix. Une larme coule sur ma joue. 1 km... 500 m... L'arrivée dans Chamonix est folle. On en rêvait. Midi et quart. Des centaines de badauds applaudissent, vous portent. Le mont Blanc vous toise, bienveillant. La boucle est bouclée. 42 heures 42. 890e. Qu'importe. Je franchis la ligne d'arrivée comme l'ont fait les stars mondiales de l'ultra-trail bien avant moi. Chaque coureur est ici célébré comme un champion. We can be heroes just for one day. La phrase du départ me revient en tête : le meilleur moyen de réaliser l'impossible est de croire que c'est possible.

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