Sylvie Tomic, adjointe écologiste à la Ville de Lyon en charge des Droits et de l'Egalité, est l'invitée de 6 minutes chrono / Lyon Capitale.
Annoncée après la révélation de l'affaire Abreu par le maire de Lyon, Grégory Doucet, la commission générale du conseil municipal s'est tenue le 17 septembre. Sylvie Tomic, adjointe écologiste à la Ville de Lyon en charge des Droits et de l'Egalité, qui l'a animé revient dans 6 minutes chrono sur cette matinée et sur sa genèse: "Nous voulions de toute façon travailler sur les violences sexistes et sexuelles durant ce deuxième mandat. Nous avons déjà fait beaucoup de choses durant le mandat précédent et nous avions notamment annoncé dans notre programme des mesures supplémentaires pour renforcer ces actions. Même si nous avons mis des choses en place, nous constatons malheureusement que l’ampleur de ces violences est considérable. Il y a une prise de conscience croissante à ce sujet. C’était donc l’un des sujets sur lesquels nous voulions travailler en priorité durant le deuxième mandat (...) Il fallait alerter les élus et leur faire prendre conscience du caractère systémique des violences sexistes et sexuelles. Ce ne sont pas simplement des faits divers isolés : ces violences sont répandues et généralisées parce qu’elles s’inscrivent dans un système, dans une société qui offre un terreau favorable à leur survenue".
Plus qu'un séminaire de formation, la commission générale de la Ville de Lyon doit aussi déboucher sur un plan d'action municipal sur un sujet dont Grégory Doucet a fait la grande cause de son mandat : "Nous allons aussi réfléchir à une nouvelle mesure, qui figurait dans notre programme mais dont il faut préciser les contours : la création d’un fonds pour aider les femmes victimes de violences intrafamiliales, à leur domicile. Elles pourraient avoir besoin d’engager des frais pour faire garder leurs enfants pendant qu’elles consultent une association ou déposent plainte, d’une aide pour déménager ou pour faire changer une serrure. Nous allons réfléchir à la forme exacte que ce fonds pourrait prendre". Sylvie Tomic annonce aussi que la Ville de Lyon travaille à la création "night safe zones" dans les établissements festifs.
La retranscription intégrale de l'entretien avec Sylvie Tomic
Bonjour à tous et bienvenue. Vous regardez « 6 minutes chrono », le rendez-vous quotidien de la rédaction de Lyon Capitale. Aujourd’hui, nous accueillons Sylvie Tomic. Bonjour. Vous êtes adjointe à la Ville de Lyon en charge des droits et de l’égalité. Nous vous avons invitée pour revenir sur une initiative que Grégory Doucet a lancée et que vous avez animée : une commission générale sur les violences sexistes et sexuelles au sein de la Ville de Lyon et pour la ville de Lyon. On a pu imaginer, à un moment donné, qu’elle était destinée aux élus, notamment parce que le calendrier de sa création n’est peut-être pas totalement anodin. Cette commission a été lancée après la révélation de l’affaire Roman Abreu, accusée par une victime présumée de l’avoir violée durant la campagne des municipales. C’était le communicant de Jean-Michel Aulas. Jean-Michel Aulas avait dû expliquer la manière dont il avait géré les choses. Avez-vous aussi lancé cette commission à cause de cette affaire Abreu, de cette affaire Aulas ?
Tout à fait, mais vous faites bien de dire « aussi », parce que ce n’est pas la seule raison. Nous voulions de toute façon travailler sur les violences sexistes et sexuelles durant ce deuxième mandat. Nous avons déjà fait beaucoup de choses durant le mandat précédent et nous avions notamment annoncé dans notre programme des mesures supplémentaires pour renforcer ces actions. Même si nous avons mis des choses en place, nous constatons malheureusement que l’ampleur de ces violences est considérable. Il y a une prise de conscience croissante à ce sujet. C’était donc l’un des sujets sur lesquels nous voulions travailler en priorité durant le deuxième mandat. Il y a ensuite eu l’affaire que vous évoquez et, à sa suite, le maire a souhaité lancer cette commission générale. Pour expliquer ce qu’est une commission générale, elle s’adresse normalement aux conseillers et conseillères municipaux. C’est comme un conseil municipal, sauf qu’on ne vote pas de délibération : on discute tous ensemble de sujets pendant trois heures. Face au constat que cette situation avait été très mal gérée à l’hiver et au printemps, le maire souhaitait sensibiliser et mobiliser l’ensemble des élus municipaux pour qu’ils soient davantage au fait de ce sujet.
Était-ce un séminaire de formation des élus sur les violences sexistes et sexuelles ?
Un peu. Ce n’était pas une formation à proprement parler, mais nous avions convié trois intervenantes : une universitaire, une formatrice dont le travail consiste à accompagner des collectivités dans la lutte contre les violences sexistes et sexuelles, ainsi qu’une avocate. Sa présence était précieuse, car elle nous expliquait le parcours des plaignantes lorsqu’elles décident de porter plainte, pourquoi il est difficile de le faire et quels obstacles elles rencontrent ensuite. L’idée était donc de proposer une forme de formation, même si, en trois heures, il s’agit plutôt d’une sensibilisation. Il fallait alerter les élus et leur faire prendre conscience du caractère systémique des violences sexistes et sexuelles. Ce ne sont pas simplement des faits divers isolés : ces violences sont répandues et généralisées parce qu’elles s’inscrivent dans un système, dans une société qui offre un terreau favorable à leur survenue. Il est important de comprendre la situation dans sa globalité si l’on veut agir efficacement.
Beaucoup d’élus de sensibilités différentes ont pris la parole lors de cette commission générale. Avez-vous l’impression que, sur ce sujet, la classe politique part de loin ou qu’elle est assez au fait de ces questions ?
Tout d’abord, la classe politique n’est pas épargnée par les violences sexistes et sexuelles. Il y en a dans le milieu politique, comme dans beaucoup d’autres domaines de la société. L’association des femmes élues avait notamment réalisé une enquête il y a quatre ans, je crois, qui avait montré à quel point ces violences étaient répandues. La classe politique part donc de loin. En même temps, des dispositifs ont été mis en place, notamment par certains partis politiques, avec des cellules de signalement. Nous avançons donc. Mais je pense…
Je vous interroge plus précisément sur ce que vous avez entendu lors de la commission générale à Lyon.
Les élus ont fait preuve de beaucoup d’attention. Nous avons senti qu’ils étaient intéressés et qu’ils écoutaient. Il y a eu beaucoup de questions ; nous n’avons d’ailleurs pas pu toutes les prendre. Les déclarations de tous les groupes politiques allaient dans le même sens : c’est un véritable sujet, sur lequel ils souhaitent travailler ensemble. J’en suis ravie. Il reste à voir comment la suite se déroulera, parce que cette commission générale est un point de départ qui…
Le but n’est pas de former les élus. Quelle est la finalité que vous recherchez ?
Nous allons constituer un groupe de travail réunissant l’ensemble des groupes politiques de la Ville pour élaborer un plan d’action contre ces violences à l’échelle de Lyon tout entier, à destination des habitants et de nos agents.
Comment cela peut-il se traduire concrètement ? Grégory Doucet a déjà évoqué quelques pistes.
Depuis 2024, nous conditionnons les aides financières de la Ville aux clubs sportifs au fait que leurs dirigeants aient suivi une formation pour savoir comment prévenir et gérer les violences sexistes et sexuelles, si elles surviennent dans leur club. Nous souhaitons étendre cette mesure à tous les domaines : la culture, l’éducation, le secteur social, entre autres. C’est un axe de travail.
Nous allons aussi réfléchir à une nouvelle mesure, qui figurait dans notre programme mais dont il faut préciser les contours : la création d’un fonds pour aider les femmes victimes de violences intrafamiliales, à leur domicile. Elles pourraient avoir besoin d’engager des frais pour faire garder leurs enfants pendant qu’elles consultent une association ou déposent plainte, d’une aide pour déménager ou pour faire changer une serrure. Nous allons réfléchir à la forme exacte que ce fonds pourrait prendre.
Nous voudrions également travailler à des « night safe zones » : tester des dispositifs dans des lieux festifs de la ville, par exemple dans un petit quartier, à l’échelle d’une rue. Il s’agirait de travailler avec les bars, les lieux festifs et tous les partenaires, notamment la police et les associations, pour mettre en place des dispositifs dans ces lieux où des violences peuvent survenir. Ensemble, nous pourrions établir des processus et des protocoles pour qu’une personne qui se sent en danger ou qui est victime puisse donner l’alerte et trouver du secours. Nous avons plusieurs pistes de ce type à étudier. Il y aura aussi les idées qui ressortiront du groupe de travail. J’espère que chacun et chacune apportera des propositions.
