Vélos sur les berges du Rhône à Lyon

Star du déconfinement à Lyon, le vélo veut passer à la vitesse supérieure

En moins d’une semaine de déconfinement, le trafic du vélo dans la métropole de Lyon avait retrouvé ses niveaux de mai 2019, alors que l’activité économique était loin d’avoir repris. Entre la peur de prendre les transports en commun et l’envie d’aller plus vite qu’en voiture en évitant la congestion, le vélo est devenu la star du déconfinement.

“Nos stocks de vélos fondent de jour en jour, mais nous avons eu raison de maintenir nos commandes durant le confinement, d’autres magasins vont devoir attendre septembre”, confie-t-on dans la boutique Cyclable à Oullins. Dans certains magasins, les flux sont tendus pour les deux-roues, pièces et accessoires, au point qu’une plaisanterie est apparue : “Les vélos sont les nouvelles pâtes”, en référence aux pénuries ayant marqué le confinement. Pour l’entretien, les carnets de rendez-vous ont parfois été noircis jusqu’en septembre, un effet vélo jamais vu en France vient d’apparaître. 

Un geste barrière supplémentaire

Dans un contexte marqué par une possible défiance contre les transports en commun, le vélo s’est imposé comme “un geste barrière supplémentaire”, selon les propres mots de La Ville à Vélo. Il permet de se déplacer librement, tout en gardant ses distances avec les autres. Pour ceux qui ont peur de franchir le pas à cause du dénivelé, des distances à parcourir, de l’absence d’un mode de stationnement sécurisé ou le besoin de faire des courses en famille, la subvention de 500 euros de la Métropole de Lyon pourra être d’une grande aide à l’achat d’un vélo à assistance électrique, cargo ou pliant.

Le gouvernement a également publié un décret permettant aux entreprises de verser une prime mobilité durable jusqu’à 400 euros par an (voir jusqu’à près de 1 000 euros pour se mettre au vélo ou continuer). Afin d’offrir des espaces toujours plus sécurisés, la Métropole de Lyon a lancé des aménagements spéciaux en urgence (lire ici).

De son côté, la Maison du vélo a mis en place un numéro “point info” au 04 23 16 00 25, propose également une bourse en ligne pour acquérir un vélo d’occasion (ici) et surtout des formations pour apprendre à pédaler en ville (voir ici). Bref, c’est peut-être le meilleur moment pour s’y mettre tant les étoiles sont alignées.

Le temps c’est de l’argent

Coup de pouce supplémentaire, La Ville à Vélo a publié plusieurs cartes des temps de trajet entre des points majeurs du territoire métropolitain : seulement 6 minutes pour faire Foch - Saxe, 13 minutes pour aller du parc de la Tête d’or depuis Bellecour, 11 minutes entre Perrache et Terreaux, ou bien encore 17 minutes pour relier La Soie à Charpennes… (voir les cartes ici).

En matière de mobilité “porte à porte”, le vélo reste le mode le plus efficace à Lyon et dans son agglomération. Si l’on parle souvent de l’impact écologique et du pouvoir d’achat qu’il est possible de regagner grâce au vélo, un point important est souvent oublié : le gain de temps. L’association a choisi des temps de trajet qui correspondent à un rythme assez lent. Les durées présentées, qui montrent déjà l’efficacité des déplacements en vélo, seront donc inférieures pour un cycliste habitué à rouler en ville (tout en respectant le Code de la route, histoire de couper court aux idées reçues).

Cette tendance devrait continuer après les élections. Qu’il s’agisse d’une majorité verte ou non à la Métropole de Lyon, le vélo présente l’avantage d’être une solution simple à développer rapidement, pour des budgets très limités. Dans un contexte où chaque euro devra être soigneusement pesé avant d’être dépensé, le vélo n’aura aucun mal à trouver les faveurs des nouveaux élus. Mais si la dynamique est réelle, avec un nombre de cyclistes parti pour doubler d'ici un an et qui a déjà augmenté de 50 %, le vélo doit désormais se parer d’une nouvelle aura plus sociale.

Mettre fin aux clichés

Si la pratique se féminise de plus en plus, tant elle permet une mobilité individuelle sans crainte d’être dérangé dans la rue par certains individus, les clichés d’un cycliste barbu, gentrifié, qui travaillerait dans l’informatique ont la vie dure. Le vélo doit désormais s’ouvrir au plus grand nombre. Budget et temps gagné pourront jouer dans ce sens, mais le besoin d’une nouvelle forme de médiation se fait ressentir.

À Vénissieux, l’association Janus France travaille dans ce sens, proposant ateliers, cours et voyages à vélo au plus grand nombre. Priscillia Petitjean vient de participer à la fondation des Ateliers de l’audace à Villeurbanne, une structure comprenant un pôle d’insertion professionnelle pour faire réparer son vélo.

“Avec l’explosion de l’usage du cycle, il est plus que jamais urgent de remettre au cœur des discussions son importance sociale. La culture vélo, coincée entre l’héritage loisir des années 90 et son assimilation systématique à l’écologie, finit par décourager/détourner de son usage ceux à qui il profiterait le plus, confie Priscillia Petitjean, Plus rapide, moins cher et meilleur pour la santé qu’un mode carboné : on pourrait croire que l’argumentaire n’a pas besoin d’être plus poussé. Et pourtant ! L’important est ailleurs. Se replacer derrière un guidon c’est reprendre le contrôle de sa mobilité, de son temps, de son corps, de ses finances, de sa liberté, de sa journée... en un mot : de sa vie. Le vélo est la meilleure opportunité qu’une société ait jamais eue pour réduire ou dépasser nos fractures sociales. Encore faut-il pour cela savoir/avoir la volonté d’agir pour le rendre au peuple.” Après avoir convaincu ceux qui l’étaient déjà, le vélo va devoir faire face à son Everest : s’imposer comme une mobilité pour tous.

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