Benoit Savinel filtrabio
Benoit Savinel, de la start-up lyonnaise Filtrabio

Pollution au PFAS : "Nous sommes des raffineurs d'eau"

Benoît Savinel, directeur commercial de la start-up lyonnaise Filtrabio, est l'invité de 6 minutes chrono / Lyon Capitale.

Le timing ne pouvait pas mieux tomber. Le 4 février dernier, le comité de protection des personnes a autorisé le lancement de l'étude IMPACT, une étape majeure dans le dossier de la pollution aux PFAS, ces "polluants éternels" qui contaminent le sud de l'agglomération lyonnaise. 500 habitants du Sud lyonnais issus de 40 communes se sont soumis à un prélèvement sanguin pour mesurer leur taux d'imprégnation à sept types de PFAS. Les résultats sont attendus pour avril 2026, et pourraient constituer un élément déterminant dans la procédure judiciaire en cours, en complément des prélèvements déjà réalisés dans le sol et dans l'air.

C'est dans ce contexte que Filtrabio, start-up basée à Brindas, tire son épingle du jeu. Fondée en 2018 par Mickaël Ferry et l'ingénieur Kostia Steckmeyer, l'entreprise fabrique des solutions de filtration domestique visant à éliminer les pollutions dissoutes (PFAS, chlore, pesticides, résidus médicamenteux), tout en conservant les minéraux de l'eau. "Nous captons les pollutions dissoutes et conservons ce qui est bon dans l'eau", résume Benoît Savinel, le directeur commercial.

La technologie repose sur une recette propriétaire de médias filtrants à base de charbon actif, capable d'agir sur les molécules courtes et longues des PFAS. En sortie, l'eau est revitalisée via une technique empruntée à l'œnologie pour améliorer sa texture et son goût. "Notre mission est de redonner plaisir et confiance", insiste Benoît Savinel. Au-delà de la santé, le goût reste en effet le premier déclencheur d'achat : "Le chlore laisse un goût de piscine qui ne rassure pas les consommateurs."

Proposée en abonnement à partir de 29,90 € par mois, la solution cible notamment les gros consommateurs de bouteilles plastiques. Filtrabio revendique aujourd'hui 3 500 clients particuliers et 650 professionnels partout en France.

Les PFAS ?
Les "PFAS" (famille composée de plus de 4 700 molécules de synthèse) sont produits par l'homme depuis les années 40. Leurs propriétés physico-chimiques (résistantes aux chaleurs intenses ou aux acides, à l’eau et aux graisses…) expliquent leur présence dans un grand nombre de produits de consommation courante et applications industrielles. Le fait qu'ils soient très largement utilisés ( textiles, emballages alimentaires, cosmétiques, poêles anti-adhésives, mousses anti-incendie, imperméabilisants, cires à parquet, vernis et peintures, etc.), en plus de leur faible dégradation, rend ces substances omniprésentes dans l’environnement, notamment dans les cours d’eau. On parle de "polluants éternels" car ils peuvent rester dans l’environnement des décennies, voire des siècles. Le Rhône, de l'aval de Lyon jusqu'à la Méditerranée, est particulièrement touché.
Selon la littérature scientifique existante, les perfluorés favoriseraient les cancers chez l’homme et les défauts de défense immunitaire des enfants.


La retranscription intégrale de l'entretien avec Benoît Savinel

Bonjour à tous et bienvenue dans ce nouveau rendez-vous de 6 minutes chrono. Nous accueillons aujourd’hui Benoît Savinel. Bonjour. Benoît Savinel, vous êtes directeur commercial de Filtrabio, une start-up basée à Brindas qui propose des solutions de dépollution et d’assainissement de l’eau. Un sujet qui tombe à pic puisque cette semaine va être lancée l’étude IMPACT sur la pollution aux PFAS dans le Sud-Lyonnais, où le sang de 500 habitants sera analysé. Vous allez nous présenter rapidement Filtrabio. Pourquoi Filtrabio et de quel constat est née l’entreprise ?

Alors, Filtrabio est née en 2018 de deux cofondateurs : Mickaël Ferry, un entrepreneur spécialisé à l’origine dans la réhabilitation de bâtiments. En 2018, il savait qu’il existait une problématique autour de l’eau et il souhaitait trouver une solution pour y répondre. À l’époque, on parlait beaucoup de calcaire et pas encore de PFAS, mais il a eu cette vision : même si l’eau est bien sélectionnée par les opérateurs, il existe une tension sur l’eau qu’il faut résoudre. Il s’est associé avec Costia, ingénieur ayant vingt ans d’expérience dans le domaine du traitement de l’eau à l’international, pour fonder Filtrabio. Nous sommes fabricants de cette solution et de cette technologie à Brindas.

Comment cela fonctionne-t-il ?

Nous avons une solution assez unique sur le marché. Nous avons trois grandes parties au sein de Filtrabio. Nous nous décrivons comme des raffineurs d’eau pour apporter quelque chose de différent par rapport à un marché très tourné vers l’adoucisseur. L’objectif est de traiter les pollutions dissoutes, comme les PFAS, mais aussi d’autres substances, tout en conservant les minéraux présents dans l’eau.

Donc on enlève la pollution de l’eau et on garde les minéraux ?

Exactement. Nous captons les pollutions dissoutes telles que le chlore, les pesticides, les PFAS, les résidus médicamenteux ou encore le CVM (chlorure de vinyle monomère). En revanche, nous conservons les éléments solides et les bonnes propriétés de l’eau, car les nappes sont très bien sélectionnées à la base. Les opérateurs ne peuvent pas tout maîtriser durant le transport de l’eau. Nous captons donc les pollutions dissoutes, conservons ce qui est bon dans l’eau et améliorons également un point essentiel : le goût. Notre mission est de redonner plaisir et confiance.

C’est vrai que le goût de l’eau peut parfois être altéré. On parle souvent d’un goût de chlore. Il y a toujours de petits goûts liés au traitement de l’eau.

Exactement. C’est même la principale tension. Les sujets de pollution ont un véritable impact sur la santé environnementale, mais le goût de l’eau est une vraie problématique. Le chlore est indispensable pour désinfecter les réseaux, mais il laisse un goût de piscine ou d’eau de Javel, ce qui ne rassure pas les consommateurs et ne les incite pas à boire l’eau du robinet avec plaisir et confiance.

Alors comment cela marche-t-il ? Comment cela fonctionne-t-il ?

Cette solution s’implante soit sous le robinet de la cuisine à la maison, soit en amont d’une fontaine, en entreprise.

À la maison ou même en amont d’une fontaine en entreprise. On branche directement sur le tuyau d’eau ?

Exactement, sur le robinet existant. Nous proposons également une solution pour les maisons individuelles qui s’installe à l’arrivée générale de l’eau. Filtrabio repose sur trois grandes caractéristiques : un corps dans lequel nous avons développé une recette unique de médias filtrants. Sans dévoiler toute la recette, nous utilisons notamment des bases de charbon actif sélectionnées pour agir sur les molécules courtes et longues. Si l’on parle de PFAS, il en existe à molécules courtes et à molécules longues. D’autres médias filtrants agissent sur d’autres aspects de l’eau, comme la clarification, pour laquelle nous utilisons du quartz. L’ensemble de ces médias filtrants contenus dans le corps du dispositif absorbe et capte les pollutions dissoutes tout en conservant les minéraux.
Un point important : en sortie, nous redynamisons ou revitalisons l’eau. Nous empruntons des techniques utilisées en œnologie en créant un remous important afin d’améliorer la texture et le goût de l’eau. Nous comptons également de nombreux clients restaurateurs, notamment derrière nous.

Le restaurant Rives à Confluence.

Le restaurant Rives, le Mob Hotel, le Rooftop 52 sur le kakemono juste derrière vous. Les restaurateurs constatent un goût plus soyeux et plus léger avec l’eau Filtrabio. Enfin, nous proposons une solution simple : raccordement sur des robinets existants et une tête électronique garantissant jusqu’à quatre ans d’utilisation sans changement de consommable. Les habitudes ne changent pas, on boit simplement son eau avec plaisir et confiance.

Finalement, vous n’êtes pas concurrents des distributeurs d’eau, vous êtes un complément, c’est bien cela ?

Tout à fait. Ils réalisent un travail essentiel de sélection. L’eau du robinet est l’aliment le plus contrôlé en France. Toutefois, comme on l’a constaté ces dernières années, certaines problématiques émergent.

Il existe différents abonnements, mais le premier est un peu en dessous de 30 euros par mois. Cela représente un certain budget. À qui vous adressez-vous ?

Nous avons deux canaux de distribution : les particuliers, qui représentent aujourd’hui 80 % de notre parc client, et les professionnels, 20 %. Notre première solution est proposée à 29,90 euros TTC par mois. Elle comprend l’envoi et la mise à disposition du Filtrabio, le remplacement au bout de quatre ans, ainsi que le service après-vente et la maintenance. Nous nous adressons notamment aux consommateurs de bouteilles d’eau qui souhaitent arrêter d’en acheter. Il s’agit alors d’un transfert de budget entre l’achat de bouteilles d’eau pour une famille de quatre ou cinq personnes, selon les marques, et l’abonnement. Nous visons également les consommateurs d’eau du robinet qui souhaitent en améliorer la qualité. Nos clients sont majoritairement âgés de 35 à 60 ans et cherchent à améliorer leur impact sur leur santé.

Nous évoquions trois clients derrière nous. Ce sont des professionnels. Aujourd’hui, combien comptez-vous de clients Filtrabio ?

Il y a des dizaines de milliers d’utilisateurs. Nous comptons 3 500 clients particuliers installés à domicile et 650 clients professionnels répartis partout en France.

Merci d’être venu présenter votre solution. C’est un sujet important alors que l’étude d’impact sur les PFAS est en cours à Lyon. Merci beaucoup Benoît Savinel. Pour plus d’informations sur cette technique, rendez-vous sur www.lyoncapitale.fr. À très bientôt, au revoir.

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