Photo d’illustration. En période de sécheresse les golfs disposent d’une dérogation pour arroser en respectant certaines conditions. (Photo de JUSTIN SULLIVAN / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images via AFP)

Métropole de Lyon : même en période de sécheresse, l’arrosage des golfs reste autorisé

Malgré le passage de Lyon et de sa métropole en situation de crise sécheresse, le plus haut niveau d’alerte, les golfs continuent de bénéficier de dérogations d’arrosage leur permettant de maintenir leur activité. Explications.

À l’heure où la France entière est confrontée à une sécheresse extrême et que l’utilisation de l’eau est restreinte à travers le territoire, l’usage de l’eau devient parfois source de tensions entre professionnels. Limités dans l’arrosage de leurs cultures destinées à l’alimentation, nombre d’agriculteurs voient d’un mauvais oeil l’utilisation de l’eau pour arroser les espaces sportifs. 

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Les détails de la dérogation

Dans les faits, dans les territoires passés au stade de la crise sécheresse, l’arrosage des différents terrains de sport et interdit, sauf s’ils reçoivent une compétition nationale ou internationale. Les crispations sont plutôt à trouver du côté des golfs, qui bénéficient d’une dérogation, établie par un accord-cadre national signé en 2019 entre les ministères de la Transition écologique, des Sports et de l’Agriculture et la Fédération française de golf. Celle-ci leur permet, selon le niveau de vigilance sécheresse, d’arroser les parcours sous conditions. 

  • Niveau 1 - Alerte : Interdiction d’arroser les terrains de golf de 8 heures à 20 heures de façon à diminuer la consommation d’eau sur le volume hebdomadaire de 15 à 30 %. Un registre de prélèvement doit être rempli de manière hebdomadaire pour l’irrigation.
  • Niveau 2 - Alerte renforcée : Réduction des volumes d’au moins 60 % par une interdiction d’arroser les fairways 7j/7 (c’est-à-dire les zones tondues et roulées du parcours, entre le départ et le green). Interdiction d’arroser les terrains de golf à l’exception des "greens et départs".
  • Niveau 3 - Crise : Interdiction d’arroser les golfs. Les greens pourront toutefois être préservés, sauf en cas de pénurie d’eau potable, par un arrosage "réduit au strict nécessaire" entre 20h et 8h, et qui ne pourra représenter plus de 30 % des volumes habituels.

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Les élus EELV partagés sur la question

Une exception qui fait bondir certains élus écologistes, à l’instar du maire de Grenoble Éric Piolle la semaine dernière. Sur Twitter, l’élu EELV pointait du doigt la dérogation des golfs en expliquant "Cela montre juste que l’état d’esprit n’est pas le bon état d’esprit. C’est un état d’esprit où l’on continue de protéger les plus riches, les plus puissants. Le mandat d’Emmanuel Macron en est, je crois, le symbole depuis cinq ans". 


"C’est facile de taper sur les golfs. Mais soit on interdit les golfs et il n’y en a plus, soit il y a des golfs et donc naturellement il faut arroser les greens, sinon ça n’a pas de sens"Bruno Bernard, président de la Métropole de Lyon


Un sentiment en partie partagé dans un sens par le président EELV de la Métropole de Lyon Bruno Bernard, mais qui se veut plus mesurer alors que sur le territoire métropolitain aussi les golfs bénéficient de la mesure, à l’instar de celui de Miribel Jonage. "C’est facile de taper sur les golfs. Mais soit on interdit les golfs et il n’y en a plus, soit il y a des golfs et donc naturellement il faut arroser les greens, sinon ça n’a pas de sens. Il faut des mesures structurelles au niveau national", peste l’élu. 

1 000 m3 d'eau économisés au golf de Miribel Jonage

Au Grand Parc, le golf de neuf trous, soit 11 des 2 200 hectares que compte le parc de Miribel Jonage, n’arrose plus que ses greens, ce qui représente 2 à 3% du parcours, selon Issam Benzeghiba, le président de la SPL Segapale, chargée de la gestion du parc. Depuis plusieurs années, le golf situé en périphérie de Lyon assure travailler à un éco label avec la fédération française. "On a réduit drastiquement les arrosages. On est pas tout à fait à zéro, mais on a passé les 1 000 m3 d’eau d’économies depuis la prise des arrêtés restrictifs. Tout le golf n’est pas arrosé, seulement les greens", assure Issam Benzeghiba. 


"Il n’était pas question que l’on puisse arroser comme avant alors qu’à côté les agriculteurs ne peuvent pas arroser leur culture", Issam Benzeghiba, président de la SPL Segapale, chargée de la gestion du parc


Ce qui ne choque pas Pierre Athanaze, le vice-président de la Métropole de Lyon en charge de l’environnement, "si les greens ne sont pas arrosés il faudra les refaire à la rentrer donc que ces endroits soient arrosés ce n’est pas choquant", explique l’élu. "Sans eau, un green meurt en trois jours et il faut trois mois pour le faire repousser. Or un parcours sans green, c’est comme une patinoire sans glace, il devra fermer", justifiait de manière imagée sur France Info Gérard Rougier, le directeur technique adjoint de la Fédération française de golf. Cette même fédération expliquait au Figaro le 8 août que "le besoin minimal pour la survie des greens d'un golf de 18 trous par forte chaleur est de 100 à 120 m3 par jour».

Au parc de Miribel Jonage, la restriction de l’usage de l’eau pour arroser le golf est plutôt bien acceptée par Issam Benzeghiba : "Les conditions de jeu restent acceptables, c’est une question de priorités. Il n’était pas question que l’on puisse arroser comme avant alors qu’à côté les agriculteurs ne peuvent pas arroser leur culture". Une question de cohérence alors que non loin des greens, le parc abrite 400 hectares de terres agricoles exploitées par une quinzaine d’agriculteurs. 

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