Iveta Radičová est la Coordinatrice du Corridor Méditerranéen à la Commission Européenne . AFP PHOTO / SAMUEL KUBANI

"Nous sommes trop lents pour construire des trains rapides" tance la coordinatrice européenne chargée du Lyon-Turin

Bruxelle presse la France d'avancer sur le tracé du Lyon-Turin, ce projet ferroviaire vieux de 20 ans impliquant un tunnel sous les Alpes. Lyon Capitale a rencontré la coordinatrice européenne chargée du dossier, Iveta Radičová :

Si le chantier du tunnel avance, les voies d'accès pour relier la frontière, patinent pour la partie française. Ces 160 km devraient permettre de lier Lyon à la vallée de la Maurienne puis à l'Italie via un nouvel itinéraire. Pour rappel, une ancienne voie ferrée existe aussi mais elle a été jugée inadaptée aux besoins. Un projet titanesque que L'Europe a accepté, en 2021, de cofinancer à hauteur de 50%. Problème, ces aides n'aboutiront qu'à la condition que chaque pays, France et Italie, précise ses intentions. L'Italie a déjà pris de l'avance en assurant ses propres financements sur ses voies d'accès au tunnel. La France, elle, ne s'est toujours pas décidée sur un tracé. Iveta Radičová était présente à Lyon ce mardi 28 juin lors de l'Assemblée générale du Comité pour la Transalpine, l'association qui réunit les partisans du projet. Sans détour, elle annonce que la France risque de perdre ses financements sur ce projet au moins jusqu'en 2027 :


Lyon Capitale : Que retenez-vous de cette rencontre ?

Iveta Radičová : La bonne nouvelle a été en mai quand l'appel d'offres a été signé pour le tunnel de base, mais nous savons tous que le tunnel de base, sans connexion avec l'arrière-pays, n'a pas beaucoup de sens. Alors, on se demande si vous ne voudriez pas un peu de pression pour une décision rapide et claire de la part du gouvernement français, afin de vraiment prendre une décision majeure sur les liaisons d'accès pour que nous puissions vraiment réaliser l'ensemble de l'objectif - du vieux rêve - de cette liaison et de ce tunnel.

S’il n'y a pas de décision française cette année, la France et l'Italie pourraient-elles perdre les aides de financement de l’Union Européenne ?

A une question directe, réponse directe. Dans la perspective financière actuelle, clairement oui.

Dans quel état d'esprit êtes-vous actuellement ?

L'idée de cette liaison est une idée commune de tous les États membres de l'Union Européenne. C'est essentiel. Ce n’est pas un projet de la Commission européenne ou de quelque chose que nous appellerons le “processus”. Non, pas du tout. Il s'agissait d'un accord et d'un projet mis sur la table en tant que liaison de transport majeure, cruciale pour les Etats de l'Europe. C'est toujours le cas. Nous essayons donc de soutenir et de servir de médiateur à la coopération et à la coordination entre les gouvernements et dans leurs intérêts. En d'autres termes, pour les intérêts des citoyens vivant dans les villes, villages, régions qui seront reliés en tant que passager, mais aussi avec le fret et les marchandises.

Lire aussi : Enquête : pourquoi le projet de ligne Lyon-Turin est-il si en retard ?

Le corridor devient-il plus sensé depuis la guerre en Ukraine ?

Absolument. Regardez : Pourquoi certaines industries ont des problèmes pour produire en Europe ? En raison de la logistique et du transport. Pourquoi 100 millions de personnes ont faim à cause de la pénurie de céréales en provenance d'Ukraine ? A cause du transport. Pourquoi avons-nous un problème d’inflation en ce moment ? À cause des prix élevés de l'essence, du gaz et d'autres sources d'énergie. Le transport des biens devient crucial. L'interconnexion à l'intérieur de l'Europe et la solidarité entre Etats, avec les biens dont nous disposons, est utile pour que chaque citoyen ne connaisse pas la pénurie de biens ou de services, à un un prix trop fort. Regardez donc autour de vous. La Chine construit rapidement parce qu'elle sait que c'est la voie de la prospérité économique. Nous sommes trop lents pour construire des trains rapides. C'est un paradoxe. Ce que j'essaie de faire, c’est de pousser, d'aider et de soutenir nos connexions afin d'avoir une plus grande chance de survivre dans cette guerre économique.

Faites-vous confiance à Emmanuel Macron et à Elisabeth Borne pour trouver un moyen d'accélérer ce projet ?

La question n'est pas de savoir qui je crois ou pas, mais de transformer la croyance en réalité. C'est mon rôle et je ferai tout ce que je peux pour demander au gouvernement de tenir ses promesses, car les solutions sont déjà trouvées. Nous nous sentons comme au milieu de la Manche : retourner en arrière n’a pas de sens, alors qu’aller de l’avant a du sens pour une meilleure qualité de vie. Le retour n'a aucun sens.


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