Puff cigarette (Photo d’illustration de Joe Raedle/Getty Images)

Les "puffs", une aberration sanitaire et écologique dans les collèges lyonnais

Depuis plusieurs mois, les "puffs", cigarettes électroniques jetables aux goûts fruités, ont fait leur apparition dans les cours des collèges et lycées lyonnais.

De toutes petites cigarettes électroniques, jetables, colorées. Les "puffs" c'est leur nom. Ces e-cigarettes fabriquées en Chine se sont frayées un chemin vers les cours des collèges et lycées au grand dam des tabacologues, mais aussi de l'environnement. Apparues d'abord sous un forme rechargeable aux Etats-Unis en 2019, commercialisées par la marque Juul*, elles ont été interdites par la FDA en juin 2022, justement pour tenter d'enrayer leur consommation chez jeunes. A noter que Juul a fait appel de cette décision.

En France, elles sont vendues entre 6 et 12 € chez les spécialistes de la vape, mais aussi dans les bureaux de tabac, ou même, plus étonnant, chez des revendeurs spécialisés dans l'alimentaire. Les puffs existent sous une vingtaine de marques différentes, avec ou sans nicotine, et sont clairement orientées vers les jeunes.


"L'objectif est clairement de rendre nos jeunes dépendants très rapidement."
Docteur Marie Malécot, médecin tabacologue


Problème : la loi interdit leur vente aux mineurs. "L'objectif est clairement de rendre nos jeunes dépendants très rapidement, explique le docteur Marie Malécot, tabacologue à l'hôpital Saint-Joseph Saint-Luc. Et d'ajouter : les sels de nicotine que contiennent ces puffs sont absorbables très rapidement."

Pour la spécialiste, les versions sans nicotine "sont un moindre mal", mais "se mettre des arômes dans les poumons reste un danger", précise-t-elle. Vent debout contre la vente de ces produits au mineurs, la Confédération nationale des buralistes a demandé il y a quelques jours d'obtenir leur exclusivité pour mieux faire appliquer la loi. Quand on sait que la vente de puffs rapporte environ 140 millions d'euros par an aux buralistes, on comprend vite l'enjeu derrière cette demande.

"S'ils respectaient la loi, ce serait déjà une bonne chose"

"S'ils respectaient la loi, ce serait déjà une bonne chose", assène Marie Malécot, qui s'appuie notamment sur une récente étude du Comité national contre le tabagisme ayant montré qu'au moins six buralistes sur dix vendent bien aux mineurs. La Confédération des buralistes assure pourtant "travailler sans relâche" sur le respect de l'interdiction de vente aux mineurs dans son réseau.

"C'est interdit dans le collège, mais on en a tous et dès qu'on sort à midi ou le soir, on fume", raconte Léo, scolarisé dans un collège du 4e arrondissement de Lyon, qui tient à préciser : "moi, il n'y a pas de nicotine dans celles que je prends". Le jeune homme explique se fournir dans des bureaux de tabac, mais aussi dans une enseigne de commerces alimentaires de proximité. "On m'a refusé la vente une seule fois quand je suis allé dans un magasin de cigarettes électroniques", confie-t-il.

Si l'impact sur la santé ne suffit pas à convaincre les jeunes d'arrêter, l'impact environnemental lui le pourrait bien. En effet, chacune de ces petites cigarettes contient une pile au lithium qui sera jetée, souvent peu recyclée. En France, le lithium est recyclé à environ 65 %, un chiffre qui doit être revu à la baisse pour les puffs, très peu triées. "Je demande leur interdiction, tout simplement. C'est criminel d'essayer de rendre nos enfants dépendants", conclut Marie Malécot.

*Après publication de l'article, une attachée de presse de Juul a souhaité préciser que les e-cigarettes commercialisées par la marque ne sont pas complètement considérées comme des puffs. "Votre article est centré sur les cigarettes électroniques jetables, inclure Juul dans cette catégorie est incorrect", a tenu a justifier la marque.

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